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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2209177

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2209177

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2209177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGUENNOUN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 novembre 2022, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 31 mars 2016 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de M. C, qui a informé les parties que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 31 mars 2016 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A ;

- les observations de Me Guennoun, pour M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant turc né le 25 mai 1976 à Nigde (Turquie), est entré en France le 15 juin 2002 sous couvert d'un visa de long séjour délivré en qualité de salarié. Il a bénéficié de cartes de séjour temporaires sur ce fondement jusqu'au 1er juin 2015. Sa demande de renouvellement de son titre de séjour a été rejetée par arrêté pris par le préfet de Maine-et-Loire le 31 mars 2016, arrêté portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par arrêté du 10 juillet 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour d'un an. Enfin, à la suite de l'interpellation de M. A le 1er novembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris une nouvelle obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Par sa requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 31 mars 2016 et de l'arrêté du 1er novembre 2022.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la recevabilité des conclusions en annulation dirigées contre l'arrêté portant refus de titre de séjour du préfet de Maine-et-Loire du 31 mars 2016 :

4. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté attaqué du 31 mars 2016, par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination. Toutefois, M. A a pu contester cet arrêté devant le tribunal administratif de Nantes qui, par jugement n°1606177 du 25 novembre 2016 devenu définitif a annulé la décision distincte fixant le pays de destination, mais a rejeté le surplus des conclusions de la requête. M. A n'est dès lors pas recevable à présenter, plus de six ans après son édiction, des conclusions en annulation de cet arrêté. Par suite de telles conclusions ne peuvent qu'être rejetées comme entachées d'une irrecevabilité manifeste et non régularisable.

Sur les conclusions en annulation dirigées contre l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 2 novembre 2022 :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme E D, signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait, en sa qualité d'adjointe au chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la préfecture des Bouches-du-Rhône, par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 30 septembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 13-2022-285, d'une délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives à l'éloignement du territoire français et en particulier celles portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour en France. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il résulte de ce qui vient d'être énoncé au point 4 du présent jugement que M. A ne peut valablement soutenir que la décision attaquée serait dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour. Un tel moyen ne peut dès lors en tout état de cause qu'être écarté.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Si M. A, âgé de 46 ans, se prévaut de sa présence en France depuis l'année 2002, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur ce territoire en dépit notamment d'un refus de séjour du 31 mars 2016 assorti d'une obligation de quitter le territoire français ainsi que d'une deuxième obligation de quitter le territoire français sans délai assorti d'une interdiction de retour d'un an en date du 10 juillet 2020. Le requérant, séparé de son épouse, qui vit en Turquie avec leurs enfants, ne revendique la présence sur le territoire français d'aucune attache familiale. La circonstance qu'il disposerait d'un contrat à durée indéterminée en tant qu'ouvrier façadier, à la supposer établie par la pièce incomplète produite aux débats, ne suffit à établir une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est défavorablement connu des services de police, en raison des violences commises sur son épouse en 2015, conduisant cette dernière à retourner vivre en Turquie, mais aussi pour défaut de permis de conduire et d'assurance en 2020 et pour ivresse publique manifeste en novembre 2022. Enfin, il n'allègue pas être dépourvu de liens familiaux en Turquie, où résident notamment ses enfants. Dans ces conditions, M. A n'est fondé à soutenir ni que l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire litigieuse aurait, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, ni que cette mesure d'éloignement serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, eu égard aux circonstances qu'il invoque.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ". Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

10. En premier lieu, l'interdiction de retour en litige vise notamment l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que M. A, qui déclare être entré en France en 2002 ne justifie pas y avoir habituellement résidé depuis cette date, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il est divorcé et sans attaches en France, ses deux enfants résidant en Turquie et, enfin, qu'il n'a pas exécuté spontanément les mesures d'éloignement prises à son encontre en 2016 et 2020. Ainsi, il ressort des termes de la décision contestée que la situation du requérant a été appréciée au regard de sa durée de présence en France, de ses conditions de son séjour et de l'absence de liens particuliers sur le territoire national, le préfet des Bouches-du-Rhône a suffisamment motivé la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

11. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet ait entendu se prévaloir de la circonstance que M. A constituerait une menace à l'ordre public. Par suite, et eu égard à ce qui a été énoncé au point 9 du présent jugement, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en ne motivant pas sa décision sur cette condition, le préfet aurait commis une erreur de droit.

12. En dernier lieu, compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France de M. A, et eu égard à sa situation familiale précédemment exposée, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

P. C

La greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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