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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2207992

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2207992

lundi 18 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2207992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantM'HAMDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2022, M. B C, représenté par Me M'Hamdi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 mai 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil sans délai à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement d'une somme de 1 500 euros à Me M'Hamdi sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article 20 de la directive 2013/33/UE ;

- la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil le prive des soins médicaux et d'un niveau de vie digne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de sa vulnérabilité ;

- elle constitue une atteinte au droit d'asile.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 juin 2022 :

- le rapport de Mme Simeray ;

- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant iranien, a sollicité l'asile le 5 août 2020. Sa demande a été enregistrée en procédure dite Dublin et il a, à compter du même jour, bénéficié des conditions matérielles d'accueil réservées aux demandeurs d'asile. L'OFII a suspendu ses conditions matérielles d'accueil le 11 décembre 2020. Le 22 avril 2022, sa demande a été requalifiée en procédure normale. M. C a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, demande qui a été rejetée par une décision du 12 mai 2022 dont M. C demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier () les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs () ".

3. A résulte de l'instruction que M. C est parent isolé d'une enfant née en 2011. M. C doit être regardé, en sa qualité de parent isolé accompagné d'une enfant mineure, au nombre des personnes visées à l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et donc dans une situation de particulière vulnérabilité. L'OFII ne conteste pas que le requérant se trouvait, à la date de la décision en litige, dans une situation de grande précarité en raison de la cessation de ses conditions matérielles d'accueil et qu'il n'a pas de possibilité d'hébergement. Il suit de là que le requérant est fondé à soutenir que la directrice territoriale de l'OFII a, en refusant de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil, commis une erreur d'appréciation de sa situation de vulnérabilité.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 12 mai 2022 par laquelle l'OFII a refusé de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

6. L'exécution du présent jugement implique, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, que l'OFII rétablisse les conditions matérielles d'accueil de M. C. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au directeur général de l'OFII de procéder à ce rétablissement dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'ordonner une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 800 euros à verser à Me M'Hamdi, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 12 mai 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil de M. C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le versement des conditions matérielles d'accueil à M. C dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me M'Hamdi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera une somme de 800 euros à Me Raoudah M'Hamdi, avocat de M. C, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Raoudah M'Hamdi et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Simeray

Le président,

Signé

P-Y. GonneauLa greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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