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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2207994

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2207994

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2207994
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBUQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2022, M. A D, représenté par Me Buquet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et l'a informé de son inscription dans le système d'information Schengen ;

3°) d'annuler l'inscription dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il remplit les conditions prévues par l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour dès lors qu'il vit en France depuis 2019, dispose de nombreuses fiches de paye et d'un contrat de travail ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, qu'il dispose de garanties de représentation, et d'un hébergement stable ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet a méconnu les articles L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie d'une intégration personnelle et professionnelle ;

- la décision présente un caractère disproportionné.

Le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E qui a informé les parties de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'inscription du requérant dans le système d'information Schengen,

- et les observations de Me Buquet, représentant M. D ;

- le préfet n'étant ni présent ni représenté.

En présence de M. B, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant tunisien, demande l'annulation de l'arrêté du 25 septembre 2022 par lequel le préfet des Alpes Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et l'a informé de son inscription dans le système d'information Schengen.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation du signalement de M. D dans le système d'information Schengen :

4. Lorsqu'elle prend, à l'égard d'un étranger, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Il suit de là que les conclusions de M. D à fin d'annulation de cette mesure sont irrecevables et doivent être rejetées.

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

5. Il ressort de la décision attaquée qu'elle comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A cet égard, le préfet n'était pas tenu de faire état de préfet de l'ensemble de la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé, et les omissions mentionnées par le requérant ne sont pas de nature à révéler un défaut d'examen de sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées seraient insuffisamment motivées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme C F, cheffe du pôle éloignement du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour, qui a reçu délégation à cet effet par arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 24 juin 2021 publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Alpes-Maritimes du 25 juin 2021. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "

8. Dès lors que les dispositions précitées ont uniquement vocation à régir la délivrance de carte de séjour, M. D, qui ne soutient ni même n'allègue avoir demandé un titre de séjour, ne peut utilement se prévaloir de l'article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour contester la mesure d'éloignement qui lui a été notifiée. En tout état de cause, il ne produit aucune pièce de nature à justifier qu'il travaille, et plus généralement, à établir une insertion professionnelle ou personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour, est entré irrégulièrement sur le territoire français. Par suite, sa situation relève du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le préfet des Alpes-Maritimes était fondé à refuser à M. D un délai de départ volontaire, à supposer même que ce dernier puisse justifier d'un hébergement stable et effectif, et dispose de garantie de représentation, ainsi qu'il le soutient.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui lui a été notifiée ; dès lors l'exception d'illégalité soulevée à l'encontre de la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans doit être écartée.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

13. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

14. Si M. D, célibataire et sans enfant, soutient qu'il justifie d'une intégration professionnelle et personnelle exceptionnelle, il ne produit aucune pièce à l'appui de ses affirmations. De plus, s'il précise être arrivé en France le 4 octobre 2019, il n'établit pas s'être maintenu sur le territoire national depuis cette date. Il résulte de ce qui vient d'être dit que M. D ne peut se prévaloir d'aucune circonstance humanitaire au sens de l'article

L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait commis une erreur d'appréciation en fixant la durée d'interdiction de retour sur le territoire national à deux ans, même en l'absence d'une précédente mesure d'éloignement, et à supposer même qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée.

Sur les conclusions accessoires :

16. Les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D étant rejetées, il doit en être de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet des

Alpes- Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

S. E Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

N°2207994

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