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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2202757

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2202757

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2202757
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL ABEILLE & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mars 2022, M. B A, représenté par Me Thémis, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise portant sur les conditions dans lesquelles il a été pris en charge par les centres hospitaliers de Privas et de Salon de Provence, entre 2017 et 2021, suite à son opération d'ostéosynthèse survenu le 2 décembre 2016.

2°) de réserver les dépens.

Il soutient qu'une carence dans l'assistance médicale de l'unité de soin a concouru à l'amputation des fonctions dépendantes de son indexe gauche.

Par un mémoire enregistré le 21 avril 2022, le centre hospitalier de Privas, représenté par Me Zandotti demande au juge des référés :

1°) de donner acte qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée, sous toutes réserves de responsabilité ;

2°) d'ordonner à l'expert le dépôt d'un pré-rapport ;

3°) de mettre les fais d'expertise à la charge de M. A.

Par un mémoire enregistré le 12 mai 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de Lot, doit être regardé comme ne s'opposant pas à la demande d'expertise.

Par un mémoire enregistré le 24 mai 2022, le centre hospitalier de Salon de Provence, représentée par Me Deguitre déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée, sous toutes protestations et réserves et demande au juge des référés :

1°) de préciser la mission d'expertise sollicitée ;

2°) de réserver les dépens.

La procédure a régulièrement été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Haute Corse, qui n'a pas produit d'observation.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision en date du 20 mai 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C, première vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'expertise :

1.Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

2.Il résulte de l'instruction que l'expertise sollicitée par M. A porte sur les conditions dans lesquelles il a été pris en charge par les centres hospitaliers de Privas et de Salon de Provence entre 2017 et 2021. La demande d'expertise sollicitée par M. A, susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond et qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présente un caractère utile. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er r de la présente ordonnance.

Sur le pré-rapport :

3. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. L'établissement d'un pré-rapport ne constitue qu'une modalité opérationnelle de l'expertise. Il appartient donc à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Les conclusions du centre hospitalier de Privas tendant à ce que l'expert dépose un pré-rapport, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'expertise :

4. Il n'appartient pas au juge des référés de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Par suite, les conclusions présentées par les parties relatives aux dépens, doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur D, exerçant au Centre hospitalier Louis Rafalli, chemin Auguste Girard à Manosque (04100) est désigné(e) pour procéder, en présence des parties à l'instance, à une expertise médicale avec la mission suivante :

1°) examiner M. A et se faire communiquer son entier dossier médical et plus généralement tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;

2°) procéder à l'examen médical de M. A, décrire son état de santé actuel, et son état de santé antérieur à son admission aux centres hospitalier de Privas et de Salon de Provence, en ne retenant que les seuls antécédents qui peuvent avoir une incidence sur les séquelles en lien avec les soins dispensés ;

3°) décrire les conditions dans lesquelles M. A a été pris en charge respectivement dans les services du Centre hospitalier de Privas et du centre hospitalier de Salon de Provence et préciser, notamment, les examens pratiqués, le traitement entrepris et les soins reçus ; rechercher si les traitements administrés étaient adaptés à l'état du patient ;

4°) rechercher si les traitements administrés étaient adaptés à l'état de M. A et si le centre hospitalier de Privas et le centre hospitalier de Salon de Provence ne devait pas lui apporter d'autres soins pour éviter la persistance des séquelles que présente encore celui-ci ;

5°) rechercher si les soins prodigués ont été attentifs, diligents, conformes aux données acquises de la science médicale et, dans la négative, analyser de façon détaillée et motivée la nature des fautes médicales, de soins, dans l'organisation ou le fonctionnement du service, erreurs, imprudences, manquements aux précautions nécessaires, négligences, maladresses ou autres défaillances afin d'éclairer le tribunal sur l'engagement, éventuel, de la responsabilité des centres hospitaliers,

6°) le cas échéant, en cas d'erreur de diagnostic dire si le retard a été à l'origine des préjudices subis et si oui dans quel pourcentage ;

7°) dans l'hypothèse où des manquements des services hospitaliers mis en cause seraient relevés, indiquer précisément les séquelles en relation directe et exclusive avec chacun de ces manquements,

8°) préciser, notamment, la durée du déficit fonctionnel temporaire partiel ou total, le taux de déficit fonctionnel permanent et ses répercussions sur les conditions d'existence de M. A, notamment, le cas échéant, sur le plan professionnel, l'importance des souffrances endurées, le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément et le préjudice sexuel, ainsi que tout autre élément de nature à permettre au tribunal de se prononcer sur les préjudices subis par M. A du fait desdits manquements ;

9°) fixer la date de consolidation ;

10°) dire si les préjudices subis sont directement imputables à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins, si cet accident médical non fautif a entraîné des conséquences anormales à l'aune de la probabilité (à définir précisément en pourcentage) habituelle de réalisation de l'un des risques lié à l'intervention, de l'exposition particulière du patient en raison de son état de santé initial comme de son évolution prévisible, du caractère incontournable ou non de l'intervention, enfin évaluer précisément le niveau de gravité des séquelles présentées ;

11°) évaluer le besoin d'assistance à une tierce personne et dans l'affirmative en définir les conditions ;

12°) décrire les soins futurs et les aides compensatoires au handicap de la victime (dépenses de santé, logement adapté, frais divers, appareillage spécifique, véhicule adapté), en précisant la fréquence de leur renouvellement ;

13°) dire si l'état de M. A est susceptible de modifications en aggravation ou en amélioration, et, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen lui apparaîtrait nécessaire, indiquer le délai dans lequel il devra y être procédé ;

14°) d'indiquer, dans sa conclusion, de façon récapitulative et succincte, les circonstances, les causes et l'étendue des dommages subis par la victime.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du tribunal administratif de Marseille en deux exemplaires (1 exemplaire numérique + 1 exemplaire papier) dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, utilisera à cette fin, dans la mesure du possible, des moyens électroniques.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au centre hospitalier de Privas, au centre hospitalier de Salon de Provence, à la caisse primaire d' assurance maladie de Haute corse, à la caisse primaire d'assurance maladie du Lot et à la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn.

Fait à Marseille, le 15 décembre 2022.

La juge des référés,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de la santé et des préventions en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/Le greffier en chef,

Le greffier

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