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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2300296

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2300296

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2300296
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELAFA CABINET CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 22MA03078 du 10 janvier 2023, le président de la 4ème chambre de la cour administrative d'appel de Marseille a transmis au tribunal administratif de Marseille, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête en tierce opposition formée par Mme B A.

Par cette requête enregistrée au greffe le 11 janvier 2023, complétée par des mémoires enregistrés les 30 janvier, 27 juin et 24 octobre 2023, Mme B A, représentée par la S.E.L.A.F.A. Cabinet Cassel, demande au tribunal :

1°) de déclarer nul et non avenu le jugement du tribunal administratif de Marseille n° 1910188 et n° 2105953 du 11 octobre 2022 ;

2°) de rejeter les requêtes n° 1910188 et n° 2105953 du syndicat des artisans et entrepreneurs de taxis des Alpes-de-Haute-Provence ;

3°) de mettre à la charge du syndicat des artisans et entrepreneurs de taxis des Alpes-de-Haute-Provence la somme de 3 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son recours en tierce opposition est recevable ;

- la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Peyruis a refusé, sur demande du syndicat des artisans et entrepreneurs de taxis du 6 août 2019, d'abroger ses arrêtés du 25 septembre 2014 est légale ;

- des actes administratifs créateurs de droit ne peuvent être retirés, s'ils sont illégaux, que dans un délai de quatre mois suivant leur édiction ou sur demande du bénéficiaire, ce qui n'était pas le cas en l'espèce ;

- elle ignorait de bonne foi le caractère frauduleux de l'autorisation de stationnement d'un véhicule équipé en taxi qui lui a été attribuée par l'arrêté du 25 septembre 2014.

Par des mémoires enregistrés les 18 septembre et 31 octobre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le syndicat des artisans et entrepreneurs de taxis des Alpes-de-Haute-Provence, représenté par Me Zahedi, conclut au rejet de la requête en tierce opposition formée par Mme A et à ce que soit mise à charge de celle-ci une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les arrêtés du maire de Peyruis du 25 septembre 2014, qui ont été antidatés, sont entachés d'un vice d'une gravité telle qu'ils devaient être déclarés nuls et sans effet ;

- la décision, prise sur la demande du 6 août 2019, par laquelle le maire a refusé de retirer les arrêtés du 25 septembre 2014 est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la bonne foi invoquée par Mme A n'a pas d'incidence sur l'illégalité des arrêtés du 25 septembre 2014 et de la décision de refus de les retirer.

La procédure a été communiquée à la commune de Peyruis, qui n'a pas produit d'observations dans l'instance.

Par ordonnance du 25 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 octobre 2023.

Vu :

- le jugement du tribunal administratif de Marseille n° 1910188 et n° 2105953 du 11 octobre 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code des transports ;

- la loi n° 2014-1104 du 1er octobre 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Da Cruz substituant Me Zahedi, représentant le syndicat des artisans et entrepreneurs de taxis des Alpes-de-Haute-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, titulaire d'une licence d'artisan taxi, disposait d'une autorisation de stationnement sur le territoire de la commune de Peyruis. Elle a demandé le 22 janvier 2012 au maire de Peyruis de lui délivrer une seconde autorisation de stationnement pour un véhicule équipé en taxi. Le 25 septembre 2014, la commission départementale des taxis et voitures de petite remise des Alpes-de-Haute-Provence a émis sur cette demande un avis défavorable qui a été publié le 30 septembre 2014. Par deux arrêtés datés du 25 septembre 2014, le maire de Peyruis a respectivement créé un quatrième emplacement de taxi et accordé à Mme A une autorisation de stationnement d'un second véhicule équipé en taxi. A la suite du dépôt d'une plainte par le syndicat des artisans et entrepreneurs de taxis des Alpes-de-Haute-Provence, le tribunal de grande instance de Digne-les-Bains a condamné, par une ordonnance d'homologation du 18 juin 2019, le maire de Peyruis à une amende de 700 euros assortie d'un sursis à hauteur de 400 euros pour avoir antidaté les deux arrêtés du 25 septembre 2014, faits qualifiés de faux en écritures par une personne dépositaire de l'autorité publique. Par un courrier du 6 août 2019, demeuré sans réponse, le syndicat des artisans et entrepreneurs de taxis des Alpes-de-Haute-Provence a demandé au maire de la commune de retirer ces arrêtés. Sur la requête du syndicat, le tribunal administratif de Marseille, par un jugement n° 1910188 et 2105953 du 11 octobre 2022, a déclaré nuls et de nul effet les arrêtés municipaux du 25 septembre 2014 et a annulé la décision implicite par laquelle le maire de Peyruis a rejeté la demande syndicat du 6 août 2019 tendant à leur retrait. Mme A, qui n'a pas été appelée dans ces instances, demande au tribunal par la voie du recours en tierce opposition de déclarer le jugement du 11 octobre 2022 nul et non avenu.

Sur le bien-fondé de la tierce opposition :

2. Aux termes de l'article R. 832-1 du code de justice administrative : " Toute personne peut former tierce opposition à une décision juridictionnelle qui préjudicie à ses droits, dès lors que ni elle ni ceux qu'elle représente n'ont été présents ou régulièrement appelés dans l'instance ayant abouti à cette décision ". En vertu de ces dispositions, toute personne qui n'a été ni appelée, ni représentée dans l'instance peut former tierce opposition à un jugement d'un tribunal administratif, dès lors qu'elle se prévaut d'un droit auquel la décision entreprise a préjudicié.

