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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2303716

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2303716

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2303716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPIERSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 18 avril 2023 et le 18 mai 2023, M. A B, représenté par Me Coljé, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise portant sur les désordres affectant sa propriété située sur la parcelle cadastrée ZD n° 15 à Saint Julien en Beauchene ;

2°) d'ordonner le dépôt d'un pré-rapport ;

3°) de rejeter les conclusions du département des Hautes Alpes.

Il soutient que les travaux entrepris, depuis 2021, par le département des Hautes Alpes ont modifié et pollué le cours et le lit de la rivière Buëch, menaçant sa propriété d'être submergé.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 mai 2023, le département des Hautes Alpes, représenté par Me Pierson, demande au juge des référés :

1°) de rejeter la demande d'expertise pour défaut d'utilité ;

2°) de mettre à la charge de M. B la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les travaux entrepris n'ont occasionnés aucun désordre sur la propriété de M. B.

La procédure a régulièrement été communiquée à la préfecture des Hautes Alpes et à la société Pelissard, qui n'ont pas produit de mémoire.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Josset, première vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. A ce dernier titre, il ne peut faire droit à une demande d'expertise lorsque, en particulier, elle est formulée à l'appui de prétentions qui ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative, qui sont irrecevables ou qui se heurtent à la prescription. Enfin, le juge des référés ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste de lien de causalité entre le préjudice à évaluer et le fait dommageable allégué de cette personne.

3. M. B demande au juge des référés d'ordonner une expertise portant sur les désordres affectant sa propriété située sur la parcelle cadastrée ZD n° 15 à Saint Julien en Beauchene, qu'il impute à des travaux réalisés par le département des Hautes-Alpes en vue de protéger le mur de soutènement du créneau de dépassement vis-à-vis des crues du Buêch. Si le département des Hautes Alpes conclut au rejet en soutenant que les travaux entrepris n'ont occasionné aucun désordre sur la propriété de M. B, il résulte de l'instruction, que M. B produit deux constats d'huissiers en date du 26 avril 2022 et du 28 mars 2023 dont le dernier constate notamment que : " le lit du cours d'eau est déplacé, orienté vers les parcelles du requérant côté Ouest " et " que des matériaux déplacés le sont depuis la propriété du requérant vers la limite Est-coté Route ". Dès lors, en l'état de l'instruction, il ne résulte de l'instruction ni que les faits ne seraient pas manifestement établis, ni qu'une relation de cause à effet serait manifestement exclue entre les travaux entrepris par le département et les dommages invoqués par M. B. Dès lors, la demande de M. B, susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond et qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présente un caractère utile. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur le pré-rapport :

4. Aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de la mesure qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du caractère contradictoire de la procédure. L'établissement d'un pré-rapport ne constitue qu'une modalité opérationnelle de l'expertise. Il appartient donc à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Les conclusions de M. B tendant à ce que l'expert dépose un pré-rapport, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'expertise :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C D, exerçant 59 chemin des Rajols à Fuveau (13710), est désigné pour procéder, en présence de M. B, du département des Hautes-Alpes, du préfet des Hautes-Alpes et de la société Pelissard à une expertise avec la mission suivante :

1°) convoquer les parties, se rendre sur les lieux litigieux situés sur la parcelle cadastrée ZD n° 15 à Saint Julien en Beauchene ;

2°) se faire communiquer tous documents utiles à l'accomplissement de sa mission ; entendre tout sachant ;

3°) examiner la réalité d'une modification des profils en long et en travers du lit mineur du cours d'eau concerné au droit de la parcelle ZD n° 15 ;

4°) déterminer de l'état du cours d'eau antérieurement à l'intervention des travaux exécutés par le département des Hautes-Alpes et postérieurement à ces travaux ;

5°) décrire les désordres, dysfonctionnements et les dommages constatés sur la ,parcelle ZD n° 15; définir leur nature, leur date d'apparition, leur importance et leur éventuel caractère évolutif ;

6°) donner un avis motivé sur la ou les causes et origines des désordres dont il s'agit et, dans le cas où plusieurs causes auraient concouru à la réalisation des désordres, évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ;

7°) formuler les solutions techniques permettant de faire cesser les désordres et indiquer les travaux nécessaires à la réparation ; en évaluer le coût et la durée ;

8°) fournir tous éléments utiles permettant au juge d'apprécier l'étendue des préjudices subis par le requérant du fait de ces désordres et de l'exécution des réparations ;

9°) d'une manière générale, fournir tous éléments susceptibles de concourir à l'information de la juridiction qui serait saisie pour se prononcer sur les responsabilités encourues et l'imputabilité des désordres constatés.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du tribunal administratif de Marseille, dans les conditions prévues à l'article R. 621-6-5 dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, cette notification peut s'opérer dans les conditions prévues par l'article R. 621-7-3.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au département des Hautes-Alpes, au préfet des Hautes-Alpes, à la société Pelissard et à l'expert, M. D.

Fait à Marseille, le 21 septembre 2023.

La juge des référés,

signé

M. JOSSET

La République mande et ordonne au Préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/Le greffier en chef,

Le greffier

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