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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2202579

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2202579

lundi 20 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2202579
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantADJEMIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 mars 2022, le 21 décembre 2023, le 19 janvier 2024, le 21 février 2024 et le 5 avril 2024, M. A B, représenté par Me Doudet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 février 2022 par laquelle le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a retiré sa décision implicite de rejet du recours hiérarchique de la société Spi Pharma, a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 5 août 2021 refusant d'autoriser la société Spi Pharma à le licencier, et a autorisé son licenciement ;

2°) de mettre à la charge du ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée en fait ;

- la société Spi Pharma n'était pas fondée à exploiter les images de vidéosurveillance, lesquelles ne constituent pas un mode de preuve licite et recevable ;

- la décision contestée est entachée d'erreur de fait et d'appréciation ;

- son licenciement constitue une mesure discriminatoire au regard de son mandat syndical.

Par des mémoires, enregistrés le 27 mai 2022, le 9 février 2024, le 26 février 2024, le 10 avril 2024 et le 17 décembre 2024, la société Spi Pharma, représentée par Me Adjemian, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal que soit mise à la charge de M. B une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2023, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour M. B a été enregistré le 27 décembre 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de travail ;

- la loi n° 2018-493 du 20 juin 2018 relative à la protection des données personnelles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,

- les conclusions de Mme Pilidjian, rapporteure publique,

- et les observations de Me Doudet, représentant M. B et de Me Adjemian, représentant la société Spi Pharma.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, recruté en qualité d'ouvrier de production en 2001 par l'entreprise Spi Pharma, située à Septèmes-Les-Vallons, spécialisée dans la production de médicaments, a été élu représentant syndical en 2011 et promu chef de quart adjoint en 2021. Il exerçait le mandat de membre titulaire du comité social et économique. Le 14 juin 2021, la société Spi Pharma a demandé l'autorisation à l'inspecteur du travail de la direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités des Bouches-du-Rhône de le licencier pour motif disciplinaire. Le 5 août 2021, l'inspecteur du travail a refusé cette autorisation au motif que les griefs qui étaient reprochés à l'intéressé n'étaient pas établis ou ne relevaient pas d'un degré de gravité suffisant pour justifier un tel motif de licenciement. Le 15 septembre 2021, la société Spi Pharma a formé un recours hiérarchique auprès du ministre chargé du travail, sur lequel le silence du ministre a fait naître une décision implicite de rejet le 16 janvier 2022. Le 15 février 2022, le ministre a retiré sa décision implicite de rejet du recours hiérarchique, a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 5 août 2021et a autorisé le licenciement de M. B. Ce dernier demande au tribunal d'annuler la décision du ministre du 15 février 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, dans le cas où le ministre saisi d'un recours hiérarchique annule la décision par laquelle un inspecteur du travail a rejeté la demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, il est tenu de motiver l'annulation de cette décision ainsi que le prévoit l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et, en particulier lorsqu'il estime que le ou les motifs fondant une décision de refus d'autorisation de licenciement sont illégaux, d'indiquer les considérations pour lesquelles il estime que ce motif ou, en cas de pluralité de motifs, chacun des motifs fondant la décision de l'inspecteur du travail, est illégal.

3. Il ressort des termes de la décision en litige du 15 février 2022 qu'elle énonce les motifs de fait et de droit pour lesquels le ministre du travail a considéré que les manquements reprochés au salarié étaient matériellement établis et que ces faits étaient suffisamment graves pour justifier son licenciement. La décision précise également la raison pour laquelle le ministre annule la décision de l'inspecteur du travail du 5 août 2021. Elle retient également qu'aucun élément soumis à son appréciation ne permet de conclure à l'existence d'un lien entre la procédure de licenciement engagée et les mandats exercés par le salarié. Par suite, et alors qu'aucune disposition légale ou réglementaire ne contraint l'administration à viser la totalité des éléments produits par les parties, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 du code civil : " Chacun a droit au respect de sa vie privée () ". Aux termes de l'article L. 1121-1 du code du travail : " Nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché ". Aux termes de l'article L. 2312-37 de ce code : " Outre les thèmes prévus à l'article L. 2312-8, le comité social et économique est consulté dans les conditions définies à la présente section dans les cas suivants : 1° Mise en œuvre des moyens de contrôle de l'activité des salariés () ". Aux termes de l'article L. 2312-38 du même code : " () Le comité est informé et consulté, préalablement à la décision de mise en œuvre dans l'entreprise, sur les moyens ou les techniques permettant un contrôle de l'activité des salariés ". Aux termes de l'article L. 1222-4 dudit code : " Aucune information concernant personnellement un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui n'a pas été porté préalablement à sa connaissance ". Si l'employeur met en place un système de surveillance qui n'a pas pour finalité de contrôler les salariés dans l'exercice de leurs fonctions mais d'assurer la sécurité des lieux, il peut se servir des éléments constatés lors de la mise en œuvre de ce système sans qu'on puisse lui reprocher de ne pas avoir averti le salarié. A l'inverse, lorsqu'un système de surveillance a, dès l'origine, une double finalité et est utilisé par l'entreprise non seulement pour contrôler le respect de ses procédures internes mais aussi pour surveiller le comportement des salariés, le comité social et économique et les salariés doivent en être préalablement informés.

