mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2200946 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7è Ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | AUROUET-HIMEUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er et 3 février 2022, 20 décembre 2022, 21 mars 2023 et 6 avril 2023, Mme A C, représentée par Me Aurouet-Himeur, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions du 1er septembre 2021 et 18 octobre 2021 mettant respectivement à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 8 472,54 euros (INK 002) constitué sur la période du 1er septembre 2019 au 31 mars 2021 et un indu de 3 642, 06 euros (INK 003) constitué sur la période du 1er janvier au 31 août 2019 ;
2°) d'annuler la décision du 3 décembre 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental a confirmé la mise à sa charge de ces indus de revenu de solidarité active ;
3°) d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône de la rétablir dans ses droits à compter du 1er janvier 2019 et de lui verser le revenu de solidarité active ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation
5°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la décision du 3 décembre 2021 est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de sa bonne foi et de sa précarité ;
- la caisse d'allocations familiales a méconnu le principe du contradictoire ;
- la décision mettant à sa charge un indu a été prise en violation des dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, dès lors qu'elle n'a pas été informée de l'exercice effectif du droit de communication par l'agent de contrôle ;
- les modalités et bases de liquidation de l'indu ne sont pas précisées ;
- il a été procédé au recouvrement des indus de revenu de solidarité active antérieurement à leur notification ;
- l'indu n'est fondé ni dans son principe, ni dans son montant, l'administration ayant considéré à tort que son chiffre d'affaires, encaissé sur son compte personnel, correspondait à ses revenus ;
- elle a toujours rempli les conditions pour bénéficier du revenu de solidarité active ;
- les sommes versées sur son compte bancaire correspondent à son chiffre d'affaires ;
- la vérification de sa comptabilité pas l'administration fiscale n'a donné lieu à aucune rectification.
Les 24 octobre et 21 novembre 2022, le département des Bouches-du-Rhône a produit l'entier dossier en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, le département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête et à la suppression, sur le fondement de l'article L. 741-2 du code de justice administrative, des passages du mémoire du 20 décembre 2022 commençant par " la conviction () " et finissant pas " () le bon sens ".
Par un courrier du 15 mars 2023 les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation des décisions du 1er septembre et 18 octobre 2021 notifiant des indus de revenu de solidarité active dès lors que la décision du 3 décembre 2021 de la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône sur le recours administratif préalable obligatoire exercé le 26 octobre 2021 s'y est substituée.
Par une décision en date du 24 mars 2022, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Menasseyre, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Menasseyre, rapporteure,
- et les observations de Me Aurouet-Himeur représentant Mme C et de Mme B, du service juridique, pour le département des Bouches-du-Rhône.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après que les parties ont formulé leurs observations orales à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a été bénéficiaire du revenu de solidarité active dans le département des Bouches-du-Rhône en tant que travailleuse non salariée. A la suite d'un contrôle diligenté par un agent assermenté le 7 juin 2021, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône lui a, par courrier du 1er septembre 2021, réclamé le reversement d'une somme de 8 472,79 euros (INK 002) correspondant à un trop-perçu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er septembre 2019 au 31 août 2021. Par un courrier du 18 octobre 2021, cet organisme lui réclamait également le reversement d'un indu de 3 642,06 euros correspondant à un trop-perçu de revenu de solidarité active constitué sur la période du 1er janvier 2019 au 31 août 2019. Par un recours administratif préalable du 26 octobre 2021, Mme C a contesté sa radiation et le bien-fondé de ces indus. Par une décision du 3 décembre 2021 la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a confirmé sa radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active et le bien-fondé indus mis à sa charge. Mme C demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Toutefois, lorsqu'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant lui qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant justifie avoir exercé ce recours, le juge administratif doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.
3. Par suite, et alors que Mme C persiste, dans le dernier état de ses écritures, à demander l'annulation de demandes de remboursement de trop perçu, les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 1er septembre et du 18 octobre 2021, par lesquelles la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a notifié à Mme C des indus de revenu de solidarité active, doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 3 décembre 2021 de la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône prise sur son recours administratif préalable obligatoire formé par l'intéressée le 26 octobre 2021.
