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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2301743

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2301743

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2301743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantURIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 février 2023 et le 15 mars 2023, Mme C A, représentée par Me Semeriva, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône l'a suspendu de ses fonctions à compter du 2 janvier 2023 ;

2°) d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône, de la réintégrer dans ses fonctions, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la condition d'urgence :

- l'arrêté attaqué la prive d'une partie de son traitement et la place dans une situation financière difficile ne lui permettant pas de faire face à ses charges ;

- il a une incidence sur sa santé dès lors qu'elle souffre d'un syndrome anxio-dépressif en relation avec des difficultés professionnelles ;

- il porte gravement atteinte à sa réputation et compromet son avenir professionnel au sein des services du département des Bouches-du-Rhône ;

S'agissant du doute sérieux sur la légalité de l'arrêté contesté :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que les griefs qui lui sont reprochés ne sont pas suffisamment graves et vraisemblables et ne justifient pas une suspension de ses fonctions ;

- les conditions, liées à la gravité de la faute reprochée et à la vraisemblance de cette faute, permettant une suspension des fonctions, ne sont pas réunies ;

- le département ne justifie pas que sa prise de fonction au 2 janvier 2023 sur le poste d'adjoint au chef de service qualité de vie au travail au sein des services du département présenterait des inconvénients suffisamment sérieux pour le bon fonctionnement du service public ou pour le déroulement des procédures en cours, nécessitant sa suspension ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un détournement de procédure ;

- le département utilise la mesure de suspension de fonction pour mener une enquête sur les aides dont sa mère, malade, bénéficie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2023, le département des Bouches-du-Rhône, représenté par Me Urien, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 530 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas justifiée dès lors que la décision attaquée maintient le traitement de la requérante, que cette dernière bénéficie d'un supplément de revenus tiré de la réalisation d'actions de formation dans un cadre privé, que les charges du foyer de l'intéressée sont partagées avec son époux, que la décision contestée ne porte pas préjudice à sa carrière ;

- la requérante ne fait état d'aucun moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2301742 par laquelle Mme A demande l'annulation de l'arrêté de la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône du 20 décembre 2022.

Vu :

- le code général de la fonction publique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B, magistrat, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mars 2023 à 15 heures :

- le rapport de M. Ouillon, juge des référés,

- les observations de Me Semeriva représentant Mme A qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait valoir, en outre, que la condition d'urgence est remplie dès lors que la mesure contestée entraine pour elle une perte de revenus de sept cents euros, qu'elle n'exerce pas une activité accessoire d'enseignement comme le soutient à tort le département, que sa suspension de fonction a un effet sur sa santé, qu'il existe un doute sérieux sur la légalité de la mesure attaquée dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis, qu'elle n'est pas l'auteur des décisions accordant à sa mère, malade, la prestation de compensation du handicap et elle n'est pas intervenue dans le processus de ces décisions,

- et les observations de Me Urien représentant le département des Bouches-du-Rhône qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que la mesure contestée présente un caractère conservatoire, que la requérante conserve l'intégralité de son traitement, de son indemnité de résidence et du supplément familial, que la requérante bénéficie d'une autorisation de cumul d'activités pour dispenser des formations, que la décision contestée est légale dès lors que plusieurs anomalies ont été relevées dans le processus d'attribution de prestations d'aide sociale à la mère de la requérante.

La clôture de l'instruction a été reportée au 16 mars 2023 à 17 heures.

Un mémoire, présenté pour le département des Bouches-du-Rhône, a été enregistré le 16 mars 2023 à 16 heures 56, et n'a pas été communiqué.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, attachée territoriale, employée par le département des Bouches-du-Rhône depuis 2007, était mise à la disposition de la maison départementale des personnes handicapée des Bouches-du-Rhône. Par un arrêté du 20 décembre 2022, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a mis fin à cette mise à disposition à compter du 2 janvier 2023 et a réintégré Mme A, à compter de la même date, dans les services du département, au sein de la direction générale adjointe de la solidarité. Par un arrêté du même jour, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, compte tenu des faits qui lui étaient reprochés, a suspendu Mme A de ses fonctions à compter du 2 janvier 2023, avec maintien de son traitement et de l'indemnité de résidence. Mme A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté du 20 décembre 2022 prononçant la suspension de ses fonctions.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Aux termes de l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire, auteur d'une faute grave, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois ".

5. Pour justifier de la condition d'urgence, Mme A se prévaut de la situation financière difficile dans laquelle cette mesure la place, de l'atteinte portée à sa réputation et des répercutions sur son état de santé. Toutefois, d'une part, il résulte des dispositions citées au point 4 que la décision en litige maintient le traitement indiciaire ainsi que l'indemnité de résidence de Mme A. S'il n'est pas contesté que l'intéressée a connu une baisse de sa rémunération du fait de cette mesure, il ne résulte pas des éléments avancés qu'elle ne serait pas en mesure de couvrir les charges de son foyer durant la période de suspension, alors que son mari perçoit également des revenus, comme il a été indiqué au cours de l'audience. D'autre part, l'arrêté contesté n'a ni un caractère disciplinaire, ni pour finalité de préjudicier à la carrière de la requérante mais a comme seule portée de l'écarter temporairement du service aux fins de préserver son bon fonctionnement et de permettre l'établissement contradictoire des faits. Il ne résulte pas de l'instruction que cet arrêté emporterait une atteinte à la réputation de Mme A distincte de celle liée à la mise en œuvre d'une enquête administrative diligentée à raison des faits ayant justifié la mesure de suspension. Enfin, il ne ressort pas des éléments versés au dossier qu'une suspension de l'arrêté attaqué aurait un quelconque effet sur l'état de santé de la requérante.

6. Dans ces circonstances, Mme A n'établit pas, en l'état de l'instruction, que l'arrêté du 20 décembre 2022 la suspendant de ses fonctions porterait atteinte de façon suffisamment grave à sa situation. La condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme remplie.

7. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté, les conclusions à fin de suspension présentées par Mme A doivent être rejetées tout comme, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Bouches-du-Rhône, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du département des Bouches-du-Rhône présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département des Bouches-du-Rhône en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et au département des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 20 mars 2023.

Le juge des référés,

signé

S. B

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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