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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2205702

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2205702

mercredi 10 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2205702
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFEBBRARO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 4 août 2022, M. D A, représenté par Me Febbraro, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement ;

2°) de mettre une somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions ne sont pas motivées et sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 août 2022 :

- le rapport de Mme Noire, magistrate désignée, qui a en outre informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté en litige en tant qu'il porterait refus de délivrance d'un titre de séjour au titre de l'asile ;

- les observations de Me Febbraro pour M. A, le requérant étant présent et assisté de Mme C, interprète en langue turque,

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été produite le 5 août 2022 pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 27 mai 1996, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre une prétendue décision de refus d'asile contenue dans l'arrêté attaqué :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait, outre sa demande d'asile, sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement. Dans ces conditions, alors même que son article 1er indique que la " demande d'asile présentée par M. D A est rejetée ", l'arrêté attaqué ne peut être regardé ni comme statuant sur la demande d'asile de l'intéressé, celle-ci ayant déjà été rejetée préalablement à son édiction, ni même comme lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, la mention figurant à l'article 1er de l'arrêté attaqué étant superfétatoire, les conclusions de M. A dirigées contre une décision de refus de titre de séjour contenue dans cet arrêté, à supposer que de telles conclusions n'aient pas été abandonnées dans les dernières écritures du requérant, doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation et du défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. A doivent être écartés comme manquant en fait.

5. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant turc, a effectué une demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) le 31 juillet 2017 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 13 février 2018. Si le requérant produit des photographies d'un concert et d'une arrestation sur lesquelles il figure, ainsi que les traductions par un traducteur agréé de la cour d'appel d'Aix-en-Provence en date du 8 mars 2022 d'un mandat d'arrêt émis à son encontre à raison de chant et de propagande de l'organisation terroriste PKK, d'un mandat de perquisition en date du 20 août 2021 et d'un procès-verbal d'arrestation de non soumission aux obligations militaires en date du 28 janvier 2019, ces éléments ne suffisent pas à établir la réalité et l'actualité des risques de traitements inhumains et dégradants que M. A encourrait en cas de retour dans son pays d'origine à raison de ses activités politiques ou de son origine kurde, alors que la demande de réexamen selon la procédure accélérée effectuée le 8 février 2022 a par ailleurs été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) comme irrecevable le 14 février 2022, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 15 avril 2022 en l'absence d'éléments sérieux selon le relevé TelemOfpra produit en défense. Enfin, l'Ofpra a rejeté la seconde demande de réexamen de l'intéressé le 27 juin 2022, comme irrecevable, en prenant en compte les éléments déjà produits au cours du premier réexamen et dans la présente instance, notamment les photographies ne comportant pas d'éléments permettant de les placer dans les contextes allégués et les procédures de perquisition et procédures judiciaires engagées à son encontre après son retour en Turquie en 2018. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite et en tout état de cause s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de laquelle le moyen est inopérant, être écarté. Au regard de ces éléments, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ces décisions sur la situation personnelle de M. A doit également être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 août 2022.

La magistrate désignée,

Signé

F. BLa greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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