5. Il ressort, tout d'abord, des pièces du dossier qu'un système de vidéosurveillance a été mis en place par la société Spi Pharma en 2004 au niveau du portail d'accès, le long de la voie de circulation principale et devant le magasin de stockage de la zone de production dans un objectif de sécurité des personnes et des biens, au regard notamment d'éventuelles intrusions sur le site, ainsi que le précisent le procès-verbal du comité d'entreprise du 4 juillet 2003, la déclaration établie auprès de la commission nationale informatique et libertés en 2004 et 2018 ainsi que le règlement intérieur de l'entreprise de 2014. Dès lors, l'employeur de M. B n'avait pas obligation d'informer le comité social et économique non plus que les salariés de l'installation de ce système qui n'avait pas pour finalité de contrôler l'activité du personnel dans l'exercice de ses fonctions. La société Spi Pharma a au demeurant informé le comité d'entreprise en septembre 2004 lors de la mise en place initiale du système, puis en octobre 2014 à la suite des modifications du système induites par le nouveau règlement intérieur, un avis favorable ayant d'ailleurs été émis. Il ressort au surplus des pièces du dossier que le comité d'hygiène et de sécurité a également été consulté à ce sujet en 2014. M. B ne peut en outre sérieusement prétendre qu'il ignorait la présence d'un tel outil de vidéosurveillance au sein de l'entreprise alors notamment qu'il ressort du procès-verbal de la réunion du comité et social et économique du 25 septembre 2020, à laquelle il était présent, que figurait à l'ordre du jour le projet de remplacement des caméras de ce système. Dès lors, M. B n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir que son employeur n'aurait pas respecté les règles d'information afférentes à la mise en place d'un système de vidéosurveillance du travail des salariés.

6. Par ailleurs, si le requérant fait valoir que la société Spi Pharma s'était engagée, dans sa déclaration à la commission nationale informatique et libertés du 4 mai 2018 sur le fondement des dispositions légales alors applicables, à ce que les images issues du système de vidéosurveillance ne soient visionnées que par le directeur général et le responsable informatique et à ne les conserver que pendant une durée de vingt jours, il n'établit pas de ce seul fait que le visionnage des images filmées les 28, 29 et 30 avril 2021 par le directeur, le responsable informatique et quatre représentants syndicaux dans un délai de 29 jours, après qu'ait été signalée la disparition d'un outil de travail, aurait méconnu les règles de visionnage des images telle qu'issues de l'article 5 du règlement général de la protection des données (RGPD) entré en vigueur le 25 mai 2018, fixant les principes relatifs aux traitement des données à caractère personnel, et qui permet le visionnage des images dans un délai " strictement nécessaire à la finalité du système de vidéosurveillance ", alors par ailleurs que l'ensemble des personnes ayant eu accès aux images avaient été désignées à cet effet par le règlement intérieur du 16 décembre 2014. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que les règles applicables afférentes à l'utilisation d'images issues de la vidéosurveillance auraient été méconnues par l'entreprise.

7. Enfin, M. B ne démontre pas que les images, prises sur des lieux publics du site et qui ne sont pas par elles-mêmes susceptibles de porter atteinte à sa vie privée, seraient de mauvaise qualité, et la circonstance que ces images aient été consignées par procès-verbal d'huissier du 3 juin 2021, soit après leur visionnage, demeure sans incidence sur leur caractère probant.

8. Compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les éléments de preuve tirés du visionnage de ces images de vidéosurveillance et concourant à l'établissement des griefs qui lui sont reprochés dans le cadre du présent litige seraient illicites ou irrecevables et devraient de ce fait être écartés des débats.

