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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2302628

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2302628

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2302628
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGONAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2023, M. C D, représenté par Me Gonand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la somme contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'auteur de l'acte est incompétent ;

- la décision contestée méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 27 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 mai 2023.

Par une décision du 20 mai 2022, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Gonand, représentant M. D.

Une note en délibéré, présentée pour M. D, a été enregistrée le 24 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant comorien né le 22 décembre 1997, déclare être entré en France le 3 juin 2019 et s'y être maintenu continuellement depuis. Sa première demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français a été rejetée par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 4 mars 2020 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par un jugement n° 2004479 du tribunal administratif de Marseille du 28 septembre 2020, confirmé par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Marseille n° 20MA03997 du 14 janvier 2021. Le 17 décembre 2021, M. D a de nouveau sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 4 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre demandé et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. D demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". En vertu de l'article 371-2 du code civil, chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. D est le père d'une fille de nationalité française, A, née le 4 mai 2014 de sa relation avec Mme B, ressortissante française, et qu'il a reconnue le 16 septembre 2019. S'il est constant que le requérant a appris tardivement sa paternité et n'a jamais entretenu de vie commune avec Mme B, il établit en revanche participer régulièrement à l'entretien de sa fille depuis qu'il a reconnu celle-ci, soit une durée de plus deux ans et demi à la date de l'arrêté contesté, notamment en adressant à la mère de l'enfant des virements mensuels à compter du mois de septembre 2019. Il résulte également des pièces produites, et en particulier d'attestations circonstanciées établies par l'institutrice de la jeune A à l'école élémentaire Oddo à Marseille ainsi que par le médecin généraliste du centre médical de Frais Vallon, corroborant les déclarations de la mère de l'enfant, que M. D entretient des liens affectifs avec sa fille, qu'il voit de manière fréquente depuis le déménagement de Mme B à Marseille en juillet 2021, en particulier en accompagnant sa fille à l'école ainsi qu'à des consultations médicales. Enfin, la seule circonstance que M. D n'ait pas entamé de démarches relatives à l'autorité parentale devant le juge judiciaire ne saurait infirmer les éléments, non utilement contredits, démontrant sa participation continue, depuis plus de deux ans, à l'éducation et à l'entretien de sa fille mineure. Dans ces conditions, en refusant de délivrer à M. D une carte de séjour en qualité de parent d'enfant français, le préfet des Bouches-du-Rhône a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres

moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, et eu égard au motif d'annulation retenu, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. D une carte de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gonand, avocat de M. D, de la somme de 1 200 euros. Conformément aux dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée, le recouvrement en tout ou partie de cette somme vaudra renonciation à percevoir, à due concurrence, la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 4 mars 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. D une carte de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 200 euros à Me Gonand, avocat de M. D, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Benjamin Gonand et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- Mme Felmy, première conseillère,

- Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

E. Felmy La présidente-rapporteure,

signé

M-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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