mercredi 21 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2210546 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BUQUET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2022, M. D B, de nationalité guinéenne, représenté par Me Buquet, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision en date du 14 décembre 2022 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, avec inscription au fichier du système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement combiné des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, son conseil renonçant alors au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'auteur de l'acte est incompétent ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- sa situation n'a pas été examinée ;
- il n'a pas reçu la précédente décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision l'interdisant de retourner sur le territoire français est entachée de disproportion ;
- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par décision du 20 septembre 2022, la présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 décembre 2022 :
- le rapport de Mme Felmy, magistrate désignée,
- les observations de Me Buquet, pour M. B, qui soutient que l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône n'est contesté qu'en tant qu'il prévoit une interdiction de retour sur le territoire français, que M. B a besoin de soins et que cette décision présente un caractère disproportionné.
M. B n'a pas été présenté par les services de la direction zonale de la police aux frontières au tribunal en raison, ainsi qu'il résulte d'un courriel adressé ce même jour par le commandant chef du centre de rétention administrative, de son placement en cellule d'isolement pour troubles à l'ordre public et violences, et de l'absence de garantie de sécurité en cas de présentation sous contrainte à l'audience invoquée par les services de police.
Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité guinéenne, a fait l'objet d'un arrêté en date du 14 décembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette obligation et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, avec inscription au fichier du système d'information Schengen (SIS). Il demande au tribunal l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En vertu de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
1. En premier lieu, l'arrêté du 14 octobre 2022 a été signé par M. E C, chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui a reçu par arrêté du 30 septembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, délégation de signature à l'effet de signer notamment les décisions relatives à l'éloignement des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
2. En deuxième lieu, l'arrêté en litige, qui vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qui fait état d'éléments précis relatifs à la situation du requérant, en particulier sa situation familiale et les suites qui ont été réservées à sa demande d'asile, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 15 novembre 2019 et par la Cour nationale du droit d'asile le 8 octobre 2020, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, le préfet des Bouches-du-Rhône a indiqué les critères permettant d'apprécier, en application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la durée de l'interdiction de retour. La décision précise également que M. B a précédemment fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français le 4 décembre 2020, à la suite du rejet de sa demande d'asile. La décision en litige, qui a mentionné les motifs établissant un risque de soustraction à la mesure d'éloignement justifiant ainsi les raisons pour lesquelles l'arrêté n'a pas prévu de délai de retour volontaire, est, par suite, suffisamment motivée. Ce moyen ne peut donc qu'être écarté.
3. En troisième lieu, au regard notamment de la motivation de l'arrêté telle que relevée au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B.
4. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
5. Il ressort de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français que M. B déclare être entré en France entre 2017 et 2018 et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, ne présentant notamment pas un passeport en cours de validité et ne justifiant pas d'un lieu de résidence effectif, qu'il est défavorablement connu des services de police notamment pour des faits de violence en état d'ivresse manifeste, et qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 4 décembre 2020. Si M. B revendique une durée de présence en France depuis 2018, aucune pièce au dossier ne permet cependant d'établir la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France ni son insertion socio-professionnelle depuis son entrée sur le territoire français depuis quatre ou cinq ans, alors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine. S'il soutient encore qu'il n'a pas été destinataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français du préfet des Alpes-de-Haute-Provence en date du 4 décembre 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône établit par la copie de l'accusé de réception du courrier adressé en recommandé versée au dossier que celle-ci lui a été notifiée par voie postale le 8 décembre 2020, et que le pli a été avisé mais non réclamé, sans que M. B n'apporte d'explication concernant l'impossibilité de retirer le pli qui lui a ainsi été adressé. Le requérant, qui ne dispose, comme il l'indique lui-même dans ses écritures, ni d'un passeport en cours de validité ni d'un visa de long séjour, s'est dès lors maintenu de manière irrégulière sur le territoire français depuis qu'il a fait l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire français, soit depuis deux ans. En outre, M. B n'a pas contesté être défavorablement connu des services de police pour vol avec dégradation et violence en état d'ivresse. Ainsi, et quand bien même il n'aurait fait l'objet d'aucune condamnation pénale, la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans n'est entachée ni de disproportion ni d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.
6. En dernier lieu, si le requérant fait état de son entrée en France en 2017 et de son séjour dans ce pays depuis près de six ans, il n'apporte, comme il a été dit au point précédent, aucun élément permettant d'établir que l'arrêté en litige porterait une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale alors que le préfet fait valoir qu'il est âgé de 30 ans, se déclare célibataire sans enfant à charge à la date du refus contesté, ne revendique la présence en France d'aucun membre de sa famille, ne démontre pas ne plus avoir d'attaches au pays, ne justifie d'aucune intégration socio-économique et n'a exposé aucun élément l'empêchant de quitter le territoire français sans délai, le besoin de soins qu'il allègue n'étant par ailleurs aucunement justifié. En outre, il ressort de la fiche de signalisations produite en défense que M. B est défavorablement connu des services de police. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant un délai de deux ans et portant inscription au fichier du système d'information Schengen. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2022.
La magistrate désignée,
Signé
E. ALe greffier,
Signé
R. Machado
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Le greffier
N°2210546
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026