jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2202860 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | PELGRIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 avril 2022, Mme B D, représentée par Me Pelgrin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a retiré son agrément d'assistante maternelle ;
2°) d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de sa situation administrative à compter de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du département la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière ;
- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision de retrait est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2024, le département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 30 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,
- les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique,
- et les observations de Mme A, représentant le département des Bouches-du-Rhône.
Considérant ce qui suit :
1. Le président du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a délivré le 26 novembre 2008 à Mme D un agrément d'assistante maternelle pour l'accueil de deux enfants de zéro à six ans. Elle a bénéficié d'une extension de son agrément le 23 octobre 2009 lui permettant d'accueillir trois enfants de la même tranche d'âge. Par une décision du 20 janvier 2022, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône lui a retiré son agrément. Mme D demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 23 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département des Bouches-du-Rhône le 15 août suivant, librement accessible tant au juge qu'aux parties, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a donné délégation à Mme C E, directrice de la protection maternelle et infantile et signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer notamment tous les actes relatifs au retrait de l'agrément des assistantes maternelles. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-23 du code de l'action sociale et des familles : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de retirer un agrément, () il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale mentionnée à l'article R. 421-27 en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. () Les représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission sont informés, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, des dossiers qui y seront examinés et des coordonnées complètes des assistants maternels et des assistants familiaux dont le président du conseil départemental envisage de retirer, restreindre ou ne pas renouveler l'agrément. Sauf opposition de ces personnes, ils ont accès à leur dossier administratif. /La commission délibère hors la présence de l'intéressé et de la personne qui l'assiste ".
4. Il ne résulte ni de ces dispositions, ni d'aucune autre disposition légale ou réglementaire que la présidente du conseil départemental avait l'obligation de communiquer à la requérante l'avis de la commission consultative paritaire départementale. Dans ces conditions la circonstance, au demeurant contestée par le département, que celui-ci n'aurait pas transmis cet avis est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elle aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. / Un référentiel approuvé par décret en Conseil d'Etat fixe les critères d'agrément. () L'agrément est accordé () si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs (), en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. Les modalités d'octroi ainsi que la durée de l'agrément sont définies par décret. () ". Selon l'article L. 421-6 de ce code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. () Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. () ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. À cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que le ou les enfants accueillis sont victime des comportements en cause ou risquent de l'être.
7. Pour prononcer le retrait de l'agrément de Mme D, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône s'est fondée sur quatre séries de manquements : manquements à ses obligations de proposer des conditions d'accueil adaptées, manquements à ses obligations d'assurer la santé et la sécurité des enfants, manquement à ses obligations de proposer un cadre éducatif cohérent et enfin non-respect de ses obligations liées à son agrément.
8. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite d'une plainte de parents, le service des modes d'accueil de la petite enfance de la direction de la protection maternelle et infantile a effectué une visite sans rendez-vous le 8 novembre 2021 en milieu de journée.
9. S'agissant, tout d'abord, des manquements de Mme D à ses obligations de proposer des conditions d'accueil adaptées ainsi qu'un cadre éducatif cohérent, le rapport d'évaluation, de suivi et d'accompagnement établi le 15 novembre 2021 relève qu'à l'arrivée des inspectrices la pièce de vie était parfaitement rangée sans aucune trace d'activité, aucun jeu notamment n'étant sorti alors que l'un des enfants était arrivé le matin à 8h15 et les deux autres à 11h sans aucun jeu sorti et que Mme D ne disposait pas du matériel nécessaire pour le repas de trois enfants, n'ayant qu'une seule chaise haute. Mme D a par ailleurs indiqué qu'elle avait accueilli à la rentrée de septembre un bébé de dix mois, sans contrat, qui pleurait beaucoup et qu'elle n'avait pas proposé d'attitude éducative qui aurait pu être mise en place pour apaiser l'enfant alors qu'il était à un âge où l'angoisse de la séparation est significative. Alors qu'il s'agissait d'un point déjà abordé par le passé en 2017 avec Mme D qui avait indiqué être incapable de s'imposer face aux parents, celle-ci a indiqué par ailleurs que si les enfants ont des doudous, les parents les oublient systématiquement sans qu'elle ne cherche à attirer leur attention sur la nécessité pour le bien-être de l'enfant de venir avec cet objet transitionnel particulièrement important dans la séparation et le sommeil. Il est également noté que Mme D n'a voulu ni changer les enfants ni les coucher à l'arrivée des inspectrices alors qu'elle leur avait indiqué qu'ils étaient fatigués, les laissant encore près de deux heures éveillés. Ainsi, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas utilement contredit par la requérante que la prise en compte des besoins de chaque enfant, selon son âge, ses rythmes pour assurer son développement physique, intellectuel et affectif en mettant en œuvre les moyens appropriés, notamment dans les domaines du jeu, des acquisitions psychomotrices, intellectuelles et sociales n'est pas assurée. La présidente du conseil départemental a pu dès lors, sans entacher sa décision d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation, estimer que les conditions d'accueil des enfants n'étaient pas adaptées à cet égard.
