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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2204057

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2204057

lundi 18 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2204057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP PIETRA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 mai 2022 et le 3 février 2023, Mme C B, représentée par Me Pietra, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2021 par lequel le maire de la commune de Bouc-Bel-Air a délivré à la société " AST Groupe " un permis de construire un ensemble immobilier de 16 logements pour une surface de plancher de 1 227m² sur une parcelle cadastrée CE 1p sise avenue de la Babiole, le permis de construire rectificatif du 25 janvier 2022 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 19 mars 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bouc-Bel-Air et de la société " AST Groupe " la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie d'un intérêt à agir ;

- la requête a été déposée dans les délais de recours contentieux ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- le projet méconnaît l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) et l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article UC 2 du même règlement ;

- l'autorisation critiquée crée une rupture d'égalité ;

- les articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ne sont pas applicables au projet.

Par des mémoires, enregistrés le 9 novembre 2022 et le 15 février 2023, la société " AST Groupe ", représentée par Me Jacques, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire demande au tribunal de faire application de l'article L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et de mettre à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- Mme B ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2022, la commune de Bouc-Bel-Air, représentée par Me Gouard-Robert, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 20 décembre 2022, la société " AST Groupe ", représentée par Me Jacques, demande au tribunal de condamner Mme B à lui verser la somme de 855 054 euros dans l'hypothèse où le projet serait abandonné ou de 185 566 euros dans l'hypothèse où le projet se réaliserait avec un retard de 8 mois au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme et à ce que soit mise à sa charge la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le recours présente un caractère abusif dès lors que Mme B a pour seule motivation de se venger de la commune ;

- le recours est directement à l'origine d'une préjudice matériel, financier et moral excessif.

Par une ordonnance du 23 mai 2023, a été prononcée en dernier lieu, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,

- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique

- et les observations de Me Dioum, représentant Mme B, de Me Gouard-Robert représentant la commune de Bouc-Bel-Air et de Me Perrier représentant la société AST Groupe.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme B sollicite l'annulation des arrêtés du 27 décembre 2021 et du 25 janvier 2022 par lesquels le maire de la commune de Bouc-Bel-Air a délivré à la société " AST Groupe " un permis de construire un ensemble immobilier de 16 logements pour une surface de plancher de 1 227m² sur une parcelle cadastrée CE 1p sise avenue de la Babiole ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 19 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les arrêtés du 27 décembre 2021 et du 25 janvier 2022 ont été signés par M. A D, adjoint au maire en charge de l'urbanisme, qui disposait d'une délégation de signature consentie par le maire de Bouc-Bel-Air par arrêté du 26 mai 2020, régulièrement publié et affiché, à l'effet de signer, notamment les actes relatifs à l'urbanisme. Cette mention étant suffisamment claire et précise, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article UC 3 du règlement du PLU : " 1 Accès : Pour être constructible, une unité foncière doit comporter un accès à une voie publique ou privée ouverte à la circulation publique, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un passage aménagé sur fonds voisins éventuellement obtenu par application de l'article 682 du code civil. Les caractéristiques des accès doivent permettre de satisfaire aux besoins des constructions projetées et aux nécessités d'intervention des services publics, notamment la protection civile et le ramassage des déchets. Les accès sur les voies sont aménagés de façon à ne pas créer de danger ou de difficulté pour la circulation en particulier en raison de leur position et leur nombre ". Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

4. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.