9. En troisième lieu, en vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Enfin, il résulte des dispositions de l'article L. 1235-1 du code du travail que, lorsqu'un doute subsiste au terme de l'instruction diligentée par le juge sur l'exactitude matérielle des faits à la base des griefs formulés par l'employeur contre le salarié, ce doute profite au salarié.

10. Pour autoriser le licenciement pour motif disciplinaire de M. B, qui effectuait un remplacement au poste de chef de quart durant les nuits du 28 au 29 avril et du 29 au 30 avril 2021 et se trouvait ainsi chargé de superviser les opérations d'un essai de fabrication d'un échantillon de gel d'aluminium, le ministre a retenu que celui-ci n'avait pas respecté ses horaires de travail dans la nuit du 29 au 30 avril 2021, s'était absenté de manière répétée de son poste dans les nuits du 28 au 29 avril et du 29 au 30 avril 2021, n'avait pas respecté le règlement intérieur, le protocole sanitaire non plus que les règles en matière de port des équipements de protection individuels et avait falsifié le registre de contrôle visuel de la station de traitement des eaux des effluents et le dossier de lot.

11. S'agissant du premier grief relatif au non-respect des horaires de travail dans la nuit du 29 au 30 avril 2021, il est reproché au requérant, qui avait précédemment subi un retard involontaire dû à une panne de son véhicule, d'avoir pris son poste de chef de quart avec un retard injustifié de vingt minutes par rapport à son arrivée sur le site . Ce manquement est établi non seulement par les images issues de la vidéosurveillance mais également par les relevés de pointage d'accès aux bâtiments de production et au laboratoire consignées par procès-verbal d'huissier le 3 juin 2021. M. B, qui ne conteste pas ce retard, fait valoir qu'il aurait passé du temps à rechercher une clef dynamométrique avant d'accéder au local mais n'établit pas en toute hypothèse que cet outil aurait été indispensable à sa prise de poste comme chef de quart. Par suite, la matérialité de ce premier grief est établie et le ministre n'a pas commis d'erreur d'appréciation en le retenant.

12. S'agissant du deuxième grief relatif à des absences répétées de M. B de son poste dans les nuits du 28 au 29 avril et du 29 au 30 avril 2021, établies par les mêmes pièces, le requérant, qui ne conteste pas ces absences, fait valoir qu'il a dans le cadre de sa période de probation en tant que chef de quart adjoint quitté la salle de contrôle pour travailler dans un autre bureau à l'amélioration du système de la filtrabilité alors que son second était resté en salle. Il précise en outre que les essais qu'il devait superviser n'étaient pas déterminants, et qu'il était en formation sur ce poste. Il apparaît toutefois que ces essais étaient prévus de longue date et s'inscrivaient dans une stratégie préparée depuis plusieurs mois par les équipes de développement et les équipes commerciales de la société Spi Pharma. Au vu du contenu de la fiche de poste de M. B et compte-tenu des responsabilités qui lui incombaient en tant que chef de quart, il n'est pas sérieusement contredit qu'il aurait dû demeurer présent à son poste pendant la réalisation des tests et, en toute hypothèse, ne pas s'absenter durant plus de quatre heures sur un cycle de travail de huit heures durant chacune des deux nuits en cause, les opérations en cours étant alors laissées sans surveillance. Il ressort à cet égard de la fiche de poste de l'intéressé et de plusieurs attestations qu'il était chargé de mettre tout en œuvre pour réaliser la production planifiée et assurer la réalisation des programmes de fabrication dans le respect des consignes afin de garantir la livraison du produit au client dans les meilleurs délais et au moindre coût. Or, il ressort des pièces du dossier que les absences successives d'une durée de plus de quatre heures de M. B ont contribué à l'échec des 3ème et 4ème précipitations nécessaires à la fabrication du gel d'aluminium dénommé LV13+ en raison du non-respect du pH de consigne. Ces précipitations ont été envoyées à tort à la filtration et reversées dans la cuve " conforme ", rendant ainsi les essais techniques infructueux, les caractéristiques physico-chimiques du produit final étant erronées. Il n'est pas davantage utilement contredit que cet échec du test programmé a eu un impact sur la situation commerciale de la société Spi Pharma, et notamment son positionnement comme fabricant de principes actifs sur le marché des antiacides gastriques à destination de sa clientèle de groupes pharmaceutiques. Dans ces circonstances, au regard des responsabilités qui incombaient au requérant, celui-ci ne pouvait sciemment s'absenter de son poste de travail pendant plusieurs heures, quand bien même il était encore en formation sur ce poste. La circonstance que d'autres essais infructueux auraient eu lieu sans induire de suites disciplinaires est sans incidence sur la matérialité et la gravité du grief retenu, tout comme l'ancienneté du salarié dans l'entreprise ou ses bons états de services antérieurs. Enfin, M. B ne démontre pas qu'il aurait été victime d'une stratégie intentionnelle de déstabilisation au motif que la clé dynamométrique aurait été dissimulée pour permettre le visionnage des vidéos et son licenciement. Par suite, le deuxième grief retenu est établi et doit être regardé comme fautif.

