vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2302622 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | VOUILLOUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 17 mars et 12 avril 2023, M. B C, représenté par Me Vouilloux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant le réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et résulte d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- cette décision méconnaît son droit à être entendu ;
- la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnait les dispositions du II de l'article L. 511-1 et résulte d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans est insuffisamment motivée, méconnait le III de l'article L. 511-1 et est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 avril 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que l'arrêté en litige est fondé.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, la magistrate désignée a présenté son rapport et entendu les observations de Me Vouilloux pour M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que M. C n'est pas né à Alep, contrairement à ce qui est indiqué dans l'arrêté contesté, mais à Tunis, que cette erreur de plume démontre le caractère stéréotypé de l'arrêté qui doit ainsi être regardé comme insuffisamment motivé ; que M. C, qui n'a pas été entendu préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige, n'a pas pu faire valoir qu'il était présent sur le territoire depuis cinq ans, et le préfet a ainsi également entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de sa situation ; la décision de refus de délai de départ volontaire est également stéréotypée ; l'interdiction de retour sur le territoire est disproportionnée et la situation de l'intéressé n'a pas été pris en compte.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 10h25, après que le mémoire en réplique enregistré pour M. C le 12 avril 2023, a été mis à la disposition du préfet des Bouches-du-Rhône, non présent ni représenté à l'audience, par le biais de l'application " Télérecours " le 13 avril 2023 à 10h14.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant tunisien né en 1984, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".
3. La décision attaquée expose que M. C ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'est titulaire d'aucun titre de séjour, entre dans le champ d'application de l'article L. 611-1 (1°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elle vise. Cette décision énonce ainsi les circonstances de droit et de fait sur lesquelles est fondée l'obligation de quitter le territoire français. Elle est dès lors suffisamment motivée, conformément à l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu en particulier des termes circonstanciés de l'arrêté en litige et de la mention de ce que l'intéressé a déclaré être entré en France en juillet 2018, seule circonstance dont il se prévaut, que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de M. C.
5. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision d'éloignement, tel qu'il est garanti par le droit de l'Union européenne implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et sur les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une telle décision. La méconnaissance de cette obligation procédurale n'est toutefois en principe de nature à entacher d'illégalité la décision d'éloignement que s'il apparaît que l'intéressé avait réellement à faire valoir des éléments nouveaux et pertinents, de telle sorte que ses observations auraient pu avoir une incidence effective et utile.
6. M. C fait valoir qu'il n'a pas été mis en mesure, en violation de son droit à être entendu, de présenter ses observations préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement prise à son encontre, et en particulier se prévaloir de sa durée de présence en France. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'il disposait d'éléments pertinents tenant à sa situation personnelle susceptibles d'influer sur le sens de la décision. Par ailleurs, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet des Bouches-du-Rhône a tenu compte de la circonstance que l'intéressé déclarait être entré en France en juillet 2018. Le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu résultant du principe général du droit de l'Union européenne de bonne administration ne peut, dès lors, qu'être écarté.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
8. Il ressort des termes mêmes de la décision, qui vise les articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables depuis la recodification opérée par l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020, qu'elle mentionne la menace pour l'ordre public que représente le comportement de l'intéressé, ainsi que l'insuffisance de ses garanties de représentation. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté doit être écarté.
9. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doit être écarté pour les motifs exposés au point 4.
10. D'une part, M. C a été condamné par jugement du tribunal correctionnel de Marseille du 23 mai 2019 pour refus d'obtempérer, conduite d'un véhicule sans permis et sous l'empire d'un état alcoolique, à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis, par un jugement de ce même tribunal du 25 janvier 2022 à une peine de trois mois d'emprisonnement pour des faits de violence sans incapacité sur conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, et par un jugement du 9 juin suivant, à une peine d'un an d'emprisonnement pour des mêmes faits, faits qui permettent de regarder le comportement de l'intéressé comme une menace pour l'ordre public. D'autre part, si l'intéressé a déclaré, en détention, une adresse dans le 3e arrondissement de Marseille, il n'en justifie pas, et il n'est pas davantage contesté que l'intéressé a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement des 1er mars 2019 et 30 juillet 2021 respectivement sous les noms de Sami Kadri et Rochdi C. Enfin, M. C n'établit pas non plus être titulaire d'un passeport en cours de validité, Dans ces conditions, le risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet est établi. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C justifie de circonstances particulières faisant obstacle à ce qu'il soit privé de délai de départ volontaire. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône pouvait, pour ces seuls motifs, priver M. C d'un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :
11. En premier lieu, la décision contestée mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Elle indique avec une précision suffisante les motifs de fait justifiant l'interdiction faite à M. C de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Cette décision, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.
12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
13. Il ressort des pièces du dossier que pour interdire à M. C de retourner en France pendant une durée de trois ans, le préfet des Bouches-du-Rhône a retenu que si l'intéressé a déclaré être entré en France en juillet 2018, il ne démontre pas y avoir habituellement résidé depuis, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, que, célibataire et sans enfant, il ne justifie pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Ce faisant, le préfet des Bouches-du-Rhône a réalisé un examen particulier de la situation du requérant.
14. Par ailleurs, M. C, qui est connu célibataire et sans enfant ainsi que cela ressort de sa fiche pénale, ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle ou d'attaches en France. En outre, M. C, qui ne justifie pas de sa présence en France depuis 2018 comme il l'allègue, ni d'une insertion sociale ou professionnelle sur le territoire national, n'établit pas que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point 12 du jugement, en lui interdisant de retourner sur le territoire français. Compte tenu des circonstances de l'espèce, le préfet n'a pas non plus commis une erreur d'appréciation en fixant la durée de cette interdiction à trois années.
15. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 mars 2023 qu'il conteste.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 13 mars 2023, n'appelle aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.
La magistrate désignée
Signé
A. A
La greffière
Signé
S. Boislard
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026