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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203889

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203889

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203889
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantPELGRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires en réplique enregistrés les 9 mai et 24 octobre 2022 et le 19 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Pelgrin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice du centre hospitalier (CH) Valvert a rejeté sa demande préalable indemnitaire reçue le 22 février 2022 ;

2°) de condamner le CH Valvert à lui verser une somme de 75 000 euros en réparation de ses préjudices, assortie des intérêts au taux légal avec capitalisation ;

3°) de mettre à la charge du CH Valvert une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est en arrêt maladie depuis le 28 août 2017 du fait d'un surmenage professionnel et la décision implicite par laquelle la directrice du CH Valvert a rejeté sa demande du 10 septembre 2018 tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de ses arrêts de travail à compter du 28 août 2017 a été annulée par un jugement du tribunal administratif de Marseille du 14 septembre 2020 pour vice de procédure, en l'absence de saisine préalable de la commission de réforme ;

- son employeur a volontairement tardé à exécuter ledit jugement qui lui enjoignait de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de deux mois dès lors que le conseil médical départemental ne s'est réuni que le 19 octobre 2022 ;

- ce délai excessif d'exécution est caractéristique d'une faute susceptible d'engager la responsabilité du CH Valvert et lui a causé un préjudice professionnel et financier dont il est fondé à obtenir la réparation à hauteur de 65 000 euros notamment dès lors qu'il aurait dû être nommé au 12ème échelon de son grade à compter du 1er janvier 2020 et mis à la retraite à compter du 1er janvier 2019 ;

- il est également fondé à solliciter l'indemnisation de son préjudice moral à hauteur de 10 000 euros compte-tenu de la perte de considération quant à son statut social, du manque de considération de son employeur et du blocage volontaire de son déroulement de carrière ;

- en tout état de cause, la responsabilité sans faute de son employeur peut être engagée compte-tenu du caractère professionnel de sa pathologie.

Par des mémoires en défense enregistrés les 11 juillet, 3 octobre et 12 décembre 2022, le CH Valvert, représenté par la SELARL Abeilles et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le délai d'exécution du jugement du 14 septembre 2020 n'est pas fautif et résulte d'évènement indépendants de sa volonté, malgré sa saisine de la commission de réforme dès le 24 juin 2020 et ses multiples relances ;

- sa responsabilité sans faute ne saurait tout autant être engagée compte-tenu de l'absence de caractère professionnel de la pathologie du requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Journoud, rapporteure,

-les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique,

- les observations de Me Pelgrin pour M. A et celles de Me Durand, substituant Me Pontier, pour le CH Valvert.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, technicien hospitalier en poste au CH Valvert depuis le 1er mars 1983 où il occupe le poste de chef de cuisine, est en arrêt maladie depuis le 28 août 2017, congé successivement prolongé durant un an, jusqu'au 28 août 2018. Compte-tenu de l'expiration de ses droits à congés et de l'avis défavorable du comité médical du 15 novembre 2018 s'agissant de sa demande d'octroi de congé de longue maladie, il a été placé en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 28 août 2018 par une décision du 28 octobre suivant. Par un jugement n° 1900288 et 1900446 du 14 septembre 2020, le tribunal de céans a annulé la décision implicite par laquelle la directrice du CH Valvert a rejeté sa demande tendant à la reconnaissance de l'imputabilité de ses arrêts de travail à compter du 28 aout 2017. M. A demande la condamnation du CH à l'indemniser du préjudice qu'il estime avoir subi du fait du retard pris par cet établissement dans l'exécution de ce jugement. Le requérant a contesté cette décision mais ses conclusions à fin d'annulation ont été rejetées pour tardiveté dans le cadre du jugement n°1900288 et 1900446 du 14 septembre 2020. M. A a saisi le CH Valvert d'une demande préalable indemnitaire reçue le 22 février 2022 et demande l'engagement de la responsabilité pour faute ou sans faute de son employeur principalement du fait du retard d'exécution du jugement d'annulation du 14 septembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de rejet implicite de sa demande préalable indemnitaire reçue le 22 février 2022 :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

3. Dans le cadre de la présente instance, M. A sollicite la condamnation du CH Valvert au paiement d'une somme d'argent. Ainsi, compte tenu de l'objet du recours, sa requête présente le caractère d'un recours de plein contentieux. Ce faisant, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision portant rejet implicite de la demande indemnitaire préalable reçue le 22 février 2022, qui n'a eu pour effet que de lier le contentieux, sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de cette décision doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, par le jugement précité du 14 septembre 2020, le tribunal administratif de Marseille s'est fondé, pour annuler la décision implicite par laquelle la directrice du CH Valvert a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de la pathologie de M. A, sur l'absence de saisine préalable de la commission de réforme pour avis et lui a enjoint de réexaminer sa situation administrative dans un délai de deux mois. Le CH Valvert a saisi la commission de réforme dès 2019 en cours d'instance, puis le 24 juin 2020, soit avant le jugement du 14 septembre 2020. En outre, par un courrier du 13 janvier 2021, la commission de réforme relevant de la direction départementale de la cohésion sociale des Bouches-du-Rhône a informé les centres hospitaliers du département que, suite à l'annulation en date du 16 décembre 2019 des opérations électorales du 6 décembre 2018 s'agissant de la composition des commissions administratives paritaires locales par plusieurs arrêts de la cour administrative d'appel de Marseille, elle n'avait pas pu se réunir durant une année, entrainant un retard d'instruction sur environ 400 dossiers et des délais de traitement importants. Par un courrier du 11 mars 2021, le CH Valvert a sollicité la commission afin d'obtenir des informations sur le statut du dossier de Monsieur A signalant le caractère urgent de son passage en commission compte-tenu de l'exécution du jugement précité. Puis, par un courriel du 18 juin 2021, le CH a relancé la commission de réforme, cette relance étant toutefois restée sans réponse jusqu'à ce qu'un échange téléphonique en juin 2022, un an plus tard, permette de relancer la procédure. Dans ces conditions, le délai d'exécution du jugement du 14 septembre 2020 est la conséquence de considérations indépendantes des démarches du CH Valvert sur lesquelles il n'avait pas de moyens d'actions supplémentaire et non du fait de cet établissement. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à se plaindre d'un retard fautif de l'administration dans l'exécution du jugement du 14 septembre 2020 de nature à engager la responsabilité du CH Valvert pour faute ou sans faute.

5. En second lieu, si M. A fait valoir que le CH centre hospitalier a commis une faute en bloquant le déroulement de sa carrière, en se bornant à indiquer qu'il aurait dû passer au douzième échelon de son grade à compter du 1er janvier 2020 et que son employeur aurait dû l'inviter à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er juillet 2019, il n'apporte, en l'état de ses déclarations et des pièces produites, aucune précision circonstanciée de nature à faire présumer une telle faute de son employeur dans la gestion de carrière. Par ailleurs, il n'établit pas par les pièces produites que, comme il le soutient, le comportement adopté par son employeur dans la gestion de sa carrière a entraîné une nouvelle dégradation de son état de santé ainsi qu'un bouleversement dans ses conditions d'existence.

6. Il résulte de tout de qui précède que les conclusions indemnitaires de M. A doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier Valvert, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge du CH Valvert la somme exposée par lui au titre de l'instance et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du CH Valvert présentées sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier Valvert.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Frédérique Simon, présidente,

M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,

Mme Ludivine Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

L. Journoud

La présidente,

signé

F. Simon

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé de Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en cheffe,

La greffière,

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