13. S'agissant du troisième grief relatif au non-respect du règlement intérieur, du protocole sanitaire et des règles en matière de port des équipements de protection individuels, le requérant se borne à alléguer que les règles de sécurité ne lui seraient pas applicables dès lors que la société Spi Pharma doit justifier des procédures d'informations aux agents sur les dispositifs de sécurité et dès lors qu'elle a elle-même commis des manquements en matière de risques pour la sécurité sur lesquels M. B avait alerté son employeur. Le requérant ne conteste ainsi ni utilement ni sérieusement les griefs retenus contre lui et établis par le dispositif de vidéosurveillance, à savoir d'avoir stationné son véhicule à un emplacement interdit, de ne pas avoir porté son casque de sécurité non plus que son masque anti-covid. Il ressort en outre des pièces du dossier que le port obligatoire des équipements de protection était prévu par le règlement intérieur de l'entreprise et qu'une note de service relative à la mise en place d'un protocole sanitaire dans le cadre de la pandémie de covid-19 avait été portée à la connaissance des salariés afin d'assurer leur santé et leur sécurité. Par suite, le manquement retenu est caractérisé sans qu'une erreur d'appréciation n'ait été commise par le ministre sur ce point.

14. S'agissant du quatrième grief relatif à la falsification du registre de contrôle visuel de la station de traitement des eaux des effluents et du dossier de lot, il ressort du procès-verbal du constat d'huissier du 8 juin 2021 et des relevés de badgeage, que lors des relevés des contrôles par visionnage des écrans, M. B était absent de son poste de travail. Or ce dernier a signé pour la nuit du 28 au 29 avril 2021, le registre de contrôle visuel mentionnant des relevés effectués à 2 heures et 4 heures alors même qu'il était absent. De même, il a paraphé pour la nuit suivante la réalisation de contrôles visuels à 21 heures et à 1h20. Il ressort d'ailleurs de la lettre adressée par M. B à son employeur le 10 juin 2021 qu'il a demandé à un opérateur de production de contrôler l'état de la station et de relever les informations sur un brouillon, informations qu'il a ensuite reportées sous son propre nom sur le cahier de registre. Si M. B fait valoir que cette pratique serait répandue et qu'il ne peut se tenir pendant la totalité de son cycle de travail dans le local de production compte tenu de ses autres missions, il n'en reste pas moins qu'il a transmis sans vérification des données qu'il n'avait pas collectées à l'équipe de relève de jour ainsi que cela ressort du rapport journalier des chefs de quart, en méconnaissance des bonnes pratiques exigées par l'autorité de contrôle en matière de sécurité des médicaments et produits de santé. Par suite, le manquement retenu sur ce point est établi et constitutif d'une faute.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le ministre n'a pas commis d'erreur d'appréciation de la matérialité ni de la gravité des manquements commis en autorisant le licenciement de M. B.

16. En quatrième et dernier lieu, s'agissant du lien entre le licenciement et le mandat représentatif du requérant, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la demande d'autorisation de licenciement de M. B formée par la société Spi Pharma procéderait d'une quelconque discrimination en lien avec son mandat syndical. En se bornant à affirmer sans l'établir qu'il aurait suscité l'agacement de sa hiérarchie en exerçant son droit de retrait en l'absence de douche de sécurité au niveau de l'aluminate et en relevant la dénonciation de ses pratiques en tant que trésorier du comité d'entreprise, le requérant ne démontre pas davantage que la demande de licenciement pour motif disciplinaire sollicitée par son employeur à raison des faits précédemment décrits aurait eu en réalité pour objet d'entraver l'exercice de son mandat.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de la décision du ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 15 février 2022 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du ministre du travail, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par M. B. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la société Spi Pharma au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Spi Pharma tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles et à la société Spi Pharma.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Fabre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

F. Le Mestric

La présidente,

signé

M-L. Hameline Le greffier,

signé

C. Alves

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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