4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.
En ce qui concerne la régularité de l'indu :
5. En premier lieu, la décision attaquée du 3 décembre 2021 comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent. Ainsi, elle se réfère notamment aux sommes et à l'origine indéterminée des dépôts constatés sur le compte bancaire de Mme C, à la période de perception indue et à l'existence de fausses déclarations de l'intéressée. Contrairement aux allégations de Mme C, les modalités de liquidation de l'indu et le montant de ce dernier lui sont, par ailleurs, précisées dans la décision contestée. Ainsi, cette décision est suffisamment motivée.
6. En deuxième lieu, si Mme C soutient que la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de sa bonne foi et de la précarité de sa situation, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au président du conseil départemental de prendre en compte de tels critères avant de mettre à la charge d'un allocataire un indu d'allocation, ces conditions étant seulement prévues par les dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles qui permettent à cette autorité d'accorder une remise gracieuse d'un indu.
7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 262-16 du code de l'action sociale et des familles : " Le service du revenu de solidarité active est assuré, dans chaque département, par les caisses d'allocations familiales et, pour leurs ressortissants, par les caisses de mutualité sociale agricole. ". Aux termes de l'article L. 262-40 de ce code : " Pour l'exercice de leurs compétences, le président du conseil départemental et les organismes chargés de l'instruction et du service du revenu de solidarité active demandent toutes les informations nécessaires à l'identification de la situation du foyer : / 1° Aux administrations publiques, et notamment aux administrations financières ; / 2° Aux collectivités territoriales ; / 3° Aux organismes de sécurité sociale, de retraite complémentaire et d'indemnisation du chômage ainsi qu'aux organismes publics ou privés concourant aux dispositifs d'insertion ou versant des rémunérations au titre de l'aide à l'emploi. / Les informations demandées, que ces administrations, collectivités et organismes sont tenus de communiquer, doivent être limitées aux données nécessaires à l'instruction du droit au revenu de solidarité active, à sa liquidation et à son contrôle ainsi qu'à la conduite des actions d'insertion. / () / Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale () "
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes ". Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande. ".
9. Il résulte de ces dispositions que les caisses d'allocations familiales et les caisses de mutualité sociale agricole, chargées du service du revenu de solidarité active, réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales qui s'attachent, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au revenu de solidarité active ou de récupérer un indu de revenu de solidarité active, tant de la teneur que de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie. En outre, lorsqu'une caisse peut obtenir une même information auprès d'une même administration ou d'un même organisme tant sur le fondement de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles ou de l'article L. 114-14 du code de la sécurité sociale, permettant des échanges d'informations avec les administrations fiscales, qu'au titre du droit de communication prévu par l'article L. 114-19 de ce dernier code, elle n'est tenue de mettre en œuvre les garanties prévues par l'article L. 114-21 du même code que si elle a entendu se placer dans le cadre du droit de communication.
10. Mme C soutient que la procédure est irrégulière et qu'elle a été privée d'une garantie dès lors qu'elle n'a pas été informée par l'agent de contrôle de l'exercice par ce dernier du droit de communication prévu par les articles L. 114-19 et suivants du code de la sécurité sociale. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que l'intéressée a elle-même fourni les avis d'impôts, relevés bancaires et les documents comptables de son entreprise lors de son rendez-vous dans les locaux de la caisse d'allocations familiales et, postérieurement, par courriel. En outre, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône s'est bornée à consulter, dans le cadre d'échanges de données prévus par les dispositions de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles, différents fichiers d'administrations tels qu'AIDA, FICOBA, EOPPS, ou encore la caisse primaire d'assurance maladie. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision mettant à sa charge l'indu contesté serait entachée d'un vice de procédure.
