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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2305192

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2305192

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2305192
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDECAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2023, M. B D demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

2°) d'ordonner la communication de l'ensemble des pièces sur lesquelles s'est fondée l'autorité préfectorale ;

3°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et interdiction de retour sur ce territoire pendant deux ans, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et ordonné son inscription au fichier SIS ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au bénéfice de son avocat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ; il est insuffisamment motivé et a été pris sans examen de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire est entachée d'erreur de droit ;

- la décision d'interdiction de retour en France est entachée d'erreur de droit et de disproportion.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juin 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Boidé pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 juin 2023 à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de M. Boidé, magistrat désigné ;

- les observations de Me Decaux, représentant M. D, qui conclut aux mêmes autres fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- les observations de M. D, assisté de Mme E, interprète en langue arabe.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant algérien né le 13 août 1995, également connu comme M. B D né le 14 janvier 1995, M. I C né le 3 août 2003, M. H C né le 3 août 2000 et M. J né le 3 août 1995, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 mai 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui faisant interdiction de retour en France pour une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. La requête n'est ni manifestement irrecevable, ni manifestement dénuée de fondement. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle

Sur les conclusions tendant à la production, par le préfet des Bouches-du-Rhône, du dossier sur lequel il s'est fondé pour prendre l'arrêté contesté :

3. L'affaire étant en état d'être jugée et le principe du contradictoire ayant été respecté, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme G F, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui a reçu du préfet, par arrêté n° 13-2023-05-16-00003 du 16 mai 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, délégation de signature à l'effet de signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte, au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, de manière suffisamment précise et non stéréotypée pour chacune des décisions qu'il contient, les considérations de fait et de droit qui leur servent de fondement, permettant à son destinataire d'en comprendre le sens et la portée à sa seule lecture et, par suite, de les contester utilement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions en litige doit être écarté. En outre, au regard de cette motivation et des pièces du dossier, M. D n'est pas davantage fondé à soutenir que l'arrêté qu'il conteste a été pris sans examen de sa situation personnelle, et ce moyen doit être également écarté.

6. En troisième lieu, si M. D soutient être présent en France depuis 2016, travailler comme mécanicien et entretenir une relation sentimentale avec une ressortissante française depuis un an, ou un an et demi selon ses déclarations à l'audience et les termes de l'attestation de Mme A qui y assiste et confirme leur projet commun de mariage, il ne justifie de la réalité de ces assertions par aucune production, le seul document retraçant les biens vestimentaires qui lui ont été apportés en rétention étant, comme cette attestation, à lui seul insuffisant à cet égard. Dans ces conditions, et alors que le requérant n'allègue pas qu'il serait démuni d'attaches en Algérie, où demeurent ses parents et sa fratrie selon ses déclarations à l'audience, il n'établit pas que, comme il le soutient, le préfet des Bouches-du-Rhône aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en lui faisant obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".

8. Il ressort de ses mentions que la décision faisant à M. D obligation de quitter le territoire français est également motivée par la menace pour l'ordre public que représenterait la présence en France de l'intéressé, condamné par le tribunal judiciaire de Marseille le 11 mars 2021 à six mois d'emprisonnement pour conduite sans permis de conduire et usurpation de plaque d'immatriculation. Dès lors, le préfet des Bouches-du-Rhône a pu, sur le fondement de ces dispositions, décider de ne pas octroyer à l'intéressé un délai de départ volontaire. Le moyen tiré d'une erreur de droit qu'aurait commise l'autorité préfectorale dans la mise en œuvre des dispositions des articles L. 611-2 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut donc qu'être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

10. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

11. En l'espèce, la décision en litige portant interdiction de retour en France pour une durée de deux ans mentionne qu'en l'absence de circonstance humanitaire, il ressort de l'examen de la situation de M. D qu'il déclare être entré en France en 2017 et ne démontre pas y avoir résidé habituellement depuis cette date, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il est célibataire, sans enfant et ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France alors qu'il ne justifie pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales en Algérie. Cette décision ajoute enfin, d'une part, que M. D n'a pas exécuté spontanément une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 12 octobre 2018 et notifiée le même jour et, d'autre part, que la présence en France de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public au regard de la condamnation pénale évoquée au point 6 du présent jugement. Eu égard à cette motivation, et alors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 6 qu'il n'assortit ses assertions relatives à son ancienneté de séjour et à ses attaches personnelles en France d'aucune production, le requérant n'établit pas que cette décision serait entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'elle serait disproportionnée. Les moyens ainsi invoqués doivent donc être écartés.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais de l'instance doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré le 7 juin 2023, et lu en audience publique le même jour.

Le magistrat désigné,

Signé

M. Boidé

Le greffier,

Signé

R. Machado de Andrade

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour une expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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