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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2206866

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2206866

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2206866
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL CARLINI & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 août 2022, Mme A B épouse C, représentée par Me Berthier-Laignel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général de de l'assistance publique - hôpitaux de Marseille (AP-HM) a rejeté sa demande indemnitaire du 21 février 2022 ;

2°) de condamner l'AP-HM à lui verser la somme totale de 62 364,01 euros en réparation de ses préjudices ;

3°) de mettre à la charge de l'AP-HM le versement d'une somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'AP-HM est engagée dès lors que sa prise en charge post-opératoire a été défaillante, une péridurale ayant été réalisée sans son consentement et la prise en charge des complications ayant été incomplète ;

- elle est fondée à être indemnisée de ses préjudices à hauteur de :

- 231 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire total,

- 402,60 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire partiel de 10%,

- 3 000 euros au titre des souffrances endurées,

- 3 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire,

- 10 337,66 euros au titre des dépenses de santé futures,

- 13 092 ,39 euros au titre des frais divers,

- 24 300 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent évalué à 12%

- et 8 000 euros au titre de son préjudice d'agrément.

Par un mémoire, enregistré le 12 septembre 2022, la caisse d'assurance maladie de Dijon demande au Tribunal de mettre à la charge de l'AP-HM la somme de 27 123,90 euros au titre de ses débours, assortie des intérêts à compter du jugement, et la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, l'AP-HM, représentée par Me Carlini, conclut à ce que les prétentions indemnitaires de la requérante soient ramenées à de plus justes proportions.

Les parties ont été informées le 18 septembre 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions tendant à ce que les sommes allouées à la caisse primaire d'assurance maladie de Dijon soient assorties des intérêts à compter du jugement sont sans objet dès lors que, en vertu des dispositions de l'article 1231-7 du code civil, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal jusqu'à son exécution.

Des observations en réponse ont été enregistrées le 19 septembre 2024 pour Mme C.

Vu :

- l'ordonnance du président du tribunal administratif de Marseille du 12 octobre 2020 taxant les frais et honoraires de l'expert à la somme de 1 360,90 euros ;

- l'ordonnance du président du tribunal administratif de Marseille du 19 novembre 2020 taxant les frais et honoraires de l'expert sapiteur à la somme de 960 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure public,

- les observations de Me Berthier-Laignel, représentant Mme C,

- et les observations de Me Baverel représentant l'AP-HM.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a subi une intervention chirurgicale à l'hôpital Nord le 13 juin 2018 en vue d'une hystérectomie. Considérant que sa prise en charge post-opératoire tant anesthésique qu'ORL avait été défaillante, Mme C demande au tribunal de condamner l'AP-HM à lui verser des dommages et intérêts en réparation des préjudices subis résultant de sa prise en charge post-opératoire défaillante.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigée contre la décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable :

2. La décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable de Mme C ayant eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de sa demande indemnitaire, l'intéressée doit être regardée comme ayant formulé des conclusions tendant à une indemnisation de ses préjudices, donnant ainsi à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Il appartient au juge de plein contentieux non pas d'apprécier la légalité de la décision liant le contentieux mais de se prononcer sur le droit de la requérante à obtenir l'indemnité qu'elle réclame. Par suite, les conclusions présentées par Mme C à fin d'annulation de la décision implicite de rejet par l'AP-HM de sa demande indemnitaire ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la responsabilité de l'AP-HM :

