lundi 20 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2300281 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BENISTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 janvier 2023, M. A E, représenté par Me Benisty, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, en attendant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en l'absence d'acte de délégation produit par le préfet, il est impossible de vérifier la compétence de l'auteur de l'acte ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'un défaut de motivation dès lors qu'elles ne comportent pas de références suffisantes à la situation concrète du requérant et comportent des formules stéréotypées ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français ont été notifiée irrégulièrement dès lors que :
- le formulaire de notification mentionne à tort que la décision prise est une obligation de quitter le territoire français fixant un pays de renvoi ;
- il mentionne une décision d'interdiction de retour n° 2313 qui ne figure pas dans la notification et dont la date est manquante ;
- le numéro d'interdiction de retour 2313 est le même que celui figurant sur la notification de cinq autres décisions concernant des personnes différentes de sorte qu'il est impossible d'individualiser les notifications et de savoir si elles ont été faites aux bonnes personnes ;
- le formulaire de notification n'indique ni l'identité de la personne à qui il est notifié, ni l'identité et la qualité de la personne qui a été chargée de cette notification ;
- faute pour le préfet de préciser le pays de renvoi et en l'absence d'éléments dans la décision permettant de le déterminer, sa décision est dépourvue de motivation suffisante ;
- cette absence d'identification du pays de renvoi ne met pas le tribunal à même de statuer sur les risques auxquels le requérant serait exposé en cas de renvoi ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
M. E a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 26 janvier 2023.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Par décision du 20 septembre 2022, la présidente du tribunal a désigné Mme F pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme F.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant tunisien, né le 21 octobre 1998 à Jendouba, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 9 janvier 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination pour l'exécution de la mesure d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée d'un an.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dès lors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle présentée le 26 janvier 2023, il y a lieu d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B D, responsable de la section éloignement au bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité, à la préfecture des Bouches-du-Rhône. Elle disposait, à la date de la signature de l'arrêté du 9 janvier 2023, d'une délégation de signature reçue par arrêté n°13-2022-09-30-00001 du 30 septembre 2022 et régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 13-2022-285 du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".
5. En l'espèce, l'arrêté en litige mentionne sa base légale, notamment les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui en constituent le fondement. Par suite, il est suffisamment motivé en droit. L'arrêté attaqué mentionne également le fait que M. E a été interpellé pour violation de domicile le 9 janvier 2023, sa nationalité, les principaux éléments de sa situation personnelle et familiale ainsi que l'absence de risque de traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour de M. E dans son pays d'origine. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte des mentions stéréotypées et n'est pas suffisamment motivée.
6. En troisième lieu, aux termes du 1 de l'article 12 de la directive 2008/115/CE relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier : " Les décisions de retour et, le cas échéant, les décisions d'interdiction d'entrée ainsi que les décisions d'éloignement sont rendues par écrit, indiquent leurs motifs de fait et de droit et comportent des informations relatives aux voies de recours disponibles ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
7. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français est motivée par le fait que le requérant déclare être entré en France en octobre 2022 et ne démontre pas y résider habituellement depuis ce mois-ci, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il est célibataire, sans enfant et ne justifie pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas suffisamment motivée.
8. En quatrième lieu, les conditions de notification d'un acte administratif étant sans incidence sur sa légalité, M. E ne peut utilement critiquer les vices entachant éventuellement le formulaire de notification de l'arrêté du 9 janvier 2023.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible ".
10. En l'espèce, le préfet a fixé comme destination le pays dont M. E a la nationalité ou qui lui a délivré un titre de voyage en cours de validité ou encore tout autre pays dans lequel il établit qu'il est légalement admissible. Si le requérant reproche au préfet des Bouches-du-Rhône de ne pas avoir indiqué de manière claire et précise le pays de destination, les dispositions précitées de l'article L. 721-4 ne font pas obstacle à la désignation de plusieurs pays de renvoi et les pays retenus par le préfet des Bouches-du-Rhône, qui n'avait pas à les nommer, sont conformes aux prévisions des 1°, 2° et 3° de l'article L. 721-4 précité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi n'est pas suffisamment motivée faut de désignation du pays de destination.
11. En sixième lieu, dès lors qu'il n'invoque aucun risque qu'il encourrait dans un des pays vers lequel il pourrait être renvoyé, M. E ne peut utilement critiquer l'imprécision de l'arrêté quant au pays de renvoi au motif qu'elle empêcherait de mettre le tribunal à même de statuer sur les risques auxquels il y serait exposé.
12. En septième et dernier lieu, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, n'est pas assorti de précision suffisante pour en apprécier le bien-fondé.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du
9 janvier 2023 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 20 février 2023.
La magistrate désignée,
Signé
G. F
Le greffier,
Signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière en chef
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026