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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2206204

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2206204

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2206204
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantURIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2022, Mme B D, représentée par la SELARL EBC Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 mai 2022 par laquelle le directeur de l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricoles (EPLEFPA) Campus Nature Provence de non renouvellement de son contrat ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement public Campus Nature la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où la commission administrative paritaire et le comité technique n'ont pas été saisis au préalable

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que l'employeur n'a pas respecté les dispositions de l'article L 541-1 du code général de la fonction publique

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle n'a pas été prise dans l'intérêt du service

- elle s'analyse en un détournement de pouvoir

- elle révèle un manquement de l'employeur à son devoir de protection tel qu'il résulte des dispositions des articles L 134-1 du code général de la fonction publique.

Par un mémoire, enregistré le 22 août 2022, ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire conclut à son incompétence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2023, l'établissement public Campus Nature Provence, représenté par Me Urien, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 800 euros soit mise à la charge de Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code du travail ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le décret n° 2019-1135 du 5 novembre 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 novembre 2024 :

- le rapport de Mme Diwo ;

- et les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Urien pour l'établissement public Campus Nature Provence.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D a été recrutée le 27 septembre 2019 par l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricoles (EPLEFPA) " Campus Nature Provence " afin d'assurer des fonctions de coordinatrice des ressources humaines par contrat de droit public à durée déterminée, qui a été renouvelé à deux reprises jusqu'au 31 août 2022. Le 23 mai 2022, le directeur de l'établissement a décidé de ne pas renouveler à nouveau son contrat.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R 811-26 du code rural et de la pêche maritime : " le directeur de l'établissement public local représente l'État au sein de l'établissement public. (). Le directeur est l'organe exécutif de l'établissement public. En cette qualité, () 2° il recrute et gère le personnel rémunéré sur le budget de l'établissement ".

3. A défaut de dispositions expresses déterminant l'autorité compétente pour mettre fin aux fonctions d'un agent public, ce pouvoir appartient de plein droit à l'autorité investie du pouvoir de nomination.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C A, auteur de l'acte litigieux, a été nommé directeur par intérim de EPLEFPA " Campus Nature Provence " par un arrêté du ministre de l'agriculture du 1er février 2022, dont la publication n'était pas nécessaire conformément aux dispositions du décret du 5 novembre 2019 relatif aux emplois d'encadrement de l'enseignement et de la formation professionnelle agricoles. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 45-5 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'État, dans sa version applicable à la date de la décision litigieuse : " " II.- Lorsque l'administration envisage de licencier un agent pour l'un des motifs mentionnés au I du présent article, elle convoque l'intéressé à un entretien préalable selon les modalités définies à l'article 47. A l'issue de la consultation de la commission consultative paritaire prévue à l'article 1er-2, elle lui notifie sa décision par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre signature. Cette lettre précise le ou les motifs du licenciement et la date à laquelle celui-ci doit intervenir, compte tenu des droits à congés annuels restant à courir et de la durée du préavis prévu à l'article 46 ".

6. La requérante dont le contrat n'a pas été renouvelé, ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de cette disposition en arguant d'une absence de saisine de la commission paritaire et du comité technique dès lors qu'elle n'est applicable qu'aux agents licenciés. Le moyen tiré du vice de procédure doit par suite être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L 541-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire dont l'emploi est supprimé est affecté dans un nouvel emploi dans les conditions prévues par les dispositions statutaires régissant la fonction publique à laquelle il appartient. En cas de suppression de son emploi, le fonctionnaire de l'État est affecté dans un emploi de son corps d'origine, au besoin en surnombre provisoire ".

8. Il résulte des éléments du dossier et ainsi que cela a été exposé au point 6 que Mme D est un agent contractuel de l'État et ne saurait dès lors utilement se prévaloir des dispositions de l'article L 541-1 du code général de la fonction publique applicable aux seuls fonctionnaires de l'État.

9. En quatrième lieu, un agent dont le contrat est arrivé à échéance n'a aucun droit au renouvellement de celui-ci. Le renouvellement peut être refusé si l'intérêt du service le justifie. Il appartient à l'autorité administrative, lorsque l'agent soutient que la décision de non renouvellement n'a pas été prise dans l'intérêt du service, d'indiquer, s'ils ne figurent pas dans la décision, les motifs pour lesquels son contrat à durée déterminée n'a pas été renouvelé.

10. Il ressort des pièces du dossier que le poste occupé par Mme D a été supprimé le 13 juin 2022 par une décision de l'assemblée générale de l'établissement. L'administration produit par ailleurs des échanges de courriels et un compte-rendu d'entretiens professionnels dont il résulte des difficultés de communication avec l'ensemble du personnel, comprenant la hiérarchie, ainsi que des insuffisances professionnelles. L'entretien d'évaluation pour l'année 2021 ainsi que le courriel du directeur du 30 mars 2021, en réponse à celui de la requérante, démontrent notamment que les objectifs professionnels n'ont été que partiellement atteints, tandis que le compte-rendu d'entretien du 2 mars 2022 démontre la persistance de difficultés relationnelles ainsi que des dysfonctionnements en lien avec des difficultés de communication qui lui sont imputées. Par suite, il résulte des pièces du dossier que l'employeur, qui justifie à la fois de l'intérêt du service et de considérations tenant à la manière de servir de Mme D, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation ni de détournement de pouvoir.

11. Enfin, selon l'article L. 4121-1 du code du travail : " L'employeur met en œuvre les mesures prévues à l'article L. 4121-1 sur le fondement des principes généraux de prévention suivants : 1° Eviter les risques ; 2° Evaluer les risques qui ne peuvent pas être évités ; 3° Combattre les risques à la source () ". Il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet.

12. En l'espèce, Mme D ne rapporte aucun élément de nature à établir que son employeur aurait manqué à ses obligations en ne prenant aucune mesure pour la protéger d'un harcèlement dont aucune pièce du dossier ne permet d'établir l'existence. Il résulte au contraire des pièces de la procédure qu'elle a refusé les solutions proposées par la direction aux problèmes relationnels dont elle se plaignait et que les pièces produites ne permettent pas de qualifier de harcèlement.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Campus Nature Provence, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par Mme D. Il y a lieu par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions présentées par l'établissement public Campus Nature Provence sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par " Campus Nature Provence " au titre de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Campus Nature Provence et au ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2019, à laquelle siégeaient :

Mme Simon, présidente

Mme Hétier-Noël, première conseillère

Mme Diwo, première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

C. Diwo

La présidente,

signé

F. Simon

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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