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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2300441

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2300441

lundi 20 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2300441
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL HENRY TIERNY AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 janvier 2023 et deux mémoires complémentaires enregistrés les 24 janvier et 10 février 2023, M. A E, représentée par Me Henry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de de lui délivrer un titre de séjour d'un an dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 € par jour de retard et à titre subsidiaire de réexaminer et de lui délivrer le temps du réexamen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été signée par une personne incompétente ;

- elle est insuffisamment motivé ;

- elle comprend des erreurs de fait ;

- elle méconnait les articles 6.5 et 7 de l'accord franco-algérien et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

En ce qui concerne le refus d'octroyer un délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est disproportionnée ;

- il présente des garanties.

En ce qui concerne le refus d'octroyer un délai de départ volontaire :

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2023, le préfet des

Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Marseille a désigné M. C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Terras, magistrat désigné,

- les observations de Me Henry représentant le requérant et de M. E lui-même ;

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté..

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant algérien né le 28 juin 1996, a été interpellé le 10 janvier 2023 pour tentative de vol par effraction et a fait l'objet le jour même d'un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans et fixant le pays de destination. Par sa requête, M. E en demande l'annulation.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle

Sur les conclusions à fin d'annulation

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. La décision en litige est signée par Mme B D, qui, par un arrêté du 30 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n°13-2022-285 du même jour, bénéficie, en sa qualité de responsable de la section éloignement, au sein du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, d'une délégation à l'effet de signer notamment les décisions relatives aux attributions de son bureau, lesquelles comprennent la décision en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

4. La décision en litige vise les stipulations et dispositions dont elle fait application et notamment du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle rappelle la situation personnelle de l'intéressé en relevant notamment qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Elle fait ainsi apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée et ne révèle pas un défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante.

5. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. E déclare être entré en France en octobre 2020 de manière irrégulière, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en novembre 2020, soit un mois après son entrée sur le territoire français qu'il n'a pas exécutée. S'il travaille aujourd'hui à temps partiel en qualité de technicien dans le cadre d'un contrat à durée déterminée pour l'association La Fabriks depuis le mois d'août 2022, cette circonstance et la durée de présence en France, soit deux ans et trois mois, sont insuffisantes pour caractériser une insertion socio-professionnelle avérée. Par suite, les moyens tirés de la violation de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation du requérant doivent être écartés.

7. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 7 de l'accord franco-algérien doit également être rejeté.

En ce qui concerne la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire :

8. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

9. Il ressort des termes de la décision litigieuse que le préfet s'est fondé, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, sur les circonstances notamment que " le requérant ne présentait pas de passeport en cours de validité ni d'un lieu de résidence permanent déclarant une adresse sur Marseille sans en justifier () ".

10. Il ressort toutefois de l'ensemble des pièces du dossier que M. E a toujours déclaré résider chez sa tante au 57, boulevard Flammarion dans le premier arrondissement de Marseille comme en attestent son contrat de travail, ses bulletins de paie ou encore son compte ouvert à la Banque postale. Par suite, il est fondé à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire pour quitter le territoire français. La décision doit par suite être annulée.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. L'annulation de la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire à M. E entraine en conséquence l'annulation de la décision prononçant l'interdiction de retour sur le territoire français. Elle doit donc être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement qui n'annule que la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire et celle portant interdiction de retour sur le territoire français n'implique aucune mesure d'injonction. Les conclusions présentées par le requérant doivent ainsi être rejetées.

Sur les frais d'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter également les conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er r : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les décisions par lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé d'octroyer un délai de départ volontaire à M. E et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français son annulées.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 4: Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet des

Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

F. C

Le greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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