10. S'agissant, ensuite, des manquements à la santé et à la sécurité des enfants, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes non utilement contestés du rapport de visite que des couvertures étaient présentes dans les lits des deux bébés, en contradiction avec les règles relatives à la prévention des risques de mort subite du nourrisson, que des tiroirs de la cuisine accessibles à hauteur d'enfant contenaient de nombreux objets dangereux dont des couteaux de cuisine, que les bidons de lessive n'étaient pas cachés, alors qu'il lui avait été demandé en 2018, à l'occasion du renouvellement de son agrément, de remédier à ces deux derniers aspects de sécurité, que cinq flacons de produits d'entretien ont été trouvés sous l'évier de la cuisine, sans sécurité, que la barrière de sécurité n'était plus présente en haut des escaliers, que des rasoirs étaient posés dans la douche et sur le rebord du lavabo accessibles aux enfants, qu'aucune sécurité n'était mise en place à la fenêtre de la chambre du couple, que les entrebâilleurs des chambres des enfants ne fonctionnaient plus, et que des jouets non autorisés pour les enfants de moins de trois ans se trouvaient dans les chambres des enfants, ce dernier point ayant déjà été relevé en 2018 lors du renouvellement de son agrément. Enfin, il résulte également des constatations faites sur place que la barrière extérieure qui empêchait le contournement vers l'avant de la maison avait été retirée et que des outils et produits pour les travaux ont été trouvés sur ce passage. Par suite, la requérante n'est pas non plus fondée à soutenir que la décision contestée serait entachée d'erreur de fait ou d'erreur d'appréciation en tant qu'elle relève des manquements à l'obligation d'assurer la santé et la sécurité des enfants accueillis.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 421-26 du code de l'action sociale et des familles : " Un manquement grave ou des manquements répétés aux obligations de déclaration et de notification prévues aux articles R. 421-38, R. 421-39, R. 421-40 et R. 421-41 ainsi que des dépassements du nombre d'enfants mentionnés dans l'agrément et ne répondant pas aux conditions prévues par l'article R. 421-17 peuvent justifier, après avertissement, un retrait d'agrément ".
12. Il ressort des termes de la décision du 20 janvier 2022 retirant l'agrément donné à Mme D qu'elle se fonde également sur le motif de manquements de l'intéressée à ses obligations de déclaration et de notification mentionnées par les dispositions précitées de l'article R. 421-26, en particulier l'absence de signature de contrat préalablement à l'accueil d'enfants, l'accueil d'enfants au-delà du nombre autorisé et l'absence de vérification de l'état vaccinal des enfants. L'invocation d'un tel motif de retrait se trouvait, dès lors, subordonné à l'envoi d'un avertissement préalable à la requérante. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 10 que les autres motifs fondant la décision contestée, tirés des manquements de Mme D à ses obligations de proposer des conditions d'accueil adaptées, de proposer un cadre éducatif cohérent et d'assurer la santé et la sécurité des enfants, sont matériellement établis et justifiaient à eux seuls le retrait de l'agrément. Il ressort ainsi des pièces du dossier que l'administration aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur ces autres motifs. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'en l'absence d'avertissement préalable de Mme D, la décision contestée ne pouvait être fondée sur des manquements aux obligations de déclaration et de notification doit être écarté, en tout état de cause, comme inopérant.
13. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée portant retrait de l'agrément de Mme D repose sur des éléments suffisamment précis et vraisemblables permettant d'établir que les conditions d'accueil garantissant la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis ne sont pas remplies. Par suite, eu égard aux griefs établis, et alors même que Mme D produit des attestations favorables de parents d'enfants qui lui ont été confiés, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation ni entacher sa décision de disproportion, estimer que Mme D ne remplissait plus les conditions requises pour assumer les fonctions d'assistante maternelle et prononcer le retrait de l'agrément dont elle bénéficiait.
14. Par suite, les conclusions présentées par Mme D à fin d'annulation de la décision de la présidente du conseil départementale des Bouches-du-Rhône du 20 janvier 2022 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. La présente décision, qui rejette les conclusions de la requête aux fins d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme D doivent être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le département des Bouches-du-Rhône, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme D une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au département des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
Mme Fabre, première conseillère,
Mme Hétier-Noël, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
C. Hétier-Noël
La présidente,
signé
M-L. Hameline
La greffière,
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2202860
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026