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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203554

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203554

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203554
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation10e Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantHEFTMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 avril 2022 et le 25 avril 2023, M. B A, représenté par Me Heftman demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 14 500 euros en réparation du préjudice subi du fait de la carence fautive de l'Etat à lui proposer un logement répondant à ses besoins et à ses capacités, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation à compter de la décision de refus d'indemnisation ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de lui verser cette somme dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat ou la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la carence de l'Etat à le reloger et à exécuter le jugement n°2001538 du 30 juin 2020 de ce tribunal constitue une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- il a subi un préjudice matériel, un préjudice moral et un préjudice consistant en des troubles dans ses conditions d'existence ;

- il a été hébergé à l'hôtel par le service intégré de l'accueil et de l'orientation (SIAO), ou bien chez des amis et dans une voiture ;

- il n'a reçu aucun appel de pièce lui demandant son avis d'imposition dans le cadre de la proposition de logement du 14 août 2020 ;

- une deuxième proposition de logement n'a pu aboutir du fait de l'inadéquation entre le montant du loyer et les ressources du requérant ;

- une troisième proposition a débouchée sur une attribution ;

- le montant du préjudice se justifie par les problèmes de santé rencontrés et ses conditions de vie.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 6 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- une première proposition a échoué du fait de l'incomplétude du dossier du requérant ;

- une deuxième proposition a échoué du fait de l'inadéquation entre le montant du loyer et les ressources du requérant ;

- une troisième proposition a débouché sur une attribution ;

- l'indemnisation susceptible d'être prononcée ne saurait atteindre le montant demandé par le requérant.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pecchioli, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Pecchioli, président-rapporteur.

Aucune partie n'était présente ni représentée.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été reconnu comme prioritaire et devant être logé d'urgence par une décision de la commission de médiation des Bouches-du-Rhône du 18 avril 2019. Le préfet des Bouches-du-Rhône disposait d'un délai de six mois pour que M. A se voit attribuer un logement répondant à ses besoins et capacités. Une proposition de logement ayant échouée, M. A a présenté une demande indemnitaire préalable le 6 février 2021, dont le préfet a accusé réception le 9 février 2021 et qu'il a implicitement rejetée. M. A demande la condamnation de l'Etat au versement d'une indemnisation d'un montant de 14 500 euros.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la faute :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Selon le II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. () / Le représentant de l'Etat dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande. () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () ". L'article R. 441-16-1 du même code dispose que : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans () les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. La période de responsabilité de l'Etat court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement à la suite de la décision de la commission de médiation. Ces troubles doivent être appréciés en tenant notamment compte des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat.

4. Il est constant que M. A n'a reçu aucune proposition de logement dans le délai imparti au préfet. Il s'ensuit que la carence de l'Etat à assurer le logement constitue une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne le préjudice indemnisable :

5. Il résulte de l'instruction que M. A a été reconnu prioritaire et devant être logé d'urgence par une décision du 18 avril 2019, que le délai imparti au préfet expirait le 18 octobre 2019, qu'une première proposition de logement du 14 août 2020 faite à la suite de l'injonction prononcée par le jugement n°2001538 du 30 juin 2020 de ce tribunal a échouée, ainsi qu'une deuxième du 9 juillet 2021 et qu'une troisième du 21 février 2022 a débouchée sur la signature d'un contrat de bail, le 14 mars 2022. Le préfet fait valoir que la proposition du 14 août 2020 a échouée en raison de l'incomplétude du dossier de M. A, qui n'avait pas fourni son avis d'imposition. Toutefois, il n'établit pas, ainsi que le soutient le requérant, que la commission d'attribution aurait procédé à un appel de pièce conformément aux dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration. Concernant la deuxième proposition du 9 juillet 2021, celle-ci a échoué en raison de l'inadéquation entre le montant du loyer et les ressources de M. A et cet échec ne peut ainsi être imputé à l'intéressé. La période de responsabilité susceptible d'incomber à l'Etat court ainsi du 18 octobre 2019, date d'expiration du délai imparti au préfet au 14 mars 2022, date du relogement effectif de M. A. Compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence, de deux ans et cinq mois et du nombre de personnes ayant vécu au foyer familial pendant la période en cause, soit uniquement M. A, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence dont la réparation incombe à l'Etat en condamnant celui-ci à verser à M. A dans les circonstances de l'espèce et sur une base de 250 euros par personne et par an, une somme de 605 euros.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à M. A une somme globale de 605 euros.

En ce qui concerne les intérêts et la capitalisation :

7. D'une part, il y a lieu d'assortir cette somme, comme le demande le requérant, des intérêts au taux légal. Le point de départ est, en cas de réclamation préalable, le jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur. M. A demandant toutefois les intérêts au taux légal à compter de la décision de rejet de sa demande indemnitaire préalable, ils courront ainsi à compter de cette date, soit le 9 avril 2021.

8. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 26 avril 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 9 avril 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Dès lors que les dispositions de l'article L. 911-9 du code de justice administrative permettent à la requérante, en cas d'inexécution du présent jugement dans le délai prescrit, d'obtenir le mandatement d'office de la somme que l'Etat est condamné à lui verser, il n'y a pas lieu de faire droit à ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Heftman, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Heftmann de la somme de 1 100 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 605 (six-cent-cinq) euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 9 avril 2021. Ces intérêts seront capitalisés à compter du 9 avril 2022 et à chaque échéance annuelle ultérieure.

Article 2 : L'Etat versera à Me Heftman une somme de 1 100 (mille-cent) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Heftman renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Chloé Heftman et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-L. PECCHIOLI La greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ La greffière en chef,

Le greffier,

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