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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2307251

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2307251

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2307251
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantQUINSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Quinson, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai.

Il soutient que:

- l'arrêté attaqué lui a été notifié sans qu'aucun moyen n'ait été mis en œuvre par le préfet pour lui permettre d'avoir une compréhension claire, dans la langue qu'il maîtrise, du contenu de la décision et des voies et délais de recours ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen sérieux dès lors qu'il ne mentionne pas sa situation de réfugié ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas tenu compte du fait qu'il a présenté une demande de réexamen de sa situation à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que l'Etat turc a lancé des poursuites à son encontre et harcèle sa famille, que celle-ci se trouve en France et que la situation du pays est très dégradée ;

- il craint de retourner dans son pays dès lors qu'il est actif sur les réseaux sociaux et prend part aux activités de la communauté kurde en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 août 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pouliquen pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de Mme Pouliquen, magistrate désignée ;

- les observations de Me Quinson, représentant M. A, assisté de Mme C interprète en langue turque, qui soulève un moyen tiré de ce que le préfet s'est estimé être en situation de compétence liée.

Une note en délibéré présentée par M. A a été enregistrée le 7 septembre 2023 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 7 juin 2000 à Bulanik, de nationalité turque, a fait l'objet d'un arrêté en date du 26 juin 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, les conditions de notification de la décision attaquée sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que le préfet n'a déployé aucun moyen pour lui permettre d'avoir une compréhension claire, dans la langue qu'il maîtrise, du contenu de la décision et des voies et délais de recours.

5. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté qu'il comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 () ".

7. En l'espèce, la demande de réexamen de la demande d'asile de M. A a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides pour irrecevabilité le 26 juin 2023. Son recours devant la Cour nationale du droit d'asile aux fins d'obtenir l'annulation de cette décision n'a donc pas pour effet de permettre au requérant de se maintenir sur le territoire en attendant la décision de la Cour nationale du droit d'asile. Ainsi, la circonstance que le requérant ait introduit une demande de réexamen de sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que c'est à tort que le préfet n'a pas pris en compte le fait qu'il a demandé le réexamen de sa demande d'asile, est inopérant et doit être écarté.

8. En quatrième lieu, si le requérant soutient que l'Etat turc a lancé des poursuites à son encontre, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'a pas tenu pour établies les menaces dont il a fait part et M. A ne produit aucun élément probant de nature à remettre en cause cette appréciation. Si le requérant produit à l'audience une demande de perquisition à son domicile en Turquie du Procureur de la République de Mus, datée du 9 juin 2023, l'authenticité de cette pièce n'est pas établie. Le requérant ne démontre pas non plus que l'Etat turc harcèle sa famille, que celle-ci se trouve en France, ce qui apparaît au demeurant contradictoire en l'absence de précision, et que la situation du pays est très dégradée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le préfet se serait estimé être en situation de compétence liée.

9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si le requérant soutient qu'il craint de retourner dans son pays dès lors qu'il est actif sur les réseaux sociaux et prend part aux activités de la communauté kurde en France, il ne l'établit pas, ne produisant aucune pièce le démontrant à l'appui de ses allégations. De plus, ainsi qu'il l'a été dit au point 8, les documents qu'il produit ne permettent pas d'établir la réalité de menaces réelles et actuelles dont il ferait l'objet. Enfin, si le requérant indique à l'audience que du fait du séisme qui a eu lieu en Turquie, ses conditions de vie seraient très dégradées en cas de retour dans son pays d'origine, ces circonstances, au demeurant très imprécises quant à l'impact personnel que cet évènement pourrait avoir sur la situation du requérant, ne révèlent pas un risque de torture ou de traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen, à supposer qu'il soit soulevé, tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 14 septembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

G. PouliquenLe greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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