3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport du 28 septembre 2020 de l'expertise diligentée par le tribunal, que si la réalisation de la péridurale en post-opératoire ne relevait pas dans le cas de Mme C d'un geste non conforme, elle a été réalisée en contradiction avec les souhaits clairement exprimés par celle-ci avant l'intervention chirurgicale. Par ailleurs, la prise en charge immédiate de la surdité post opératoire signalée par l'intéressée a été sous-optimale et l'absence de mise en œuvre des moyens adaptés à la constatation de cette surdité n'a pas permis d'éviter ou de limiter la persistance de séquelles. Dans ces conditions, Mme C est fondée à rechercher la responsabilité de l'AP-HM, que cette dernière ne conteste au demeurant pas, pour une faute dans l'organisation et le fonctionnement du service tenant à une prise en charge inadaptée et en raison du défaut de consentement et d'information quant à la péridurale pour lequel le taux de perte de chance de 40% retenu par l'expert ne sera pas retenu dès lors que c'est la péridurale, refusée à plusieurs reprises par la requérante, qui est à l'origine du fait générateur et des séquelles qu'elle a subies. Mme C est dès lors fondée à obtenir la réparation intégrale des préjudices en lien direct avec ces fautes.

Sur les préjudices subis par Mme C :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des frais divers ;

5. Si Mme C sollicite le remboursement des honoraires d'avocat et débours liés au déplacement pour l'expertise, de ses frais de déplacement Dijon/Marseille pour ses rendez-vous avec son avocat et Dijon/Nice, de frais de garde d'enfant durant son hospitalisation, des frais d'option télévision pendant son hospitalisation et des équipements matériels auditifs, elle ne produit aucun justificatif de nature à établir l'exposition de ces frais. Par suite, ses demandes au titre des frais divers doivent être rejetées, étant précisé que les frais d'expertise sont pris en charge au titre des dépens et les honoraires d'avocat au titre des frais d'instance.

S'agissant des dépenses de santé actuelles ;

6. Les dépenses de santé actuelles sont remboursées dès lors qu'un reste à charge après prise en compte par les organismes sociaux et de santé est établi au moyen de pièces justificatives. En l'espèce, la requérante n'établit pas que sa caisse de sécurité sociale ou sa mutuelle n'auraient pas pris en compte ces frais dans leur intégralité et ne justifie pas d'un reste à charge effectif. Dans ces conditions, sa demande d'indemnisation à ce titre doit être rejetée.

S'agissant des dépenses de santé futures ;

7. Mme C sollicite au titre des dépenses de santé futures l'indemnisation des coûts de trois renouvellements de sa prothèse auditive, ainsi que pour les quatorze prochaines années des plaquettes de piles, du dispositif médical de nettoyage d'aide auditive, des recharges de nettoyage, de trois casques de télévision, d'une batterie rechargeable pour casque et de bouchons sur mesure anti-eau et de sommeil. Toutefois, elle ne justifie pas davantage d'un reste à charge alors qu'il résulte du relevé des débours produit que 20 662,81 euros ont été pris en charge par la caisse d'assurance maladie de Dijon au titre des dépenses de santé futures. Dès lors, la demande d'indemnisation à ce titre doit être rejetée.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire ;

8. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel temporaire de Mme C, en lien direct et exclusif avec les fautes reprochées à l'AP-HM, a été total pendant 7 jours. Son déficit fonctionnel temporaire a ensuite été partiel de 10 % pendant 122 jours. Ce préjudice sera exactement réparé, sur une base de 17 euros par jour, par la somme de 326 euros.

S'agissant des souffrances endurées ;

9. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme C a enduré des souffrances évaluées à 1,5 sur 7 comprenant la douleur physique mais également les souffrances psychiques et morales liées à la surdité. En l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 1 500 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent ;

10. Il résulte de l'instruction que Mme C, née le 29 août 1980, présente un taux de déficit fonctionnel permanent de 12 % correspondant au déficit audiométrique (8%), aux acouphènes (2%) et à leur retentissement (entrave au sommeil, syndrome réactionnel dépressif) en l'absence de traitement (2%). Eu égard à ce taux et à son âge à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 18 025 euros.

