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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2205406

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2205406

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2205406
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2022, Mme A D et M. B C, représentés par Me Colas, demandent au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'enregistrer leurs demandes d'asile et de leur délivrer une attestation de cet enregistrement dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision de justice à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à leur avocate sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- le refus du préfet d'enregistrer porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit de solliciter l'asile ;

- la responsabilité de l'instruction de sa demande d'asile incombe à la France conformément à l'article 29 - 2 du règlement n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- ils ne sont pas en fuite.

Par un mémoire enregistré 5 juillet 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition relative à l'urgence n'est pas remplie ;

- il n'y a pas d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Fedi, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fedi, juge des référés, assistée de Mme Saint-Etienne, greffière d'audience ;

- les observations de Me Colas, pour les requérants, qui a persisté dans ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2. Il résulte de l'instruction que Mme D et M. C, ressortissants ivoiriens, déclarent être entrés en France irrégulièrement en décembre 2021 et ont déposés deux demandes d'asile. Les autorités françaises, après consultation du fichier Eurodac faisant apparaître que Mme D et M. C avaient transité par l'Italie et y avaient déposé leurs empreintes avant d'entrer en France, ont saisi les autorités italiennes d'une demande de reprise en charge de l'intéressée, en application du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013. En l'absence de réponse dans le délai imparti, une décision implicite d'acceptation est intervenue. Le 20 janvier 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris des arrêtés portant remise de Mme D et M. C aux autorités italiennes en leur qualité de demandeur d'asile. Le 29 avril 2022 un " routing " à destination de l'Italie a été transmis à Mme D et M. C en vue d'un départ à l'aéroport de Marignane le 12 mai 2022 à 6H25. Mme D et M. C ne se sont pas rendus à ce rendez-vous. Mme D et M. C demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'enregistrer leur demande et de leur délivrer une attestation de demande d'asile.

3. Il est constant que Mme D et M. C ont été déclarés par le préfet comme étant en fuite. Ils peuvent donc être éloignés à tout moment vers l'Italie. Dans ces conditions, la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

4. Il résulte de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013 que le transfert peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge, cette période étant susceptible d'être portée à dix-huit mois si l'intéressé " prend la fuite ". Il résulte des dispositions de l'article 29 du règlement du 26 juin 2013 et de l'article 7 du règlement du 2 septembre 2003 que la notion de fuite doit s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant.

5. Les requérants font valoir, sans être contestée sur ce point, que Mme D a été hospitalisée aux services des urgences de l'hôpital Nord dans la nuit du 11 au 12 mai 2022 et que son compagnon a été contraint de l'y accompagner. Même si la requérante ne produit pas un certificat médical affirmant que son état de santé ne lui permet pas de voyager en avion, elle justifie avoir été admise aux urgences. Dans ces circonstances, alors que la préfecture n'a délivré ultérieurement à cette hospitalisation aucun routing, ni la requérante, ni son compagnon ne pouvaient être regardés comme en fuite. Dès lors, à l'expiration du délai de 6 mois dont il disposait pour assurer le transfert des intéressés vers l'Italie, le préfet ne pouvait plus omettre d'enregistrer leur demande d'asile. Il en résulte, qu'il a été porté une atteinte manifestement illégale au droit d'asile des intéressés et, ce faisant, à une liberté fondamentale.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'enregistrer la demande d'asile de Mme D et de M. C et de leur délivrer une attestation dans un délai de 8 jours à compter de la notification de la présente décision sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce d'admettre Mme D et M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. L'avocate de Mme D et M. C pouvant se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve du renoncement de Me Colas à percevoir les sommes correspondant à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Colas de la somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme D et M. C sont admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône d'enregistrer les demandes d'asile de Mme D et M. C et de leur délivrer une attestation de cette demande dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : L'Etat versera au conseil de Mme D et de M. C en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 une somme de 800 € sous réserve que Me Colas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D, à M. C, à Me Colas et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Marseille, le 5 juillet 2022.

La juge des référés,

Signé

C. Fedi

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef

La greffière,

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