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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2305145

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2305145

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2305145
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP D'AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2023, M. G C B alias M. D A, représenté par Me Zekri, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 mai 2023 par laquelle le ministre de l'Intérieur et des outre-mer a refusé son entrée sur le territoire français au titre de l'asile ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'Intérieur d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui remettre l'attestation de demandeur d'asile correspondante ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision attaquée ;

- il n'est pas justifié de ce qu'il a été mis en mesure de faire valoir de manière utile ses observations préalablement à l'édiction de la décision querellée ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2023, le ministre de l'Intérieur et des outre-mer, représenté par la SCP Saidji et Moreau représentée par Me Moreau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Boidé pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions relatives aux mesures d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 juin 2023, à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de M. Boidé, magistrat désigné ;

- les observations de Me Decaux, succédant à Me Zekri et représentant M. C B alias M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et les observations de M. C B alias M. A, assisté de M. I interprète assermenté en langue comorienne (shikomor).

Le ministre de l'Intérieur n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. J B, se disant initialement né le 3 septembre 1996 à Vanadjou Itsandra, alias M. D A se disant né le 2 novembre 1995 à Moroni, de nationalité comorienne, demande au tribunal d'annuler la décision du 31 mai 2023 par laquelle le ministre de l'Intérieur et des outre-mer a rejeté sa demande d'entrée en France au titre de l'asile, et ordonné son réacheminement vers le territoire de l'Arabie Saoudite ou de tout pays où il sera légalement admissible.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par décision du 21 juin 2022 publiée au Journal officiel de la République française le 22 juin 2022, Mme E, directrice de l'asile à la direction générale des étrangers en France, nommée le 29 juillet 2020 et détentrice d'une délégation de signature du ministre de l'Intérieur en application du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, a donné délégation à Mme H F à l'effet de signer, au nom du ministre de l'Intérieur, toutes décisions relevant des attributions de la sous-direction du droit d'asile et de la protection internationale. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en litige manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu, énoncé à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, préalablement à l'édiction de la décision attaquée, M. C B alias M. A a, d'abord, fait l'objet d'une décision de refus d'entrée sur le territoire eu égard au caractère falsifié du document de voyage dont il s'est prévalu lors de son arrivée au point de passage frontalier à l'aéroport de Marseille-Provence le 28 mai 2023. L'intéressé a ensuite présenté une demande d'entrée en France au titre de l'asile le 29 mai 2023. A l'occasion de l'enregistrement de celle-ci, l'ensemble des droits et garanties entourant cette demande lui a été exposé, ainsi que le mentionne le procès-verbal produit en défense par l'autorité ministérielle, dont il ressort que M. C B alias A a été à cette occasion assisté d'un interprète en langue comorienne et qu'il a notamment été informé des suites possibles de sa demande, en particulier dans l'hypothèse où elle serait rejetée comme étant manifestement infondée. Enfin, le requérant a été entendu sur les motifs de sa demande d'accès au territoire français au titre de l'asile le 31 mai 2023 de 9h47 à 10h27 en visioconférence par un agent de protection de l'office français de protection des réfugiés et apatrides assisté d'un interprète en comorien, entretien à l'occasion duquel il a eu la possibilité de présenter toutes observations qu'il a jugées utiles. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit de présenter des observations préalables à la décision en litige manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, en se bornant à soutenir qu'il a fait valoir, au cours de son audition par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), l'ensemble de ses craintes et les risques auxquels il serait exposé en cas de retour aux Comores, M. C B alias M. A n'assortit pas les moyens qu'il invoque, tirés d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Interrogé lors de l'audience, l'intéressé reprend les grandes lignes du récit qu'il a exposé lors de son audition par l'OFPRA depuis la zone d'attente, bien que ses dires s'avèrent évolutifs s'agissant des raisons pour lesquelles il aurait, à une date indéterminée proche de son premier départ du pays à destination de Mayotte, participé à une manifestation d'opposition aux autorités comoriennes, menée depuis un véhicule avec plusieurs autres personnes et en raison de laquelle il aurait ensuite été recherché. En effet, alors qu'il avait initialement indiqué que cette manifestation aurait réclamé " le départ du président " car " le pays va mal ", il expose à l'audience qu'il s'agissait d'un mouvement organisé en réaction à la mort d'un manifestant tué quelques jours plus tôt, dont la dépouille aurait été retrouvée dans un sac. En outre, l'ensemble du récit de M. C B alias M. A relatif tant à la manifestation alléguée qu'à ses suites, notamment son départ pour Mayotte dans les heures qui ont suivi, les conditions de son refoulement à Anjouan quelques jours plus tard et celles de son séjour sur cette île de l'Union des Comores le temps de l'organisation de son départ en avion pour Marseille, a été rapporté en termes lapidaires et insuffisamment détaillés, ne permettant pas de tenir pour fondés les moyens invoqués alors notamment qu'aucune précision n'est apportée quant aux motifs et conditions au vu desquels, à considérer même la manifestation évoquée comme établie, l'intéressé aurait été identifié par les autorités de son pays. Par suite, lesdits moyens doivent être écartés.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C B alias M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C B alias M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G C B alias M. D A et au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré le 7 juin 2023, et lu en audience publique le même jour.

Le magistrat désigné,

Signé

M. Boidé

Le greffier,

Signé

R. Machado de Andrade

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour une expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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