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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2303342

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2303342

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2303342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPELGRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 avril 2023 et 17 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Poncelet, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 6 mars 2023 par laquelle la directrice interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse a refusé de renouveler son contrat de travail ;

2°) d'enjoindre à la directrice interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse de réexaminer sa situation administrative, de lui proposer le renouvellement de son contrat à durée déterminée rétroactivement, de réexaminer l'accès à la titularisation en raison de la reconnaissance de son statut de travailleur handicapé et de procéder, en conséquence, à la reconstitution de sa carrière ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision en litige doit être regardée comme fondée sur des motifs disciplinaires ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas été précédée de la communication de son dossier ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'intention de l'administration de ne pas renouveler son contrat ne lui a pas été notifiée un mois avant son échéance ;

- le non-renouvellement de son contrat n'est pas justifié par l'intérêt du service dès lors qu'il constitue une sanction déguisée et de faits de harcèlement moral ;

- elle se fonde sur des motifs matériellement inexacts ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, le directeur inter-régional de la protection judiciaire de la jeunesse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 6 novembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 21 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cabal, rapporteur,

- les conclusions de M. Trébuchet, rapporteur public,

- et les observations de Me Poncelet, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a été recrutée le 1er septembre 2021 en qualité de professeure technique au sein de l'unité éducative d'activité de jour d'Aix-en-Provence. Le 10 août 2022, elle a été recrutée en qualité d'éducatrice au sein de la même structure pour une durée de six mois et 14 jours. Par un arrêté du 6 mars 2023, le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) a décidé de ne pas renouveler son contrat. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 : " Tous les militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté ". Il résulte de ces dispositions qu'un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même de demander la communication de son dossier, en étant averti en temps utile de l'intention de l'autorité administrative de prendre la mesure en cause.

3. D'autre part, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent. Dès lors qu'elles sont de nature à caractériser un intérêt du service justifiant le non renouvellement du contrat, la circonstance que des considérations relatives à la personne de l'agent soient par ailleurs susceptibles de justifier une sanction disciplinaire ne fait pas obstacle, par elle-même, à ce qu'une décision de non renouvellement du contrat soit légalement prise, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.

4. Il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement du compte-rendu d'entretien du 1er mars 2023 établi à la suite du bilan de fin de contrat du 6 février 2023, que l'avis défavorable au renouvellement du contrat de Mme B émis par le directeur territorial de la PJJ des Bouches-du-Rhône est fondé non seulement sur la manière de servir de l'intéressée, mais également sur le fait que " l'option d'un renouvellement avec des objectifs clairs, précis et évaluables est mise à mal par le non-respect de l'obligation de réserve ". Il ressort en effet de cet entretien que la requérante a adressé un document manuscrit à d'autres agents de la PJJ et à des partenaires du service dont sa hiérarchie a estimé qu'il mettait " en cause la PJJ de manière erronée ". Un tel motif, même s'il peut caractériser un intérêt du service, doit être regardé comme également susceptible de justifier une sanction disciplinaire, comme l'a au demeurant indiqué le directeur territorial lors de l'entretien. Il n'est pas contesté que Mme B n'a pas été informée de son droit de solliciter la communication de son dossier en amont de la décision de non-renouvellement de son contrat de travail intervenue cinq jours après cet entretien. Il suit de là que Mme B, qui a été privée d'une garantie, est fondée à soutenir que la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière et doit être annulée.

5. Lorsque le requérant choisit de hiérarchiser, avant l'expiration du délai de recours, les prétentions qu'il soumet au juge de l'excès de pouvoir en fonction de la cause juridique sur laquelle reposent, à titre principal, ses conclusions à fin d'annulation, il incombe au juge de l'excès de pouvoir de statuer en respectant cette hiérarchisation, c'est-à-dire en examinant prioritairement les moyens qui se rattachent à la cause juridique correspondant à la demande principale du requérant. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens assortissant la demande principale du requérant mais retient un moyen assortissant sa demande subsidiaire, le juge de l'excès de pouvoir n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler la décision attaquée. Statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande principale.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête et en l'état des pièces du dossier, que la décision du 6 mars 2023 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. L'exécution de la présente décision implique seulement que la situation de

Mme B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la directrice interrégionale Sud-Est de la protection judiciaire de la jeunesse procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 6 mars 2023 par laquelle la directrice interrégionale Sud-Est de la protection judiciaire de la jeunesse a refusé de renouveler le contrat de Mme B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la directrice interrégionale Sud-Est de la protection judiciaire de la jeunesse de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 800 euros en application de l'articles

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et à la directrice interrégionale Sud-Est de la protection judiciaire de la jeunesse.

Délibéré après l'audience du 25 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

M. Cabal, conseiller,

M. Guionnet Ruault, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

P.Y. CABAL

Le président,

Signé

F. SALVAGE

La greffière,

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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