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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2204086

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2204086

lundi 4 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2204086
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPELGRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 mai 2022, le 10 février 2023 et le 4 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Pelgrin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 mars 2022 par laquelle le directeur général d'Habitat Marseille Provence Aix-Marseille Provence Métropole a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de sa maladie ;

2°) d'enjoindre au directeur général de réexaminer sa demande à compter de la date de notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge d'Habitat Marseille Provence Aix-Marseille Provence Métropole la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a été informée tardivement de la date de la commission de réforme ;

- la motivation de la décision attaquée est erronée ;

- le lien de causalité entre son activité professionnelle et sa maladie est parfaitement établi ;

- la décision attaquée méconnait l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires, enregistrés le 15 juillet 2022 et le 13 mars 2023, l'office public de l'habitat Habitat Marseille Provence Aix-Marseille Provence Métropole, représenté par Me Pezet, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en application des articles R. 613-1 et R. 613-3 du code de justice administrative, au 5 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,

- les conclusions de Mme Pilidjian, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pelgrin représentant Mme B et celles de Me Pourière représentant Habitat Marseille Provence Aix-Marseille Provence Métropole.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, adjointe administrative principale de première classe employée par l'établissement public Habitat Marseille Provence Aix-Marseille Provence Métropole depuis 1982, a déposé le 29 mai 2021 une demande de reconnaissance de maladie professionnelle. Le 18 mars 2022, sa demande a été rejetée. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Si cette décision est motivée par référence aux avis défavorables des deux commissions de réforme qui se sont réunies pour émettre un avis sur la situation de la requérante sans les détailler, il ressort des pièces du dossier que le contenu de ces avis a été notifié à Mme B le 3 décembre 2021 et le 24 mars 2022 et qu'elle en avait ainsi eu connaissance. Il lui a été par ailleurs possible de prendre connaissance du contenu de l'avis du médecin expert jusqu'à 48 heures avant la réunion de la commission de réforme dès lors qu'elle y a été invitée par courrier du 15 novembre 2021. La motivation de la décision contestée, qui n'avait pas à reprendre de manière détaillée et exhaustive l'ensemble des éléments produits par la requérante, mentionne l'absence de lien direct entre sa pathologie et le service. Dans ces conditions, Mme B a été mise à même de comprendre les motifs qui fondent la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 14 de l'arrêté du 4 août 2004 : " Le secrétariat de la commission de réforme convoque les membres titulaires et l'agent concerné au moins quinze jours avant la date de la réunion. La convocation mentionne la liste des dossiers à examiner, les références () de l'établissement employeur, l'objet de la demande d'avis () ". Aux termes de l'article 16 du même arrêté : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis () / Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. / La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller ".

5. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B a été convoquée à la séance de la commission de réforme du 30 novembre 2021 par un courrier du 15 novembre 2021, qu'elle soutient avoir réceptionné le 18 novembre 2021, soit douze jours avant la séance. Elle a par ailleurs été convoquée à la séance du 15 mars 2022 par un courrier du 28 février 2022 qu'elle soutient avoir réceptionné le 2 mars 2022, soit treize jours avant la séance. L'établissement public n'établit en défense, alors que la charge de la preuve lui incombe, ni la date certaine de réception de ces envois, ni que les courriers correspondants seraient parvenus à leur destinataire quinze jours avant la réunion de la commission, et, par suite, qu'il aurait respecté les délais de convocation à la commission de réforme tels que fixés par l'article 14 de l'arrêté du 4 août 2004. Toutefois, Mme B, qui n'invoque au demeurant pas précisément la méconnaissance des dispositions de cet article, a par ailleurs bien été informée de ses droits conformément à l'article 16 de l'arrêté précité dans un délai de dix jours la mettant à même de préparer utilement sa défense avant la séance de la commission, et n'établit pas en quoi le non-respect du seul délai de convocation de quinze jours devant la commission de réforme l'aurait privée d'une garantie. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure entachant la décision contestée doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique : " Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ".

8. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

9. Pour refuser la demande d'imputabilité au service du syndrome anxio-dépressif dont souffre Mme B, le directeur général d'Habitat Marseille Provence Aix-Marseille Provence Métropole a indiqué que les troubles présentés ne répondent pas aux critères de reconnaissance de la maladie professionnelle, ni de la maladie d'origine professionnelle, ni contractée en service.

10. La requérante fait état d'une surcharge de travail et d'un sentiment de manipulation et de rejet induit par son départ contre son gré de la direction de la maîtrise d'ouvrage pour la direction financière, d'abord de manière temporaire puis de manière définitive, ces conditions de travail ayant généré un syndrome de " burn-out ". Toutefois, s'il est constant que Mme B a été affectée à la direction financière en raison d'une augmentation de l'activité de ce service, il ressort des écritures de l'établissement public en défense, qui ne sont pas sérieusement contestées, que ce service a connu une baisse de la charge de travail conséquente de 2018 à 2021 à la suite de la mise en place du logiciel d'automatisation de la facturation " Chorus " et aux mesures de répartition homogène des tâches entre les agents mises en place par la hiérarchie de Mme B qui lui a, par ailleurs permis de poser des jours de congé en début et fin de semaine afin de tenir compte de la durée de ses trajets domicile-travail dont elle s'était plainte à plusieurs reprises. Dans ces conditions, alors même que Mme B n'a pas choisi de quitter son ancien service et en dépit de sa charge importante de travail dans les premiers temps de son arrivée dans son nouveau poste, il ne ressort pas des pièces du dossier que les conditions de travail de l'intéressée présenteraient un lien direct avec l'origine de sa pathologie. Il ressort en outre des pièces du dossier que Mme B a demandé le 15 mars 2021 une augmentation de son temps de travail, alors même que les certificats médicaux datent le début de sa dépression de février 2021 et notent l'existence d'un état antérieur soit " un vécu persécutif qui remonte à une dizaine d'années ", et " l'évolution d'un terrain psychopathologique sensitif ". Dès lors, le directeur d'Habitat Marseille Provence Aix-Marseille Provence Métropole a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation refuser, par la décision attaquée, de reconnaître l'imputabilité au service du syndrome anxio-dépressif de Mme B.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions présentées à fin d'injonction.

Sur les frais d'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge d'Habitat Marseille Provence Aix-Marseille Provence Métropole, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par Habitat Marseille Provence Aix-Marseille Provence Métropole en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par Habitat Marseille Provence Aix-Marseille Provence Métropole en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'office public de l'habitat Habitat Marseille Provence Aix-Marseille Provence Métropole.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Fabre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.

La rapporteure,

signé

F. Le Mestric

La présidente,

signé

M-L. Hameline La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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