vendredi 15 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2205759 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | COLAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2022, M. B C, représenté par Me Colas, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- de nationalité turque, âgé de 23 ans, il est entré en France en octobre 2021 et a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile ; sa demande d'asile a été enregistrée en procédure normale ; il s'est inscrit en lycée professionnel à Marseille ; alors qu'il était en attente d'une place d'hébergement, l'OFII lui a proposé une place à Digne-les-Bains ; le 16 mai 2022, l'OFII a pris une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il a refusé une proposition d'hébergement ; l'OFII a retiré cette décision et l'a informé de son intention de prendre une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil ; l'OFII a pris une nouvelle décision le 21 juin 2022 toujours au motif qu'il a refusé une proposition d'hébergement ; il n'a reçu aucun versement au titre de l'allocation pour demandeur d'asile (ADA) depuis le 5 juillet 2022 et se retrouve aujourd'hui totalement démuni de ressource ;
- la condition d'urgence au sens de l'article L.521-2 du code de justice administrative est caractérisée ; sa demande d'asile, enregistrée en procédure normale, est en cours d'instruction ; il est isolé en France et se trouve privé de toute ressource alors qu'il n'est pas autorisé à travailler ;
- l'OFII a commis une atteinte grave et manifestement illégale au droit constitutionnel d'asile ; en premier lieu, l'Office ne justifie pas lui avoir donné l'information selon laquelle s'il refusait cette offre, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui serait refusé de manière totale et immédiatement ; en outre, l'OFII ne justifie pas qu'un interprète était présent lors de cette proposition d'hébergement ; en second lieu, l'OFII n'a pas tenu compte de sa scolarisation dans un lycée à Marseille en méconnaissance de l'article L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en troisième lieu, l'OFII l'a sanctionné pour avoir refusé la proposition d'hébergement sans respecter le délai de 15 jours pour présenter des observations : ce faisant, l'Office a méconnu le principe de proportionnalité et commis une erreur manifeste d'appréciation ; en dernier lieu, la décision est entachée d'un défaut de base légale dès lors que le refus d'une proposition d'hébergement n'est pas un motif de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'urgence n'est pas constituée ;
- il n'a commis aucune atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Laso, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 juillet 2022 à 14 heures en présence de Mme Martinez, greffière d'audience :
- le rapport de M. A ;
- les observations de Me Colas, représentant M. C, présent.
Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé du requérant, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
3. M. C, ressortissant turc né le 17 janvier 1999 s'est vu délivrer le 2 novembre 2021 une attestation de demande d'asile en procédure normale et a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII. Le 16 mai 2022, l'OFII lui a notifié une décision de cessation des conditions matérielles dont il bénéficiait jusque-là au motif qu'il a refusé une proposition d'hébergement situé à Digne-les-Bains. L'Office a retiré cette décision le 3 juin 2022 et, le 7 juin suivant, l'OFII a fait part à l'intéressé de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil toujours au motif qu'il a refusé une proposition d'hébergement. Ce retrait est intervenu le 21 juin 2022. M. C demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au directeur de l'OFII de rétablir à son profit le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
4. Selon l'article L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région. ". Aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants () 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Dans le cas où elle envisage de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité compétente de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil.
5. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et de la situation du demandeur. Ainsi, le juge des référés ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation familiale. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque situation, les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation familiale de la personne intéressée.
6. En l'espèce, M. C ne conteste pas avoir refusé la proposition d'hébergement situé à Digne-les-Bains mais soutient qu'il s'est trouvé contraint de la refuser en raison de sa scolarisation à Marseille et qu'il n'a pas été tenu compte de cette situation. A cet égard, il résulte de l'instruction, notamment des échanges de courriels produits, que l'OFII a eu connaissance de la scolarisation de M. C en lycée professionnel à Marseille en mai 2022. Par ailleurs, le requérant a obtenu les encouragements du conseil de classe au 1er trimestre 2021/2022 et les félicitations au 2ème trimestre 2021/2022. Il a intégré le dispositif d'accès à la qualification et obtenu les félicitations du conseil de classe au 3ème trimestre 2021/2022. Au surplus, l'intéressé a formulé des vœux pour poursuivre sa scolarité en lycée professionnel à Marseille dans la filière transition numérique et énergétique ou en Centre de Formation des Apprentis (CFA) à Marseille en cuisine et pâtisserie. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que l'hébergement qui lui a été proposé à Digne-les-Bains n'a pas été déterminé en tenant compte de ses besoins. De plus, dès lors que M. C, jeune majeur, demandeur d'asile sans famille en France, est dépourvu de ressources et d'hébergement, la condition d'urgence est remplie. Par suite, en prenant la décision du 21 juin 2022, l'OFII a porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, ayant pour corollaire le droit au bénéfice des mesures prévues par la loi pour garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, et notamment un hébergement et une allocation. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à l'OFII de rétablir au bénéfice de M. C les conditions matérielles d'accueil dans un délai de 5 jours à compter de la notification de la présente décision. Il n'y a toutefois pas lieu, en l'espèce, d'assortir d'une astreinte cette mesure d'injonction.
Sur les frais d'instance :
7. Il résulte du point 1 de la présente décision que le requérant est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Colas, conseil du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Colas d'une somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à l'OFII de rétablir au bénéfice de M. C des conditions matérielles d'accueil dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Colas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'OFII versera à Me Colas, conseil du requérant, une somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à Me Sandrine Colas et à l'Office français de l'immigration de l'intégration.
Fait à Marseille, le 15 juillet 2022.
Le vice-président désigné,
Juge des référés
Signé
J-M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026