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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203139

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203139

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantPACCARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 avril 2022, M. B A, représenté par Me Paccard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à titre subsidiaire, portant la mention " vie privée et familiale dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué est incompétent ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreurs de fait révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 26 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Paccard, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 23 septembre 1986, a sollicité le 2 septembre 2021 son admission exceptionnelle au séjour par le travail sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C, chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, qui a reçu par un arrêté n° 13-2021-08-31-0005 du 1er septembre 2021, publié au recueil des actes administratifs n° 13-2021-247 de la préfecture des Bouches-du-Rhône, délégation de signature notamment pour les refus de délivrance de titre de séjour et les obligations de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. En l'espèce, la décision de refus de séjour attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet des Bouches-du-Rhône a fait application et mentionne, avec suffisamment de précision, les circonstances de fait sur lesquelles il s'est fondé pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour de M. A. Cette décision, alors même qu'elle ne rappelle pas précisément l'expérience professionnelle de l'intéressé, répond à l'exigence de motivation posée par les articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Si M. A invoque des erreurs portant sur les conditions et la date de son entrée en France ainsi que sur la durée de son expérience professionnelle, les critiques qu'il fait ainsi porter sur le bien-fondé des motifs qui fondent la décision qu'il conteste, et qui témoignent de ce que ces motifs ont été portés à sa connaissance, ne sauraient caractériser une insuffisance de sa motivation

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a lui-même déclaré lors du dépôt de sa demande de titre de séjour qu'il était entré pour la dernière fois en France en décembre 2020. Par ailleurs, il ne démontre pas avoir produit, à l'appui de sa demande, de bulletins de salaire autres que ceux correspondant à la période comprise entre le mois de décembre 2020 et le mois d'avril 2022. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que les mentions contenues dans l'arrêté attaquée et relatives aux conditions indéterminées de son entrée en France en décembre 2020 et à la production de cinq bulletins de salaire entre décembre 2020 et avril 2021 seraient de nature à démontrer que le préfet des Bouches-du-Rhône ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette hypothèse, il appartient alors à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, notamment au regard du marché du travail et de la rareté des candidats aptes à exercer certains métiers, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. D'une part, si M. A déclare être entré sur le territoire français le 21 juillet 2015, les pièces du dossier n'attestent de sa résidence habituelle qu'à compter du mois de février 2020, soit une présence en France de moins de deux ans et deux mois à la date de l'arrêté attaqué. En outre, M. A n'apporte pas la preuve d'une insertion sociale particulière sur le territoire national et ne fait pas état de liens affectifs qu'il aurait développés en France. Par conséquent, la situation personnelle et l'ancienneté du séjour en France de M. A, célibataire et sans enfant, ne sauraient constituer une considération humanitaire ou un motif exceptionnel justifiant que le Préfet fasse usage des pouvoirs qu'il tient des dispositions précitées.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A était employé depuis décembre 2020 en qualité de manutentionnaire dans un supermarché, pour une rémunération équivalente au salaire minimum interprofessionnel de croissance. Il produit, à l'appui de sa requête, une attestation de travail pour la période du 1er décembre 2020 au 3 mars 2022 ainsi que quinze fiches de paie pour les mois de décembre 2020 à mars 2022. Toutefois, eu égard à la durée pendant laquelle M. A, qui ne conteste pas que son contrat de travail a pris fin le 3 mars 2022, établit avoir travaillé, aux caractéristiques de l'emploi occupé et à la faible ancienneté démontrée de son séjour en France, les éléments dont se prévaut M. A ne sauraient constituer une considération humanitaire ou un motif exceptionnel permettant son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. Il résulte de ce qui précède que M. A ne démontre pas avoir établi le centre de sa vie privée, familiale et professionnelle de façon sérieuse et durable en France. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ont été méconnues.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Menasseyre, présidente,

Mme Caselles, première conseillère,

M. Danveau , premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé

A. D

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

S. Caselles Le greffier,

Signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au Préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

N°2203139

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