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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2303262

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2303262

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2303262
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2023, Mme A B, représentée par Me de Seze, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 février 2023 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 1 200 euros à Me de Seze au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas fait l'objet d'une évaluation de sa vulnérabilité menée par un agent formé spécifiquement ;

- le contenu du questionnaire d'évaluation est illégal ;

- elle n'a pas été mise en mesure de faire valoir ses observations ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- la décision ne pouvait être légalement fondée sur l'article L. 551-16 dès lors qu'un refus d'hébergement ne peut être sanctionné que par un refus des conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation des motifs pour lesquels elle n'a pas rejoint son hébergement ;

- la décision n'a pas pris en compte sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration sollicite le rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Un mémoire, enregistré le 23 novembre 2023, présenté par Mme B n'a pas été communiqué en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gonneau, président-rapporteur

- les conclusions de Mme Dyèvre, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 6 février 2023 la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme B au motif qu'elle n'avait pas rejoint le lieu d'hébergement vers lequel elle avait été orientée. Mme B demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". Aux termes de l'article R. 551-5 du même code : " À défaut de présentation du demandeur dans le délai de cinq jours, mentionné à l'article R. 551-3, il peut être mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, en application de l'article L. 551-16 ". Aux termes de l'article R. 551-4 du même code : " Dès l'arrivée du demandeur d'asile, le gestionnaire du lieu d'hébergement ou, le cas échéant, de l'organisme conventionné en application de l'article L. 550-2, en informe, sans délai, l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le gestionnaire de ce lieu ou de cette structure domicilie le demandeur ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le courrier par lequel l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé Mme B de son intention de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil et l'a invitée à lui faire parvenir ses observations a été adressé au centre d'hébergement vers lequel Mme B avait été orientée, mais qu'elle n'a pas rejoint. Cette structure n'était dès lors pas, en application des dispositions de l'article R. 551-4, le domicile de Mme B. Dans ces conditions Mme B n'a pas été mise en mesure de présenter ses observations, qui étaient de nature à influer sur le sens de cette décision, préalablement à l'intervention de la décision en litige. Cette irrégularité dans la procédure suivie a privé Mme B d'une garantie. Par suite la décision du 6 février 2023 doit être annulée.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a versé l'allocation pour demandeur d'asile à Mme B à compter du mois d'avril 2023, en exécution de l'ordonnance n° 2303263 du 26 avril 2023 par laquelle le juge des référés a suspendu l'exécution de la décision implicite du 6 février 2023 et a enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil de Mme B. Or, une décision intervenue pour l'exécution de l'ordonnance par laquelle le juge des référés d'un tribunal administratif a suspendu l'exécution d'un acte administratif revêt, par sa nature même, un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours en annulation présenté parallèlement à la demande en référé. Eu égard à son caractère provisoire, une telle décision peut être remise en cause par l'autorité administrative. Il en résulte que la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rétabli le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme B, intervenue en exécution de l'ordonnance du 26 avril 2023 du juge des référés, revêt un caractère provisoire et pourrait être remis en cause par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite les conclusions aux fins d'injonction ne sont pas sans objet. La présente décision implique que l'Office français de l'immigration et de l'intégration rétablisse le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme B à compter du 6 février 2023. Il y a donc lieu, en application de l'article L. 911-1, de l'y enjoindre, ce dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu de prononcer une astreinte.

5. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

6. En l'absence d'urgence il n'y a pas lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

7. Mme B n'ayant pas demandé l'aide juridictionnelle, les conclusions de Me de Seze tendant à ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui verse une somme au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Mme B n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 6 février 2023 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme B est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme B à compter du 6 février 2023, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Jean de Seze et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Devictor, première conseillère

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mis à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

Le président - rapporteur,

signé

P-Y. GonneauL'assesseure la plus ancienne,

signé

É. Devictor

La greffière,

signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef ;

La greffière,

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