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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2309147

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2309147

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2309147
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantYOUCHENKO

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C E, ressortissante albanaise née en 1989, a sollicité le 20 janvier 2023 son admission au séjour à raison de son état de santé sur le fondement les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et au titre de sa vie privée et familiale. Cette demande a fait l'objet d'un arrêté du 22 juin 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme E demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort de l'examen de l'arrêté en litige que celui-ci comporte les éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement. Ainsi, l'arrêté du 22 juin 2023 vise notamment la convention internationale relative aux droits de l'enfant, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Il indique les fondements de la demande de titre de séjour de Mme E, et précise notamment que celle-ci déclare être entrée en France le 29 juillet 2018, qu'elle a fait l'objet d'une précédente décision portant rejet de sa demande d'asile et obligation de quitter le territoire français, et expose sa situation familiale en relevant notamment qu'elle est mariée et mère de trois enfants. L'arrêté en litige vise également l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 19 avril 2023 relevant que si l'état de santé de Mme E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et peut voyager sans risque vers l'Albanie, et analyse la situation personnelle et familiale de la requérante au regard du droit au séjour sur le territoire français. Dans ces conditions, cette motivation ne révèle aucun défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme E est atteinte d'une pathologie cardiaque pour laquelle elle a bénéficié d'une prise en charge médicale à Marseille, et qu'elle a en particulier subi une intervention chirurgicale consistant en la fermeture d'une communication interauriculaire le 7 octobre 2020 au centre hospitalier universitaire de La Timone, s'étant alors vu délivrer une autorisation provisoire de séjour d'une durée de trois mois. Toutefois, il résulte des documents produits qu'à la date de l'arrêté en litige la requérante bénéficiait seulement d'un suivi cardiologique et d'une recherche de causes d'" algies " et " asthénies " diffuses. La requérante communique au soutien de son recours deux certificats médicaux de 2021, un compte-rendu de consultation du 20 janvier 2022 ainsi qu'un certificat médical établi en 2023 mentionnant que l'intéressée nécessitait des soins, sans pour autant préciser lesquels. Dans ces conditions, s'il n'est pas contesté que l'état de santé de Mme E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, la requérante ne soutient ni ne démontre qu'elle ne pourrait bénéficier d'un traitement et d'un suivi médical approprié en Albanie ainsi que l'a estimé le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans son avis du 19 avril 2023. Enfin, les éléments généraux dont elle se prévaut, relatifs aux carences des systèmes de santé et de sécurité sociale albanais, ne sauraient suffire à démontrer que Mme E ne serait pas en mesure d'accéder personnellement à des soins. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par la décision de refus de titre de séjour des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées doit être écarté.

5. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point précédent, Mme E n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à son égard une obligation de quitter le territoire français.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Mme E déclare être entrée en France en juillet 2018, accompagnée de son époux et de ses deux filles et démontre sa présence continue sur le territoire français depuis l'année 2019, un troisième enfant du couple étant en outre né à Marseille le 6 mai 2019. Toutefois, son conjoint de même nationalité qu'elle se trouve également en situation irrégulière sur le territoire français, et la requérante ne démontre pas d'obstacle à ce que la vie de la cellule familiale se reconstitue en Albanie avec les enfants du couple âgés, à la date de l'arrêté contesté, de neuf ans, sept ans et quatre ans, alors même que ceux-ci sont scolarisés en France respectivement en classe de CM1, CE1 et moyenne section de maternelle. Par ailleurs, la requérante ne justifie pas être dénuée d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et son frère et où elle a vécu, pour le moins, jusqu'à l'âge de 29 ans. Si Mme E se prévaut enfin d'une promesse d'embauche, celle-ci est en toute hypothèse postérieure à la date de l'arrêté attaqué, et la seule circonstance qu'elle ait effectué des formations et participé à des activités culturelles ne justifie pas d'une insertion socio-professionnelle particulière en France. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante une atteinte disproportionnée ni méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour. La requérante n'est pas plus fondée à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté du 22 juin 2023 sur sa situation personnelle.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

9. Eu égard aux éléments rappelés au point 7, caractérisant sa situation personnelle et familiale et la durée établie de son séjour en France, Mme E ne démontre pas que des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires imposaient au préfet des Bouches-du-Rhône, à la date de l'arrêté en litige, de l'admettre au séjour en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Mme E fait valoir que ses enfants, A, D et B E, sont mineurs et scolarisés en France, ainsi qu'il a été dit au point 7. Toutefois, l'exécution de l'arrêté attaqué n'a ni pour objet ni pour effet de séparer ces enfants de leurs parents et il n'est ni démontré ni même soutenu qu'ils ne pourraient poursuivre une scolarité en Albanie, pays dont tous les membres de la famille ont la nationalité. La requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français du 22 juin 2023 méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application au profit de son conseil des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à Me Marlène Youchenko et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

E. FabreLa présidente-rapporteure,

signé

M-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2309147

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