11. En quatrième lieu, d'une part, il résulte des dispositions du chapitre II du titre VI du livre II du code de l'action sociale et des familles, et en particulier des articles L. 262-46 et suivants, que le législateur a entendu, par ces dispositions, déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions relatives au revenu de solidarité active et que l'allocataire peut faire valoir ses observations en exerçant devant le président du conseil départemental le recours administratif préalable obligatoire, à caractère suspensif, mentionné à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, dans les conditions prévues par les dispositions réglementaires du même code. Il résulte de l'instruction que Mme C a pu présenter ses observations dans le cadre de la procédure contradictoire préalable à la mise à sa charge des indus en litige et dans son recours administratif préalable visant à contester le motif des indus de revenu de solidarité active mis à sa charge.
12. D'autre part, Mme C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale, inapplicables au litige dès lors qu'elles sont relatives au prononcé de pénalités par le directeur de l'organisme chargé de la gestion des prestations familiales, ce que ne constitue pas une décision de répétition d'indu. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
13. Enfin, si Mme C soutient que la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a commencé à procéder au recouvrement des indus en litige préalablement à leur notification elle ne l'établit pas par la production d'un relevé de ses droits et paiements faisant état d'une retenue d'un rappel de droit d'aide personnelle au logement en septembre 2021.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :
14.D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu garanti est calculé, pour chaque foyer, en faisant la somme : 1° D'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer ; 2° D'un montant forfaitaire, dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge () ". Aux termes de l'article L. 262-7 du même code : " Un décret en Conseil d'Etat définit les règles de calcul du revenu de solidarité active applicables aux travailleurs mentionnés à l'article L. 611-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 722-1 et L. 781-9 du code rural et de la pêche maritime, ainsi qu'aux salariés employés dans les industries et établissements mentionnés à l'article L. 3132-7 du code du travail ou exerçant leur activité de manière intermittente ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ".
15. D'autre part, aux termes de l'article R. 262-19 du code de l'action sociale et des familles : " Les bénéfices industriels et commerciaux et les bénéfices non commerciaux s'entendent des résultats ou bénéfices déterminés en fonction des régimes d'imposition applicables au titre de la pénultième année, ou ceux de la dernière année s'ils sont connus, pourvu qu'ils correspondent à une année complète d'activité. S'y ajoutent les amortissements et les plus-values professionnels. () ". Aux termes de l'article R. 262-23 de ce code : " Selon les modalités prévues aux articles R. 262-18 à R. 262-22, le président du conseil départemental arrête l'évaluation des revenus professionnels non salariés nécessaires au calcul du revenu de solidarité active. A cet effet, il tient compte, soit à son initiative, soit à la demande de l'intéressé, des éléments de toute nature relatifs aux revenus professionnels de l'intéressé. ". Et aux termes de l'article R. 262-24 de ce code : " En l'absence de déclaration ou d'imposition d'une ou plusieurs activités non salariées, le président du conseil départemental évalue le revenu au vu de l'ensemble des éléments d'appréciation fournis par le demandeur. ".
16. Il résulte de ces dispositions que, pour arrêter les revenus professionnels non salariés nécessaires au calcul du revenu de solidarité active, lorsqu'il s'agit de bénéfices industriels et commerciaux, le président du conseil départemental doit, en cas de déclaration ou d'imposition, se référer aux bénéfices déterminés en fonction des régimes d'imposition applicables au titre de la pénultième année, ou ceux de la dernière année s'ils sont connus, pourvu qu'ils correspondent à une année complète d'activité, auxquels s'ajoutent les amortissements et les plus-values professionnels, et sans tenir compte des déficits catégoriels et des moins-values subis au cours de l'année de référence ainsi que des déficits constatés au cours des années antérieures. Il peut également tenir compte de tout autre élément relatif aux revenus professionnels de l'intéressé, dans le but notamment de mieux appréhender la grande variété des situations des travailleurs indépendants et de procéder à une meilleure approximation des revenus perçus par ceux-ci à la date à laquelle ils bénéficient du revenu de solidarité active.
