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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2302048

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2302048

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2302048
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVOUILLOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 mars 2023 et le 24 mars 2023, Mme E A, représentée par Me Vouilloux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet de Bouches-du-Rhône l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 800 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que les décisions attaquées :

- ont été prises par une autorité incompétente ;

- sont insuffisamment motivées ;

- ont été prises sans que le préfet ne procède à un examen approfondi de sa situation ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- sont entachées d'une erreur de droit.

- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2023, le préfet des

Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en ce qu'elle est insuffisamment motivée ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Marseille a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné,

- et les observations de Me Vouilloux pour Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'il expose oralement, en faisant valoir, en outre, que la requête qui comportent des moyens intelligibles et des conclusions est recevable, que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en ce qu'il ne caractérise pas la menace à l'ordre public que l'intéressée représente, que cette dernière est mère de deux enfants et dispose d'une promesse d'embauche, que la nature des faits qui lui sont reprochés ne sont pas de nature à faire obstacle à l'octroi d'un délai de départ volontaire.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante roumaine, né le 2 février 1997, a été condamnée par le Tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence, le 26 septembre 2022, à une peine de dix mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec ruse. Alors qu'elle est incarcérée au centre pénitentiaire de Marseille, le préfet de Bouches-du-Rhône, par un arrêté du 23 février 2023, a obligé Mme A à quitter sans délai le territoire français, lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 23 février 2023.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Les décisions contestées ont été signées par Mme D C, chef de bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n° 13-2023-02-07-00006 du 7 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de son bureau au nombre desquelles figurent notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination d'un mesure d'éloignement et portant interdiction de circuler sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées auraient été signées par une autorité incompétente doit être écarté.

Sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français () ".

4. La décision contestée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment son article L. 251-1 ainsi que les stipulations conventionnelles dont elle fait application et notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique les motifs justifiant l'application d'une mesure d'éloignement et tenant à ce que Mme A a été condamnée par le Tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence, le 26 septembre 2022, à une peine d'emprisonnement de dix mois pour des faits de vol avec ruse et que son comportement personnel constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Elle fait également état de la situation personnelle de l'intéressée. Ainsi, la décision contestée, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions de la décision attaquée que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A avant de l'obliger à quitter le territoire français.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme A soutient qu'elle réside en France avec ses deux enfants, nés en 2015 et en 2018, qu'elle est hébergée chez une amie et dispose d'une promesse d'embauche. Toutefois, la requérante ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire national. Mme A, qui n'est pas dépourvue de toutes attaches familiales dans son pays d'origine, comme le fait valoir le préfet en défense, ne fait pas état d'obstacle à ce qu'elle puisse reconstituer sa cellule familiale hors de France. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et eu égard à la durée et aux conditions de séjour de l'intéressée en France, le préfet des Bouches-du-Rhône, en obligeant Mme A à quitter le territoire français, n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de cette dernière une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette mesure d'éloignement a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur de droit ni d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

Sur les conclusions dirigées contre la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, la décision contestée mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et notamment son article L. 251-3. Elle indique avec une précision suffisante le motif de fait justifiant qu'aucun délai de départ volontaire n'ait été accordé à la requérante, tiré de l'urgence à éloigner l'intéressée du territoire français eu égard à la nature des faits délictuels qu'elle a commis et du risque de récidive. Cette décision, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions de la décision attaquée que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A avant de lui refuser un délai de départ volontaire.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

11. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le préfet des Bouches-du-Rhône a, pour refuser un délai de départ volontaire à Mme A, pris en considération la nature des faits pour lesquels elle a été condamnée par un jugement du tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence en date du 26 septembre 2022, ainsi que le risque d'une récidive de ces faits. En se bornant à soutenir que ces faits ne sont pas de nature à faire obstacles à l'octroi d'un délai de départ volontaire, Mme A ne critique pas utilement les motifs retenus par le préfet qui justifient que lui soit refusée un tel délai. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation.

Sur les conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

13. En premier lieu, la décision contestée mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et notamment son article L. 251-4. Elle indique que Mme A a fait l'objet d'une condamnation pénale et rappelle la situation personnelle et familiale de l'intéressée. Cette décision, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui justifient l'interdiction faite à Mme A de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans, est suffisamment motivée.

14. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions de la décision attaquée que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme A avant de lui interdire de circuler sur le territoire français.

15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 11 du présent jugement et eu égard à la condamnation de Mme A à une peine d'emprisonnement de dix mois pour des faits de vol avec ruse, le préfet des Bouches-du-Rhône a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une décision interdisant à l'intéressée de circuler sur le territoire français pendant deux ans.

16. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet en défense, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 23 février 2023 du préfet de Bouches-du-Rhône. Ses conclusions aux fin d'annulation et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au préfet des

Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

S. B

La greffière,

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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