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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2201641

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2201641

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2201641
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7è Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 février 2022 et le 14 avril 2022, M. A B, représenté par Me De Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 16 novembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, et les décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 26 août 2020, 29 septembre 2020, 25 novembre 2020, 18 janvier 2021, 19 janvier 2021, 10 mars 2021 et 18 mars 2021 ;

2°) d'enjoindre au ministre de lui restituer son permis de conduire affecté des points illégalement retirés dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il ne s'est pas vu délivrer les informations préalables prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code pénal et le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au tribunal l'annulation de la décision référencée " 48 SI " par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que celle des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 26 août 2020, 29 septembre 2020, 25 novembre 2020, 18 janvier 2021, 19 janvier 2021, 10 mars 2021 et 18 mars 2021, ayant concouru à ce solde nul.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ". La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

En ce qui concerne le retrait de point consécutif à l'infraction relevée le 29 septembre 2020 :

3. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. En l'espèce, il résulte de l'instruction, notamment de l'examen du relevé intégral d'information et des attestations de paiement établies par le trésorier principal de la Trésorerie du contrôle automatisé de Rennes, que M. B a payé, le 13 janvier 2022, l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction relevée le 29 septembre 2020. Alors que le requérant ne produit pas d'éléments de nature à mettre en doute l'exactitude des informations contenues dans ce document émanant de la trésorerie ni à établir que le paiement de l'amende forfaitaire majorée serait intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public à son encontre ou qu'il aurait reçu un titre exécutoire incomplet ou inexact, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que les retrait d'un point et un point intervenus à la suite de ces infractions seraient intervenus au terme d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne les retraits de point consécutifs aux infractions commises les 26 août 2020 à 11 heures 01 et 12 heures 46, 25 novembre 2020, 18 janvier 2021, 19 janvier 2021 à 9 heures 34 et 12 heures 22, 10 mars 2021 et 18 mars 2021 :

4. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B que les infractions relevées les 26 août 2020 à 11 heures 01 et 12 heures 46, 25 novembre 2020, 18 janvier 2021, 19 janvier 2021 à 9 heures 34 et 12 heures 22, 10 mars 2021 et 18 mars 2021 ont fait l'objet de l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Toutefois, ces mentions ne permettent pas, à elles seules et en l'absence, notamment, de production d'une attestation de paiement ou d'un bordereau de situation émanant du comptable public, d'établir que l'intéressé se serait acquitté de l'amende forfaitaire correspondant aux infractions en cause. Le ministre n'établit pas davantage que, comme il l'allègue, l'avis de contravention correspondant à ces aurait été vainement adressé à M. B par lettre recommandée avec accusé de réception. Par suite, le ministre n'apporte pas la preuve que le requérant a reçu, à l'occasion de ces infractions, les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

5. Ainsi que le fait valoir le ministre, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'infractions, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité les décisions de retrait de points correspondantes s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Il résulte de l'instruction que les infractions commises les 26 août 2020 à 11 heures 01 et 12 heures 46, 25 novembre 2020, 18 janvier 2021, 19 janvier 2021 à 9 heures 34 et 12 heures 22, 10 mars 2021 et 18 mars 2021 consistent en un excès de vitesse inférieur à 20km/h et ont chacune entrainé le retrait d'un point sur le permis de conduire du requérant. Cette infraction est de même nature que l'infraction constatée le 29 septembre 2020, pour laquelle M. B a bénéficié des informations légalement requises. Toutefois, s'il est établi que ces informations ont été portées à la connaissance de M. B au plus tard le 13 janvier 2022, à la date à laquelle il a payé l'amende forfaitaire majorée correspondante, cette date est postérieure à l'ensemble des infractions mentionnées ci-dessus. Ainsi, il ne peut être considéré que M. B pourrait être regardé comme n'ayant, de fait, pas été privée de la garantie dont il se prévaut à l'occasion de chacune des infractions en cause. Eu égard à l'ancienneté de l'infraction, de même nature, relevée le 13 avril 2015, le ministre ne saurait davantage utilement se prévaloir de la délivrance des informations requises à l'occasion de cette dernière. M. B est dès lors fondé à soutenir que les décisions par lesquelles le ministre a retiré un point du capital de son permis de conduire, à la suite des infractions constatées les 26 août 2020 à 11 heures 01 et 12 heures 46, 25 novembre 2020, 18 janvier 2021, 19 janvier 2021 à 9 heures 34 et 12 heures 22, 10 mars 2021 et 18 mars 2021 sont intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière.

6. Il résulte de tout ce qui précède que si un point a a été légalement retiré du capital affecté au permis de conduire de M. B, sept points l'ont été irrégulièrement et ainsi le solde de points de son permis de conduire n'était pas nul. Par suite, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision ministérielle référencée " 48 SI " du 16 novembre 2021 constatant la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que celle des retraits de points consécutifs aux infractions relevées les 26 août 2020 à 11 heures 01 et 12 heures 46, 25 novembre 2020, 18 janvier 2021, 19 janvier 2021 à 9 heures 34 et 12 heures 22, 10 mars 2021 et 18 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. B les sept points illégalement retirés. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de procéder à cette restitution, de déterminer en conséquence le nombre de points attaché au permis de conduire de M. B, compte tenu du retrait de points régulièrement prononcé et d'éventuelles infractions ultérieures, et de restituer le permis si le solde est positif.

Sur les conclusions relatives aux dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La décision du ministre de l'intérieur référencée " 48 SI " du 16 novembre 2021, portant invalidation du permis de conduire de M. B et les décisions portant retrait d'un point à la suite des infractions constatées les 26 août 2020 à 11 heures 01 et 12 heures 46, 25 novembre 2020, 18 janvier 2021, 19 janvier 2021 à 9 heures 34 et 12 heures 22, 10 mars 2021 et 18 mars 2021 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de déterminer le nombre de points attachés au permis de conduire de M. B, compte tenu des annulations ainsi prononcées, d'éventuelles infractions ultérieures, et de le lui restituer si son solde de points est positif.

Article 3 : Le surplus de conclusions présentées par M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

La magistrate désignée,

Signé

A. CLe greffier,

Signé

I. Abed

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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