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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2208721

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2208721

lundi 6 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2208721
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantMOUSSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 18 octobre 2022, le 31 janvier 2023 et le 2 février 2023, M. B C , représenté par Me Moussa, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative les frais irrépétibles, dont le tribunal en fixera le montant en équité.

Il soutient que :

- la décision de refus de certificat de résidence est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait le principe du contradictoire de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les articles 6-2, 6-4 et 5 de l'accord franco-algérien de 1968 modifié relatif au conjoint de ressortissant français ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception d'illégalité du refus de certificat de résidence ;

- elle méconnait les stipulations des articles 5 et 6 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 modifié ;

- elle méconnait l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 novembre 2022 et le 7 février 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 février 2023, en présence de Mme Ibram, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Rousselle, présidente ;

- et les observations de Me Moussa, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant algérien, demande l'annulation de l'arrêté du 14 septembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de certificat de résidence présentée sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de certificat de résidence :

2. En premier lieu, il ressort de l'arrêté portant délégation de signature du préfet des Bouches-du-Rhône du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Bouches-du-Rhône, que M. A, directeur des migrations, de l'intégration et de la nationalité au sein de la préfecture des Bouches-du-Rhône, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet des Bouches-du-Rhône l'autorisant à signer la décision en litige et le moyen d'incompétence doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du refus de certificat de résidence doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union ".

5. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un certificat de résidence, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de ce titre. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait méconnu le droit de M. C d'être entendu ne peut être accueilli.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité :

" () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ".

7. M. C n'établit pas, en l'espèce, être entré en France de manière régulière et ne peut dès lors soutenir qu'il était en droit d'obtenir le certificat de résidence prévu par l'article 6-2 de l'accord franco-algérien. Le moyen selon lequel le préfet aurait méconnu ces stipulations en lui refusant ce certificat de résidence sera donc écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6-4 de l'accord

franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 4. au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résident en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins ().

9. Si M. C justifie être le père d'un enfant né en 2016, la seule déclaration de choix d'un nom de famille qu'il transmet ne suffit pas à le reconnaitre comme contribuant à l'entretien et l'éducation de cet enfant ou comme titulaire de l'autorité parentale sur cet enfant. Par suite, alors au surplus que la nationalité de l'enfant n'est pas démontrée, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait méconnu les stipulations précitées, en lui refusant le certificat de résidence demandé.

10. En sixième lieu, si M. C soutient qu'il entre dans le champ d'application de l'article 5 de l'accord franco-algérien et peut à ce titre bénéficier d'un certificat de résidence, la demande qu'il a faite au préfet ne mentionne pas ce motif et le préfet ne s'est pas prononcé sur ce fondement. Dès lors, le moyen doit être écarté comme inopérant.

11. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Le requérant déclare être entré en France en 2007, être père d'une enfant née en 2016 et s'être marié avec une ressortissante française en 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la mère de sa fille, de même nationalité que lui, est-elle aussi en situation irrégulière sur le territoire. De plus, si M. C est aujourd'hui marié à une ressortissante française, la date de leur union est récente et il ne justifie pas d'une vie commune antérieure. Enfin, il n'apporte pas suffisamment de pièces permettant de démontrer qu'il réside de manière habituelle en France depuis son arrivée et qu'il est intégré sur le plan socio-professionnel, alors qu'il a été condamné à deux reprises en 2019 par le tribunal correctionnel de Marseille à 3 mois d'emprisonnement pour vol en réunion et 6 mois d'emprisonnement pour violence avec usage ou menace d'une arme. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir qu'en lui refusant le certificat de résidence demandé, le préfet aurait méconnu l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

13. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté que l'obligation de quitter le territoire est motivée en droit et en fait, dès lors notamment qu'elle vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'elle mentionne les éléments de fait justifiant le refus de droit au séjour du requérant, situation justifiant en fait l'obligation de quitter le territoire.

14. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 12 du présent jugement que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire serait illégale du fait de l'illégalité du titre de séjour, ni qu'elle méconnaitrait l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 10 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rousselle, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Journoud, conseillère,

Assistées de Mme Ibram, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

E. FABRE

La présidente,

signé

P. ROUSSELLELa greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en cheffe,

La greffière

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