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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2308608

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2308608

mercredi 18 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2308608
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantQUINSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

M. B C a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2021 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Par un jugement n° 2105132 du 16 novembre 2021, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 septembre 2022 et le 3 mai 2023, M. C, représenté par Me Quinson, a demandé à la cour administrative d'appel de Toulouse :

1°) d'annuler le jugement du 16 novembre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2021 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " lui permettant de travailler, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, de renvoyer l'affaire au tribunal administratif de Marseille territorialement compétent et d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre liminaire, le jugement est entaché d'erreur de droit en raison de la méconnaissance de l'étendue de sa compétence par le tribunal administratif de Montpellier : le tribunal administratif de Marseille aurait dû se voir attribuer la procédure en application de l'article R. 312-8 du code de justice administrative ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de la règle de l'examen particulier des circonstances et du droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'erreur de droit tirée de la méconnaissance du champ d'application de la loi, ainsi que sur la méconnaissance par le juge administratif de l'étendue de ses compétences en ce qu'il entre dans la catégorie des étrangers protégés contre l'éloignement en application de l'article L. 611-3, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à son droit au séjour en ce qu'il pourrait se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 ou de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de fait quant à l'examen de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de l'interdiction de retour :

- la décision a été prise en violation de l'article L. 511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et présente un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle.

Par un arrêt en date du 14 septembre 2023, la cour administrative d'appel de Toulouse a annulé le jugement du tribunal administratif de Montpellier du 16 novembre 2021 et a renvoyé le dossier devant le tribunal administratif de Marseille qui l'a enregistré le 14 septembre 2023 sous le n° 2308608.

Le président du tribunal a désigné Mme Charbit pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étaient ni présente ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 10 juillet 2003, de nationalité marocaine, a fait l'objet le 29 septembre 2021 d'un arrêté par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire sans délai :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait insuffisamment examiné la situation de M. C. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à faire valoir que la décision en litige est entachée d'un défaut d'examen " sérieux " de sa situation.

3. En deuxième lieu, la circonstance que l'intéressé serait hébergé au foyer Calendal à Marseille, dans le cadre d'une mesure de placement ordonnée par le juge des enfants ne saurait être regardée comme relevant de démarches de régularisation d'une situation administrative. A cet égard, le préfet n'étant pas tenu de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France de l'intéressé, la circonstance que la décision ne vise pas tous les éléments soutenus par ce dernier, n'est pas de nature à l'entacher d'erreur de fait quant à l'examen de sa situation personnelle. Par suite le moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

5. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un État membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. Si M. C soutient que son droit d'être entendu a été méconnu, il ne démontre toutefois pas en quoi il disposerait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été privé de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. En outre, il ressort des pièces du dossier, qu'il a disposé de la possibilité d'être entendu lors de sa garde à vue en date du 28 septembre 2021 par les services de police, qui l'ont interrogé sur son identité, sa situation au regard de son droit au séjour, en particulier s'agissant des conditions de son entrée sur le territoire français, des documents dont il est en possession, de ses ressources, de son logement, de son assurance maladie, de sa vie privée et familiale, d'éventuels éléments de vulnérabilité et de son intention de s'opposer à une éventuelle mesure d'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). " Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ;

8. M. C ne peut utilement soutenir qu'il se trouve dans une situation relevant du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il soutient dans ses écritures être originaire de la ville de Tanger au Maroc, ne pas avoir grandi au sein de sa famille pour avoir été placé en foyer dès son plus jeune âge avec un frère aîné, avoir quitté ce foyer à l'âge de 10 ans, avoir vécu comme " enfant des rues " jusqu'à l'âge de 13 ans au Maroc avant de quitter le pays pour se rendre en Europe et s'installer en France aux termes d'un parcours migratoire de deux ans. Par ailleurs, l'arrêté préfectoral en litige indique que M. C n'est pas en mesure de justifier de la régularité de son séjour. Ce dernier entrait bien dans le champ d'application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de droit et de la méconnaissance de l'article L. 611-3, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être rejeté.

9. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".D'autre part, aux termes de l'article L. 425-1 du même code : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la procédure pénale, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites ". Il résulte de ces dernières dispositions qu'un étranger qui justifie avoir déposé plainte contre la personne qu'il accuse d'avoir commis des faits relevant de l'article 225-4-1 cité au point précédent a droit à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ".