S'agissant du préjudice d'agrément ;

11. Le préjudice d'agrément a pour objet spécifique d'indemniser l'impossibilité pour la victime de continuer à pratiquer régulièrement une activité sportive ou de loisirs, ou la limitation de ces activités. Distinct du déficit fonctionnel permanent, dont l'indemnisation est destinée à compenser le handicap fonctionnel que la victime va rencontrer dans le futur au titre de sa vie quotidienne, il le complète en permettant une indemnisation supplémentaire, qui résulte du seul fait pour la victime d'être privée d'une activité qui revêtait, avant le fait générateur, une importance prépondérante et qui est établie au moyen de justificatifs.

12. En se bornant à reprendre partiellement les conclusions expertales selon lesquelles ce préjudice serait d'importance modéré et en lien avec le port de sa prothèse auditive qui l'aurait empêché de reprendre sa pratique sportive sans produire aucun élément circonstancié au soutien de ses allégations, Mme C n'établit pas la réalité de ce préjudice de sorte que sa demande d'indemnisation à ce titre doit être rejetée.

S'agissant du préjudice esthétique ;

13. Le sapiteur évaluant ce poste de préjudice à 0,5 sur 7 en raison du port d'une prothèse auditive permanente et sans qu'il y ait lieu de distinguer entre préjudice esthétique temporaire et permanent, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 500 euros.

14. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'AP-HM à verser à Mme C la somme totale de 20 351 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis résultant des fautes commises par l'AP-HM.

Sur les conclusions présentées par la caisse d'assurance maladie de Dijon :

En ce qui concerne les débours :

15. A l'appui de sa demande de remboursement, d'un montant total de 27 123,90 euros avec intérêt au taux légal à compter du jugement, la caisse d'assurance maladie de Dijon produit un état des débours établi le 12 septembre 2022. Elle établit qu'elle a engagé des frais hospitaliers du 5 au 8 juillet 2019 pour un montant total de 5 359,20 euros, des frais médicaux du 15 juillet au 21 août 2019 pour un montant de 341,89 euros, des frais d'appareillage le 16 octobre 2019 pour un montant de 800 euros, des soins post-consolidation en 2020 et 2021 pour un montant de 955,18 euros ainsi que 19 667,63 euros de capitalisation.

16. Il résulte de ce qui précède qu'au titre des débours avant la date de mise à disposition du jugement, l'AP-HM doit être condamnée à verser à la caisse d'assurance maladie de Dijon la somme de 27 123,90 euros.

En ce qui concerne les intérêts :

17. Même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution. Ainsi la demande de la caisse tendant à ce que lui soient alloués, à compter de la date du jugement attaqué, des intérêts au taux légal sur la somme que l'AP-HM a été condamné a à lui verser, est dépourvue de tout objet et doit donc être rejetée.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

18. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 susvisé et eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement dans le présent jugement, la caisse d'assurance maladie de Dijon est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 191 euros.

Sur la charge des frais d'expertise :

19. Les frais d'expertise ont été taxés et liquidés à hauteur de 1 360,90 euros pour l'expert et 960 euros pour le sapiteur par deux ordonnances du tribunal administratif de Marseille des 12 octobre et 19 novembre 2020. Dans les circonstances de l'espèce, cette somme doit être mise à la charge définitive de l'AP-HM.

Sur les frais liés au litige :

20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'AP-HM, le versement à Mme C d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'AP-HM est condamnée à payer à Mme C la somme de 20 351 euros en réparation de ses préjudices.

Article 2 : L'AP-HM est condamnée à payer à la caisse d'assurance maladie de Dijon la somme de 27 123,90 euros au titre des débours, assortie des intérêts au taux légal à compter de la présente décision, ainsi que la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 3 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme totale de 2 320,90 euros sont mis à la charge définitive de l'AP-HM.

Article 4 : L'AP-HM versera à Mme C une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C, à l'assistance publique-hôpitaux de Marseille et à la caisse d'assurance maladie de Dijon.

Copie en sera adressée au Dr E D, expert et au Dr G F, sapiteur.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Simon, présidente,

Mme Hétier-Noël, première conseillère,

Mme Diwo, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

C. Hétier-NoëlLa présidente,

signé

F. Simon

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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