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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2210043

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2210043

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2210043
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantURIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2022, M. A B, représenté par Me Michel, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel le département des Bouches-du-Rhône l'a exclu temporairement de ses fonctions pour une durée d'un an à compter du 12 décembre 2022 ;

2°) d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône de le réintégrer provisoirement dans ses fonctions dans l'attente du jugement au fond et, en conséquence, de reconstituer sa carrière sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors que la décision litigieuse a pour effet immédiat de le priver d'une partie substantielle de ses ressources financières et de celles de son foyer, composé de lui-même, de son épouse et de leur enfant, que cette perte de revenus ne sera substituée par aucune indemnisation au titre de l'assurance chômage et que la famille n'est plus en mesure de faire face à ses charges fixes ;

- la condition tenant à l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige est satisfaite dès lors que ni la compétence de l'auteur de la saisine du conseil de discipline ni celle de l'auteur de la décision ne sont établies, que celle-ci n'est pas motivée, que le département a commis une erreur de droit alors que lui-même n'exerçait pas son activité de manière irrégulière et que la sanction infligée est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2022, le département des Bouches-du-Rhône, représenté par Me Urien, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. B de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite et que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- la requête n° 2210042 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Balussou, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 20 décembre 2022 à 13 h 45, en présence de Mme Faure, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Balussou, juge des référés,

- les observations de Me Michel, représentant M. B, qui persiste dans les fins et moyens de la requête,

- les observations de Me Urien, représentant le département des Bouches-du-Rhône, qui réitère les moyens invoqués en défense.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Il résulte de ces dispositions que le prononcé d'une ordonnance de suspension de l'exécution d'une décision administrative est subordonné à la réunion cumulative de l'existence d'une situation d'urgence et d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

2. M. B a été recruté par le département des Bouches-du-Rhône le 7 novembre 2019 en contrat en durée déterminée avec pour mission de coordonner les maisons du bel âge au sein de la direction des personnes handicapées et des personnes du bel âge. Le 14 novembre 2019, il a sollicité auprès de son employeur l'autorisation d'exercer une activité privée lucrative au sein de sa société Frank Evénements. Il lui a été transmis un avis favorable le 25 novembre 2019. Le 2 mars 2022, le département des Bouches-du-Rhône l'a informé de ce que son autorisation de cumul d'activités était expirée depuis le 8 novembre 2021. Le requérant a sollicité une prolongation de l'autorisation précédemment accordée, que le département a refusé. Par une décision du 22 septembre 2022, ce dernier a infligé au requérant une sanction disciplinaire d'exclusion de fonctions de deux ans. L'exécution de cette décision a été suspendue par une ordonnance n° 2208357 du 8 novembre 2022 de la juge des référés du tribunal administratif de Marseille. Le 22 novembre 2022, le département a pris une nouvelle sanction disciplinaire à l'encontre de M. B, d'exclusion temporaire de fonctions d'un an.

En ce qui concerne l'urgence :

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonnée le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. L'exécution de la décision du 22 novembre 2022 a pour effet de priver M. B de son traitement pour une durée d'un an. S'il perçoit un indemnité mensuelle en tant qu'élu de 942 euros et son épouse un salaire de 1 1613 euros, ces revenus d'un montant total de 2 555 euros sont insuffisants, à la date de la présente ordonnance, pour faire face aux charges fixes du foyer d'un montant établi à 2 707 euros. Pour remettre en cause ce constat, le département des Bouches-du-Rhône ne saurait utilement faire valoir que la société Frank Evénement a réalisé un chiffre d'affaires de plus de 120 000 euros dès lors que ce montant correspond à la période d'activité du 1er avril 2020 au 31 mars 2021.

5. Dans ces conditions, les circonstances invoquées par le requérant sont de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension des effets de la décision du 22 novembre 2022.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

6. La sanction du 22 novembre 2022 portant exclusion temporaire de fonctions d'un an infligée à M. B est fondée sur des manquements au devoir d'obéissance, de loyauté et de probité tirés de ce que le requérant a continué à exercer une activité privée lucrative d'animation de soirées et d'organisation d'événements sous couvert de sa société commerciale, dont il est l'associé unique, en cumul de son emploi public après le 8 novembre 2021, date à laquelle l'autorisation délivrée par le département des Bouches-du-Rhône était expirée. Par ailleurs, elle est également fondée sur le fait que pour régulariser sa situation, le requérant a démissionné le 21 avril 2022 de ses fonctions de président de la société Frank Evénements sans toutefois qu'il mette fin à son activité lucrative privée notamment dans le cadre de l'organisation d'un concert en hommage à Charles Aznavour le 21 mai 2022 et sur la persistance de propositions d'organisation d'événements festifs sur le site internet de la société après le 21 avril 2022.

7. Si les faits retenus comme établis sont susceptibles de justifier le prononcé d'une sanction disciplinaire, le moyen tiré du caractère disproportionné de la sanction d'exclusion de fonctions d'un an prise à l'encontre de M. B est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 22 novembre 2022 du département des Bouches-du-Rhône.

Sur les conclusions aux fin d'injonction d'astreinte :

9. Il est enjoint au département des Bouches-du-Rhône de réintégrer M. B dans ses fonctions à titre provisoire, sans délai à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

10. En revanche, le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne pouvant, sans excéder son office, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant la décision administrative contestée, la suspension de l'arrêté en litige ne saurait impliquer la reconstitution de la carrière de M. B.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône une somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par lui. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la collectivité demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 22 novembre 2022 du département des Bouches-du-Rhône portant sanction d'exclusion de fonctions d'un an à l'encontre de M. B est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au département des Bouches-du-Rhône de réintégrer M. B dans ses fonctions sans délai à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le département des Bouches-du-Rhône versera à M. B la somme de

1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par le département des Bouches-du-Rhône sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au département des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille le 22 décembre 2022.

La juge des référés,

Signé

E.-M. Balussou

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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