10. Avant de prendre une obligation de quitter le territoire français, le préfet doit vérifier, en fonction des éléments portés à sa connaissance, que l'étranger n'est pas au nombre de ceux qui ne peuvent légalement faire l'objet d'un éloignement. Il appartient en outre au préfet d'apprécier si la mesure envisagée n'est pas de nature à comporter, pour la situation personnelle ou familiale de l'intéressé, des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir de contrôler si ladite appréciation n'est pas entachée d'une erreur manifeste.

11. Si M. C soutient qu'il relève des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des pièces du dossier qu'il est connu sous douze identités avec des dates de naissance oscillant entre 1998 et 2004. Par ailleurs, si le requérant soutient avoir subi la traite des êtres humains lorsqu'il était mineur, il est constant qu'il n'en a pas fait état auprès des services de police ou de gendarmerie antérieurement à l'arrêté en litige. S'il a porté plainte ou témoigné dans le cadre d'une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ce type d'infractions, il lui appartient de l'indiquer afin d'obtenir le titre prévu par ces dispositions et délivré de plein droit. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 435-3 du même code ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

13. Si M. A se disant C soutient avoir établi ses intérêts privés et familiaux en France, qu'il a été confié par le juge des enfants au tribunal judiciaire de Marseille le 2 févier 2021 au foyer Calendal à compter du 12 janvier 2021, qu'il a conclu un contrat d'apprentissage, qu'il est médicalement suivi en France, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est connu sous douze identités avec des dates de naissance oscillant entre 1998 et 2004. En outre, il est connu pour des faits de vol aggravé pour lesquels il a été condamné, le 1er avril 2020, par le tribunal correctionnel de Grasse à une peine de douze mois d'emprisonnement dont un mois avec sursis et fait l'objet d'un mandat de recherche par le tribunal d'Evry, depuis le 26 mai 2020, pour des faits de vol aggravé. Célibataire, sans enfant à charge, il ne justifie pas de liens personnels et familiaux intenses en France. Par ailleurs, la circonstance qu'il a été placé en tant que jeune majeur, sur décision de l'autorité judiciaire, laquelle constitue une mesure d'accompagnement à visée éducative n'est pas incompatible avec son éloignement. Enfin, s'il déclare ne plus entretenir de relation avec sa famille au Maroc, il n'établit pas être dépourvu de tout lien avec ce pays, et ce, dans la mesure où sa mère y réside. Enfin, si le requérant soutient avoir construit un projet en France depuis son arrivée sur le territoire comme mineur non accompagné, dans le cadre d'un accompagnement par les services de la protection judiciaire de la jeunesse, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a pas d'attaches familiales sur le territoire français. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

15. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

16. Il ressort de la décision contestée que pour prendre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. C, le préfet des Pyrénées-Orientales a tenu compte de la circonstance que l'intéressé, est démuni de document de voyage en cours de validité, ne présente aucun billet de transport justifiant de son retour au Maroc, se maintient en situation irrégulière en France, sans avoir sollicité de titre de séjour, n'apparaît nullement inséré socialement en France, ne démontre pas que ses liens personnels et familiaux en France sont plus anciens, intenses et stables que ceux dont il dispose au Maroc, son pays d'origine où résident a minima ses parents, ses deux frères, ses deux sœurs, selon ses déclarations. Ainsi, M. C n'établit pas l'intensité et la stabilité de ses liens personnels sur le territoire et ne justifie d'aucune considération humanitaire qui pourrait faire obstacle à l'interdiction de retour d'un an sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet des Bouches du Rhône n'a pas commis d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation ni entaché la mesure de disproportion.

17. Il résulte de tout ce qui précède, que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision contestée par laquelle le préfet de lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

18. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, en conséquence, de rejeter les conclusions tendant à ce que le préfet des Pyrénées-Orientales délivre à M. C un titre de séjour ou procède au réexamen de sa situation.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, comme les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, quelque somme que ce soit au titre des frais liés au litige.

D E C I D E

Article 1er: La requête de M. B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2023.

La magistrate désignée

Signé

C. CharbitLe greffier

Signé

R. Machado

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Le greffier,

N°2308608

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