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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203962

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203962

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantROGLIANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2022, M. E D, représenté par Me Rogliano demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'État en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous condition que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée dès lors qu'elle démontre l'absence d'examen complet et sérieux de la situation du requérant ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme dès lors qu'il mène une vie familiale, sociale et professionnelle en France ;

- la nullité de l'obligation de quitter le territoire entraîne, par voie de conséquence, celle de l'interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. F pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F ;

- les observations de Me Rogliano représentant M. D assisté par Mme B, interprète en langue arabe ;

- le préfet des Bouches du Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été produite le 16 juin 2022 pour M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, ressortissant algérien, demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Selon l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté du 9 mai 2022, qui vise, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et en particulier ses articles 3 et 8, le règlement (CE) n° 1987/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système Schengen de deuxième génération, le règlement (CE) n° 2016-399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que M. D, non titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, n'a pu justifier être entré régulièrement sur le territoire français, muni du visa normalement requis conformément à l'accord franco-algérien précité. L'arrêté précise également qu'il ne satisfait pas aux conditions requises pour prétendre à la régularisation de sa situation administrative, et n'entre dans aucune des catégories de plein droit définies aux articles 6 et 7 bis de l'accord franco-algérien, qu'il est sans enfant et ne justifie ni de la réalité et de l'ancienneté de sa relation de vie de couple avec une ressortissante algérienne en situation irrégulière qui est enceinte, ni être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où réside sa famille. Dans ces conditions, et dès lors que le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de fait caractérisant la situation de l'intéressé, l'arrêté contesté, qui lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans comporte de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée et démontre l'absence d'examen complet et sérieux de sa situation.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° II existe un risque que l'étranger se soustrait à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code précité : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour/ () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). "

6. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France irrégulièrement et qu'il n'a pas demandé de titre de séjour. Pour ce seul motif, prévu au 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qui permet de neutraliser le cas échéant celui tiré d'une insuffisance des garanties de représentation, le préfet des Bouches-du-Rhône pouvait refuser d'accorder à M. D un délai pour quitter le territoire français sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation. Par ailleurs, il n'est pas contesté qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement de manière forcée vers l'Espagne le 15 décembre 2020 dans le cadre d'une procédure de transfert Dublin par la Préfecture de Pau. Enfin, il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale dès lors qu'il a indiqué, lors de son audition du 7 mai 2022, être domicilié dans un squatt, situé rue Hoche, à Marseille (13003). Enfin, la circonstance que le requérant exerce une activité professionnelle, au demeurant non établie par la production d'un contrat de travail ou de feuilles de paie, ainsi qu'il a été dit, est sans incidence sur la régularité de la décision attaquée. Par suite, le risque de fuite était parfaitement avéré.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Si M. D soutient qu'il est en France depuis octobre 2020, il ressort des pièces du dossier qu'il ne dispose d'aucun visa de long séjour et n'a fait aucune demande de délivrance de plein droit d'un titre de séjour. Par ailleurs, la seule production de sa part, par une note en délibéré du 16 juin 2022, d'une attestation de Mme A C, par laquelle elle indique être sa compagne et résider au 30, rue Hoche, Marseille (13003), adresse donnée par le requérant, et de l'acte de naissance du 22 mai 2022, de l'enfant Ilyan, qu'il a reconnu, ne suffit pas à établir la réalité et l'ancienneté de sa relation de vie de couple. M. D n'apporte pas non plus la preuve de son insertion dans la société française, ni qu'il dispose d'un emploi stable, dès lors que, ainsi qu'il a été dit, il n'a produit aucun contrat de travail ou bulletin de paie à l'instance, ayant précisé lui-même, lors de son audition du 7 mai 2022 qu'il travaillait au noir dans le secteur du bâtiment et des travaux publics ainsi que sur les marchés.

9. Par suite, le requérant, dans ces circonstances, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et par là-même, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

11. Ainsi qu'il a été dit, M. D n'établit pas exercer une activité professionnelle stable en France ni y disposer d'attaches familiales et privées et il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement de manière forcée vers l'Espagne le 15 décembre 2020 dans le cadre d'une procédure de transfert Dublin par la Préfecture de Pau. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prononçant une interdiction de retour d'une durée de deux ans à l'encontre du requérant.

12. En cinquième lieu, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE:

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

A-D F La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

N° 220369

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