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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2300660

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2300660

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2300660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLESCS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2023, M. B D A, représenté par Me Lescs, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-de-Haute-Provence du 3 janvier 2023 et les décisions qui le composent ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-de-Haute-Provence, à titre principal, de lui renouveler son attestation de demande d'asile ou, à défaut, de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-de-Haute-Provence, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

4°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la date de la lecture en audience publique du jugement ou, à défaut à sa date de notification ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 75-I de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur ses conséquences ;

- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire préalable, en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour portant obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-de-Haute-Provence qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Lescs, avocate de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D A, de nationalité mauricienne, né le 19 août 1976, déclare être entré en France le 1er janvier 2020. Il a présenté, le 23 août 2021, une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté en date du 3 janvier 2023, le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a rejeté sa demande, a assorti ce refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours suivant la notification de cet arrêté ainsi que d'une interdiction de retour. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. Paul-François Schira, secrétaire général de la préfecture des Alpes-de-Haute-Provence, qui disposait d'une délégation du préfet des Alpes-de-Haute-Provence du 23 août 2022, publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 04-2022-08-23-00017 le même jour, à l'effet de signer, conformément aux dispositions du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004, tous les actes, arrêtés, décisions, documents, ou correspondances administratives relevant de l'exercice des attributions du représentant de l'État dans le département, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions prises en matière de police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision en litige du 28 décembre 2022 portant refus de séjour comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. La décision vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à sa situation. La décision mentionne par ailleurs les éléments principaux de sa situation qui ont fondé son refus d'admission au séjour, et indique à cet égard notamment qu'il est récemment entré sur le territoire et ne bénéficie pas de liens personnels et familiaux durables sur le territoire. La décision ajoute qu'il ne fait valoir aucun élément de nature à établir qu'il pourrait être exposé à des peines ou traitements inhumains et que l'arrêté ne méconnaît pas les stipulations invoquées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, la décision en litige est suffisamment motivée au regard des exigences des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

5. Par ailleurs, il résulte des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise concomitamment à une décision de refus de titre de séjour, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications ".

7. Il ressort des pièces du dossier que si M. A, âgé de 46 ans à la date de la décision en litige, est entré en France le 1er janvier 2020, ainsi qu'il le déclare, pour rejoindre sa compagne à la suite de la naissance de leur fils né le 28 décembre 2019 à Manosque, il se maintient depuis lors en situation irrégulière avec sa compagne, également mauricienne, et qui fait l'objet également d'une mesure d'éloignement. Si le requérant soutient que la décision porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale, il ne produit toutefois aucune pièce, hormis un certificat médical attestant que sa compagne est enceinte. M. A n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale à l'Ile Maurice où il a vécu pour le moins jusqu'à l'âge de 44 ans, et la circonstance que sa compagne est enceinte de leur deuxième enfant n'est pas de nature, eu égard aux conditions de séjour du couple, à établir que M. A aurait désormais fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. En outre, si M. A fait valoir qu'il travaille en tant qu'intérimaire depuis le mois d'avril 2021, cet emploi, s'il témoigne d'une volonté d'intégration professionnelle, ne suffit pas, eu égard à ses conditions de séjour, à démontrer qu'il aurait durablement fixé en France sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-de-Haute-Provence aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte grave et disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté en litige et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration alors applicable : " Les décisions mentionnées à l'article L.211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix ". En vertu de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, les dispositions des articles L. 122-1 et suivants du même code, régissant les modalités de mise en œuvre de la procédure contradictoire imposée préalablement à l'adoption de décisions devant faire l'objet d'une motivation, ne sont pas applicables aux " décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ".

9. Il résulte des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions portant obligation de quitter le territoire français, ainsi que de toutes les décisions en découlant. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration doit par suite être écarté comme inopérant.

10. En deuxième lieu, dès lors que sa situation n'entre dans aucune des situations énoncées par les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant ne justifiant pas notamment avoir introduit une demande d'asile, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-de-Haute-Provence ne pouvait prendre à son encontre une mesure d'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

11. En troisième lieu, aucun des moyens invoqués à l'encontre du refus de titre de séjour n'étant fondé, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour, invoqué à l'encontre de la mesure d'éloignement, doit être écarté.

12. En quatrième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet des Alpes-de-Haute-Provence quant aux conséquences de la décision doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. Le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire qui lui a été opposée, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet des Alpes-de-Haute-Provence du 3 janvier 2023 portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent par suite qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A et au préfet des Alpes-de-Haute-Provence.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Secchi, premier conseiller,

Mme Charpy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

L'assesseur le plus ancien,

Signé

L. SecchiLa présidente,

Signé

G. C

La greffière,

Signé

C. Croce

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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