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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2204659

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2204659

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2204659
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés au greffe du tribunal administratif de Marseille les 7 juin et 4 juillet 2022, M. B C, représenté par Me Colas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 5 juin 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an avec signalement dans le système d'information Schengen (SIS) ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir avec délivrance d'une autorisation provisoire de séjour et de travail, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil qui renonce dans ce cas à percevoir la part contributive de l'État due au titre de l'aide juridictionnelle.

M. C soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions de l'arrêté :

- l'administration ne justifie pas de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- les décisions ont été prises en violation du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur de fait ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en présence de plus d'une centaine de preuves de sa présence continue en France de novembre 2013 à mai 2022, d'un concubinage avec une ressortissante de nationalité française avec qui il vit depuis avril 2021 et d'une intensité de liens qui est attestée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- l'interdiction de retour est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour pour une durée d'un an méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est disproportionnée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. A pour exercer les pouvoirs attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Colas pour M. C, ainsi que celles de ce dernier, en présence de sa compagne et d'un ami,

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit ;

1. M. C, de nationalité malienne, demande au tribunal l'annulation des décisions de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 5 juin 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixation de l'Etat de destination de la mesure d'éloignement et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an avec signalement dans le système d'information Schengen (SIS).

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions en annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

4. En l'espèce, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet des Bouches-du-Rhône oppose notamment à M. C qu'il ne peut faire l'objet d'une régularisation administrative et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit à sa vie privée et familiale dès lors que, déclarant être entré en France en 2013 sans démontrer y avoir habituellement résidé depuis cette date, il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et qu'il est célibataire et sans enfant sans justifier être dépourvu d'attache dans son Etat d'origine. Toutefois, M. C, né le 31 décembre 1979, établit par les nombreuses pièces versées au débat et non contredites s'être maintenu sur le territoire de manière continue, à Montreuil puis Marseille, depuis à tout le moins l'année 2016. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. C, âgé de 41 ans à la date de la décision attaquée, a noué une relation amoureuse avec une ressortissante de nationalité française à compter de septembre 2020 avec qui il vit depuis mars 2021 et son installation à Marseille au domicile de celle-ci, qui en atteste. Le couple bénéfice de témoignages variés en sa faveur. Par ailleurs, le requérant fait notamment valoir à l'audience qu'il travaille sous des noms d'emprunt en intérim depuis de nombreuses années, y compris sur des chantiers publics à Marseille, sans plus être contredit, et il produit des bulletins de paie à cet effet. Il se prévaut aussi de sa contribution et du soutien qu'il apporte aux missions de famille d'accueil de sa compagne qui s'occupe de deux adolescents, ainsi que de ses efforts d'intégration. Dans les circonstances de l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la mesure d'éloignement attaquée de l'arrêté querellé du préfet des Bouches-du-Rhône est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressé.

5. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander pour ce motif l'annulation de la mesure d'éloignement contestée ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions portant refus d'un délai de départ volontaire, fixation de l'Etat de destination des mesures d'éloignement et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an avec signalement dans le système d'information Schengen (SIS) qui en découlent, qui sont privées de base légale.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. L'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

7. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français en litige implique nécessairement que l'administration délivre à M. C une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a en revanche pas lieu de prononcer une astreinte à cet effet.

Sur frais liés au litige :

8. M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil Me Colas de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Colas à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 5 juin 2022 concernant M. C est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. C une autorisation provisoire de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 4 : L'État versera à Me Sandrine Colas la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. B C, à Me Sandrine Colas et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Marseille.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

J. ALa greffière,

Signé

J. Saint-Etienne

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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