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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2304750

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2304750

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2304750
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mai 2023, M. C B, représenté par Me Colas, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de lui délivrer une attestation de prolongation de l'instruction, au titre de l'article R. 431-15-3 du code de l'entrée et du séjour et du droit des étrangers ou un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991et en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle que ladite somme lui soit versée.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il est dans l'impossibilité de justifier de son droit au séjour, de travailler et d'aller et venir, alors qu'il s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de l'OFPRA le 12 décembre 2022 ;

- la mesure est utile, dès lors qu'il peut être placé à tout instant dans un centre de rétention administrative , ne peut bénéficier des prestations sociales et ne peut accéder au marché du travail, elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse et elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ;

La requête a été communiquée au préfet des Hautes-Alpes qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 - le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'enregistrement de la demande de renouvellement de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

4. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande () ". Aux termes de l'article R. 431-15-1 du même code : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. ".

5. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du document qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative de délivrer à l'étranger les documents prévus par les dispositions précitées. Il en résulte que, lorsqu'une demande complète a été déposée via ce téléservice et si l'étranger établit que, malgré ses demandes réitérées, aucune attestation de prolongation de l'instruction de sa demande ne lui a été remise, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui délivrer, dans un délai qu'il fixe, cette attestation. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

6. M. B, ressortissant afghan, qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de l'OFPRA du 12 décembre 2022, a déposé, via la plateforme ANEF, une demande de titre de séjour et s'est vu remettre une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande valable jusqu'au 16 septembre 2023. Son changement d'adresse n'ayant pu être pris en considération dans son compte ANEF, celui-ci a été clôturé le 9 mars 2023 et une nouvelle attestation de prolongation de l'instruction lui a été remise, valable jusqu'au 22 aout 2023, mentionnant, une nouvelle fois l'ancienne adresse de M. B, entraînant, à nouveau, une clôture de son compte, le 20 mars 2023. M. B demande au juge de référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de lui délivrer une attestation de prolongation de l'instruction, au titre de l'article R. 431-15-3 du code de l'entrée et du séjour et du droit des étrangers ou un récépissé l'autorisant à travailler.

7. Il résulte de l'instruction que le requérant a effectué plusieurs démarches afin d'informer les services préfectoraux de son changement d'adresse et diverses tentatives pour modifier celle-ci sur son compte ANEF, lesquelles sont toutes restées vaines. M. B ne s'est en effet, vue remettre aucune attestation valide de prolongation de l'instruction ou récépissé de sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions, la demande de M. B présente un caractère utile, en l'absence d'autres voies permettant à l'intéressé d'obtenir une preuve de la régularité de son séjour sur le territoire français dans l'attente de l'instruction de sa demande.

8. De plus, l'impossibilité d'obtenir un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction de sa demande dans un délai raisonnable l'empêche de séjourner régulièrement sur le territoire national et d'y travailler, alors que M. B s'est vue reconnaître la qualité de réfugié. La mesure sollicitée revêt donc un caractère urgent.

9. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la demande présentée par M. B ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative, dès lors que n'est intervenue aucune décision expresse ou implicite tendant soit au refus de lui délivrer un titre de séjour, par la prise en compte de sa nouvelle adresse, soit au refus de lui délivrer un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction de sa demande.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes, dans le délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, de recevoir M. B afin de procéder à l'examen de sa situation et de lui délivrer une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande. En revanche, à ce stade, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir de l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, le versement à Me Colas, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, une somme de 600 euros. Dans le cas où le requérant ne serait pas admis, à titre définitif, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à M. B.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hautes-Alpes de recevoir M. B dans un délai de 7 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, en vue de réexaminer sa situation et de lui délivrer une attestation de prolongation de l'examen de sa demande de titre de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Colas, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, une somme de 600 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où le requérant ne serait pas admis, à titre définitif, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, la somme de 600 euros sera versée à M. B.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Me Colas et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hautes-Alpes.

Fait à Marseille, le 7 juin 2023.

La juge des référés,

Signé

Muriel A

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour une expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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