En ce qui concerne l'inexistence des arrêtés du maire de Peyruis datés du 25 septembre 2014 :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 3121-1 du code des transports : " Les taxis sont des véhicules automobiles () dont le propriétaire ou l'exploitant est titulaire d'une autorisation de stationnement sur la voie publique () ". Aux termes de l'article L. 3121-1-2 du même code : " I. - Le titulaire exploite personnellement l'autorisation de stationnement mentionnée à l'article L. 3121-1. Cette disposition n'est pas applicable aux autorisations de stationnement délivrées avant le 1er octobre 2014. / Lorsqu'une même personne physique ou morale est titulaire d'une ou plusieurs autorisations de stationnement délivrées avant le 1er octobre 2014, l'exploitation peut en être assurée par des salariés ou par un locataire-gérant (). Elle peut également être assurée par une société coopérative ouvrière de production () ". Aux termes de l'article L. 3121-2 de ce code : " L'autorisation de stationnement prévue à l'article L. 3121-1 et délivrée postérieurement à la promulgation de la loi n° 2014-1104 du 1er octobre 2014 relative aux taxis et aux voitures de transport avec chauffeur est incessible et a une durée de validité de cinq ans, renouvelable dans des conditions fixées par décret. / Toutefois, le titulaire d'une autorisation de stationnement délivrée avant la promulgation de la même loi a la faculté de présenter à titre onéreux un successeur à l'autorité administrative compétente pour délivrer l'autorisation. Cette faculté est subordonnée à l'exploitation effective et continue de l'autorisation de stationnement pendant une durée de quinze ans à compter de sa date de délivrance ou de cinq ans à compter de la date de la première mutation ".

4. D'autre part, un acte administratif ne peut être regardé comme juridiquement inexistant que s'il est entaché d'un vice d'une gravité telle qu'il affecte non seulement sa légalité mais son existence même.

5. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des faits constatés par l'ordonnance d'homologation du président du tribunal de grande instance de Digne-les-Bains du 18 juin 2019, devenue définitive, condamnant le maire de la commune de Peyruis à une amende délictuelle pour faux en écriture, qu'afin de faire bénéficier Mme A des dispositions du code des transports antérieures à la loi du 1er octobre 2014 relatives à l'exploitation de places de stationnement pour des véhicules équipés en taxi, le maire de la commune a frauduleusement antidaté au 25 septembre 2014 les deux arrêtés créant un nouvel emplacement de taxi et délivrant à l'intéressée une autorisation de stationnement, ces faits n'étant au demeurant pas utilement contestés. Ainsi, le maire de Peyruis ayant volontairement accordé à Mme A par fraude un avantage indu en faisant obstacle à l'application des dispositions précitées du code des transports, les deux arrêtés datés du 25 septembre 2014 sont entachés d'un vice d'une gravité telle qu'il affecte non seulement leur légalité mais leur existence même. Dès lors, ces arrêtés, qui pouvaient être contestés devant le juge de l'excès de pouvoir sans condition de délai, doivent être déclarés nuls et de nul effet.

En ce qui concerne la décision implicite par laquelle le maire de Peyruis a rejeté la demande de retrait des arrêtés datés du 25 septembre 2014 :

6. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ". Selon l'article L. 241-2 de ce code : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré. ".

7. Si Mme A fait valoir que les arrêtés du 25 septembre 2014 sont des actes créateurs de droits qui ne pouvaient être retirés par le maire de Peyruis que dans le délai de quatre mois en application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, ces actes constitutifs de faux en écritures sont entachés d'un vice d'une gravité telle qu'ils doivent être déclarés inexistants, ainsi qu'il a été dit au point 5, ce qui devait conduire le maire à faire droit à la demande de retrait dont l'a saisi le syndicat des artisans et entrepreneurs de taxis des Alpes-de-Haute-Provence le 6 août 2019 sans méconnaître de ce fait les articles L. 241-2 et L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration. Mme A ne peut utilement soutenir, à cet égard, qu'elle n'avait pas personnellement connaissance du faux en écritures commis par le maire dans la datation des arrêtés, et ne peut davantage faire valoir utilement que la décision de retrait porterait une atteinte disproportionnée à ses intérêts.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête en tierce opposition formée par Mme A contre le jugement du 11 octobre 2022, par lequel le tribunal administratif de Marseille a déclaré nuls et de nul effet les arrêtés du maire de Peyruis du 25 septembre 2014 et a annulé la décision du maire rejetant la demande du syndicat des artisans et entrepreneurs de taxis des Alpes-de-Haute-Provence du 6 août 2019 tendant au retrait de ces arrêtés, doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le syndicat des artisans et entrepreneurs de taxis des Alpes-de-Haute-Provence, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, verse à Mme A tout ou partie de la somme que celle-ci demande au titre des frais exposés dans l'instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le syndicat des artisans et entrepreneurs de taxis des Alpes-de-Haute-Provence en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête en tierce opposition formée par Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le syndicat des artisans et entrepreneurs de taxis des Alpes-de-Haute-Provence sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au syndicat des artisans et entrepreneurs de taxis des Alpes-de-Haute-Provence et à la commune de Peyruis.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

M-L. HamelineL'assesseure la plus ancienne,

signé

E. Fabre

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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