5. Il ressort du plan de masse que la voie de desserte du projet, l'avenue de la Babiole, grevée d'un emplacement réservé au droit du futur immeuble, sera élargie à 8 mètres avant un rond-point. Compte tenu de cette configuration, le portail d'accès au futur bâtiment est prévu le long de la voie de desserte en retrait de 49, 50 m du rond-point et sans obstacle à la visibilité pour s'engager sur l'avenue de la Babiole. Les véhicules sortant de l'immeuble devront se positionner sur la seule voie de gauche pour circuler, et ce à une vitesse limitée à 50km/H. En outre, Mme B ne précise pas en quoi ni en quelle mesure le caractère inondable de la voie, qui ne ressort que du document graphique du PLU, serait susceptible d'aggraver les risques. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles UC 3 du règlement de zone et R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-15 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter, dans les zones urbaines ou à urbaniser, des secteurs dans lesquels, en cas de réalisation d'un programme de logements, un pourcentage de ce programme est affecté à des catégories de logements qu'il définit dans le respect des objectifs de mixité sociale ". Aux termes de l'article R. 431-16-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque la demande de permis de construire porte sur des constructions situées dans un emplacement réservé à la réalisation d'un programme de logements en application du 4° de l'article L. 151-41 ou dans un secteur délimité en application de l'article L. 123-2 dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2009-323 du 25 mars 2009 ou en application de l'article L. 151-15, le dossier de la demande est complété par un tableau indiquant la surface de plancher des logements créés correspondant aux catégories de logements dont la construction sur le terrain est imposée par le plan local d'urbanisme ou le document d'urbanisme en tenant lieu. ". Aux termes de l'article UC 2 du règlement du PLU : " () Pour tout projet à destination d'habitation portant sur une surface de plancher supérieure ou égale à 400 mètres carré, 30% a minima, de cette surface de plancher et 50% a minima du nombre total de logements, doivent être affectés au logement locatif social ".

7. En l'espèce, il est précisé au point 5.3 du formulaire Cerfa qu'il est prévu la construction de 16 logements, dont 8 en locatif social, soit 50% des logements créées, dont 3 bénéficient d'un financement en Prêt Locatif Aidé d'Intégration (PLAI) en logement locatif très social (LLTS) pour 231 m² de surface de plancher et 5 bénéficient des autres prêts aidés pour 377 m² de surface de plancher. La planche PC17 indique qu'il s'agit de 1 T2, 3 T3 et 4 T4 correspondant à plus de 30% de la surface de plancher totale. Par suite, le service instructeur avait assez d'éléments pour s'assurer du respect par le projet de l'article UC 2 précité. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le dossier ne comporterait pas de tableau indiquant la surface de plancher des logements sociaux imposés n'est pas fondé.

8. En dernier lieu, Mme B soutient qu'en lui refusant un permis d'aménager sur la parcelle CE 174, située à proximité du terrain d'assiette en litige au motif, qu'elle estime erroné, de l'absence de logements sociaux et en autorisant le permis sollicité à l'AST Groupe alors que cette dernière n'avait produit que des éléments parcellaires dans son dossier sur ce point, le maire aurait porté atteinte au principe d'égalité. Il résulte toutefois de ce qui précède que la société pétitionnaire avait fourni les éléments nécessaires à l'examen par le service instructeur du respect de la légalité du projet au regard des principes et textes réglementaires relatifs aux logements sociaux. Par suite, le moyen tiré de la rupture d'égalité doit être écarté comme non fondé.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives au recours abusif :

10. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui excèdent la défense des intérêts légitimes du requérant et qui causent un préjudice excessif au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel. () ".

11. Si la pétitionnaire fait valoir que le recours n'aurait pour seul objectif que de se venger de la mairie qui a refusé à Mme B un permis d'aménager sur un terrain voisin, cette allégation n'est pas établie par les pièces du dossier. En toutes hypothèses, il ne résulte pas de l'instruction que le présent recours excèderait la défense des intérêts légitimes de la requérante. Par suite, et quels que soient les préjudices invoqués, les conclusions présentées par la société pétitionnaire sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais irrépétibles :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bouc Bel Air et de la société " AST Groupe " qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B une somme globale de 1 500 euros à verser à la commune de Bouc-Bel-Air et à société " AST Groupe " au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera à la commune de Bouc-Bel-Air et à la société " AST Groupe " une somme globale de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à la commune de Bouc-Bel-Air et à la société " AST Groupe ".

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Le Mestric, première conseillère

Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

F. LE MESTRIC

Le président,

signé

F. SALVAGE La greffière

signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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