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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2302213

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2302213

mercredi 5 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2302213
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDECAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoire enregistrés le 14 février, le 9 mars et le 28 mars 2023, M. C D, représenté par Me Decaux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 000 euros a` verser à son conseil, qui s'engage, dans ce cas, a` renoncer a` percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'un de ses enfants est né en France et y est scolarisé et qu'il travaille sur les marchés pour pouvoir maintenir ses enfants en bonne santé et favoriser leur épanouissement ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il dispose de garanties de représentation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale dès lors que la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'existence de circonstances humanitaires dès lors qu'il est en France depuis 2021, n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est disproportionnée ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de retour est illégale à raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 24 mars et le 28 mars 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E ;

- les observations de Me Decaux, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui précise que le requérant dispose de garanties de représentation et que l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est disproportionnée dès lors qu'il est présent sur le territoire français depuis deux ans, qu'il est hébergé chez la tante de son épouse avec celle-ci et leurs enfants, dont l'un est scolarisé, et que c'est la première fois qu'il est interpellé ;

- et les observations de M. D, assisté de M. B, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, né le 15 août 1986 à Ain Temouchent, de nationalité algérienne, a fait l'objet d'un arrêté en date du 12 février 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ;/ 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Si M. D soutient qu'un de ses enfants est né en France et y est scolarisé et qu'il travaille sur les marchés pour pouvoir maintenir ses enfants en bonne santé et favoriser leur épanouissement, ces circonstances ne révèlent pas une erreur manifeste d'appréciation par le préfet de sa situation personnelle. Par suite, le moyen, à supposer qu'il soit soulevé, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

6. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est en conséquence illégale.

7. Le requérant ne peut utilement exciper de l'illégalité des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et refusant un délai de départ volontaire à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

En ce qui concerne la décision refusant au requérant un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

9. Le requérant produit, dans le cadre de la présente instance, un passeport en cours de validité. Toutefois, il ne conteste pas être entré régulièrement sur le territoire français et n'avoir pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Le préfet pouvait se fonder sur ce seul motif pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un délai de deux ans :

10. En premier lieu, la décision du préfet refusant au requérant un délai de départ volontaire n'étant pas illégale, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en conséquence.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

12. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit, des règles résultant des engagements internationaux de la France et des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

13. Aux termes de l'arrêté attaqué, le préfet a fondé sa décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans sur le fait que M. D, qui ne fait état d'aucune circonstance humanitaire, ne démontre pas résider habituellement en France depuis 2021, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il peut transférer hors de France sa cellule familiale composée de ses deux enfants et de son épouse, et ne justifie pas être dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine. Pour contester cette appréciation, le requérant se borne à produire ses cartes d'admission à l'aide médicale d'Etat, celle de son épouse et deux certificats de scolarité pour les années 2021 - 2022 et 2022 - 2023 au nom de son fils aîné, A D. Le requérant soutient également qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, ces seuls éléments ne caractérisent pas des circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est présent sur le territoire français depuis seulement deux ans, à supposer qu'il y soit resté depuis son entrée, et que son épouse, en situation irrégulière, a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. De plus, le requérant ne fait état d'aucune insertion sociale et professionnelle en France. Les circonstances tenant au fait qu'il est père de deux enfants en bas âge dont l'un et scolarisé, et qu'il dispose d'un passeport en cours de validité ne sont pas de nature à établir que sa vie privée et familiale se trouve en France, alors qu'il ne soutient pas être dépourvu d'attache dans son pays d'origine. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions et est disproportionnée.

16. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention de New-York du 26 janvier 1990, relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

17. En l'espèce, si le requérant fait valoir que son fils aîné, né en France, y est scolarisé depuis deux ans, eu égard à son âge et à la durée de sa scolarisation en France, il ne peut être regardé comme ayant lui-même noué des liens sur le territoire français qui s'opposeraient à ce qu'il suive ses parents dans leur pays d'origine. Le moyen tiré de ce que la décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit dès lors être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D aux fins d'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : M. D est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 5 avril 2023.

La magistrate désignée,

Signé

G. ELa greffière,

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

La greffière

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