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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2303141

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2303141

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2303141
TypeDécision
RecoursAutorisation
Formation1ère Chambre
Avocat requérantZERROUKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mars 2023, M. A B, représenté par Me Zerrouki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente et dans un délai de dix jours, une autorisation provisoire de séjour sous les mêmes conditions d'astreinte ;

- à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente et dans un délai de dix jours, une autorisation provisoire de séjour sous les mêmes conditions d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'observation générale n° 14 (2013) du Comité des droits de l'enfant des Nations Unies, concernant l'intérêt supérieur de ses enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 mai 2023.

Par une décision du 28 avril 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'observation générale n° 14 du Comité des droits de l'enfant des Nations Unies du 29 mai 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 20 juin 1979, déclare être entré en France le 10 mai 2017 et s'y être maintenu continuellement depuis. A la suite du rejet de sa demande d'asile, un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français a été pris à son encontre le 6 décembre 2019. Il a ensuite sollicité, le 21 janvier 2021, la délivrance d'un certificat de résidence au titre de la vie privée et familiale et, par arrêté du 28 septembre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre demandé et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 18 octobre 2022, M. B a de nouveau demandé son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale, sur le fondement de l'article 6-1 5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 24 février 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre demandé et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 avril 2023, les conclusions tendant à cette admission à titre provisoire sont devenues sans objet. Ainsi, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme D C, cheffe du bureau de l'éloignement du contentieux et de l'asile à la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait d'une délégation, accordée par arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 7 février 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, à l'effet de signer notamment les refus de séjour et les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Si M. B allègue qu'il réside en France avec son épouse depuis plus de sept ans, il ressort de ses propres déclarations qu'il n'est entré au plus tôt sur le territoire français qu'en mai 2017 soit cinq ans et demi avant la décision contestée, et il ne justifie en outre pas sa présence continue durant l'année 2017 par les seuls justificatifs versés au dossier. Le requérant fait, par ailleurs, valoir qu'il a constitué en France le centre de ses intérêts eu égard à la durée de sa présence et à ses efforts d'intégration, et que ses quatre enfants sont scolarisés en France. Toutefois, il ne démontre pas la réalité et l'intensité de ses attaches personnelles sur le territoire français, alors qu'il ressort des pièces du dossier que son épouse, également de nationalité algérienne, fait elle-même l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français édicté le même jour. Par ailleurs, M. B ne fait état d'aucune attache familiale en France et n'établit pas être dépourvu de telles attaches en Algérie, où résident sa mère et sa fratrie, selon les mentions non contredites de l'arrêté attaqué. Il n'apporte en outre aucun élément circonstancié de nature à établir que la cellule familiale, dont tous les membres ont la nationalité algérienne, ne pourrait pas se reconstituer en Algérie, en dépit des craintes alléguées consécutives à sa participation à une manifestation le 18 janvier 2016. Enfin, si le requérant a suivi en France une formation de maîtrise de la langue française, entre octobre 2018 et juin 2019, et justifie être impliqué en qualité de bénévole au sein d'associations caritatives depuis 2017, ces seules circonstances ne sauraient caractériser une insertion sociale et professionnelle particulière en France. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cet arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'il emporte sur la situation de l'intéressé.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Ainsi qu'il a été dit au point 5, M. B n'établit pas l'existence d'obstacles à ce que sa vie familiale avec son épouse et leurs quatre enfants mineurs de nationalité algérienne se poursuive en Algérie. Les circonstances tirées de ce que ses quatre enfants sont intégrés et scolarisés en France et qu'ils ont, notamment son fils aîné, de très bons résultats scolaires, ne sauraient suffire à caractériser un tel obstacle. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision en litige, qui n'a ni pour effet, ni pour objet, de séparer les enfants du requérant de leurs parents, aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et, en tout état de cause, de l'observation générale n°14 (2013) du comité des droits de l'enfant des Nations Unies, doit être écarté.

8. Il résulte de ce tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris en ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que ses conclusions présentées au profit de son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Raski Zerrouki et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- Mme Felmy, première conseillère,

- Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

E. Felmy La présidente-rapporteure,

signé

M-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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