17. Il résulte de l'instruction que pour radier Mme C de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active et mettre à sa charge les indus de revenu de solidarité active en litige, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône s'est appuyée sur un rapport d'enquête élaboré à la suite d'un contrôle effectué le 7 juin 2021 par un agent assermenté, lequel a constaté des dépôts de chèques et d'espèces sur le compte bancaire de la requérante à hauteur de 35 990,56 euros en 2019, 19 074,98 euros en 2020, 857 euros en janvier 2021 et 2 522,48 euros en février 2021. Ces sommes ont intégralement été réintégrées aux ressources de Mme C. Toutefois, il résulte de l'instruction, et n'est au demeurant pas contesté, que ces sommes correspondent, au moins en partie au chiffre d'affaires de la micro-entreprise, relevant du régime fiscal réel simplifié, de Mme C. Celle-ci ne dispose pas de compte bancaire professionnel et perçoit en conséquence les revenus tirés de son activité professionnelle sur son compte courant personnel. Ainsi, il résulte de ce qui a été énoncé aux points 15 et 16 du présent jugement, que la présidente du département des Bouches-du-Rhône ne pouvait, sans commettre d'erreur de droit, procéder à l'intégration de l'ensemble de ces sommes aux ressources de Mme C.
18. Cependant, il résulte également de l'instruction, notamment des liasses fiscales et bilans simplifiés produits, que pour l'année 2019 l'intéressée a déclaré un chiffre d'affaire d'un montant de 25 250 euros. Si Mme C entend justifier l'écart de 10 740,56 euros constaté entre son chiffre d'affaire déclaré au titre de l'année 2019 et le montant des dépôts sur son compte bancaire, et expliquer l'origine de ces sommes par des remboursements de sommes avancées à des majeurs protégés, les seuls éléments qu'elle produit en ce sens portent sur des périodes postérieures à l'année 2019 et ne peuvent donc être retenus pour cette année-là. Par suite, la présidente du conseil départemental n'a pas commis d'erreur de droit en réintégrant la somme de 10 740,56 euros aux ressources de l'intéressée, les dispositions précitées de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles permettant de prendre en compte " l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient ". Il résulte de l'instruction que cette somme fait, à elle seule, obstacle au bénéfice du revenu de solidarité active au titre de l'année 2019.
19. Il résulte de ce qui précède que Mme C est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 3 décembre 2021 seulement en tant qu'elle confirme la mise à sa charge d'indus de revenu de solidarité active sur la période du 1er janvier 2020 au 31 août 2021. Par suite, Mme C doit être déchargée du paiement de l'indu de revenu de solidarité active constitué sur cette période.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
20. Aux termes de l'article L. 911-1 code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "
21. Eu égard au motif d'annulation de la décision du 3 décembre 2021, il y a lieu d'enjoindre à la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône de procéder à un nouveau calcul des indus de revenu de solidarité active de Mme C sur la seule période du 1er janvier 2020 au 31 août 2021 et de procéder à la notification du montant dont reste redevable Mme C dans un délai de 2 mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Sur les conclusions tendant à la mise en œuvre des pouvoirs prévus par l'article L. 741-2 du code de justice administrative :
22. En vertu des dispositions de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative, les tribunaux administratifs peuvent, dans les causes dont ils sont saisis, prononcer, même d'office, la suppression des écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires.
23. Le passage dont la suppression est demandée, commençant par " la conviction () " et finissant pas " () le bon sens ", excède le droit à la libre discussion et présente un caractère diffamatoire. Par suite, il y a lieu d'en prononcer la suppression.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
24. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une quelconque somme à la charge du département des Bouches-du-Rhône.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 3 décembre 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a confirmé la mise à la charge de Mme C d'indus de 8 472,54 euros (INK 002) constitué sur la période du 1er septembre 2019 au 31 mars 2021 et de 3 642, 06 euros (INK 003) constitué sur la période du 1er janvier au 31 août 2019 est annulée en tant qu'elle confirme ces indus sur la période du 1er janvier 2020 au 31 août 2021.
Article 2 : Mme C est déchargée du paiement de la somme mise à sa charge sur la période du 1er janvier 2020 au 31 août 2021 par la décision annulée à l'article 1er du présent jugement.
Article 3 : Il est enjoint au département des Bouches-du-Rhône de recalculer l'indu de revenu de solidarité active dont reste redevable Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le passage mentionné au point 23 est supprimé.
Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au département des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.
La magistrate désignée,
signé
A. MenasseyreLa greffière,
signé
A. Vidal
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026