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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2312025

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2312025

lundi 5 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2312025
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGONAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrée le 19 décembre 2023 et le 25 janvier 2024, M. C B, représenté par Me Gonand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, et a fixé le pays de la mesure d'éloignement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence, et révèle un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et l'article 6 alinéa 1-5 de l'accord franco-algérien ;

- les soupçons de détention et usage de faux documents sont infondés ; il s'est d'ailleurs rendu volontairement à une audition libre, après convocation par les services de police ;

- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire est entachée d'erreur de fait, et révèle un défaut d'examen particulier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Gonand, représentant M. B, et qui insiste à la barre sur le parcours scolaire et universitaire brillant de M. B, sur sa présence en France depuis plus de 4 ans, sur la présence en France de l'ensemble de sa famille, et sur son arrivée en France en qualité de jeune mineur,

- le préfet n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, demande l'annulation de l'arrêté du 18 décembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, et a fixé le pays de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est arrivé mineur en France, à l'âge de 15 ans, le 24 août 2019 de façon régulière. Le requérant établit par les pièces versées au dossier, et composées de certificats de scolarité et de bulletin de notes qu'il s'est maintenu sur le territoire français sans interruption depuis cette date. Par ailleurs, les notes obtenues et les appréciations de ses professeurs témoignent du sérieux de son investissement scolaire et universitaire, qui l'a amené à obtenir son baccalauréat mention bien, et à réussir sa première année de médecine, dans les 500 premiers de sa promotion. Si le préfet fait valoir qu'il est défavorablement connu des services de police, il ressort des procès-verbaux d'audition du 18 décembre 2023 que l'intéressé, qui a obtempéré spontanément à la convocation adressée par les services de police, n'était pas informé de la modification des récépissés délivrés par la préfecture opérée par son frère. A cet égard, M. B est d'ailleurs ressorti libre de ces auditions, et aucune poursuite pénale n'a été engagée à son encontre, de sorte que le préfet des Bouches-du-Rhône n'est pas fondé à soutenir que le requérant n'aurait pas respecté les lois de la République. Enfin, il ressort du bail de location produit par l'intéressé qu'il réside avec son frère chez ses parents, qui sont installés en France, et que par ailleurs il a présenté deux demandes de certificats de résidence depuis sa majorité, et qu'il a ainsi cherché à régulariser sa situation alors même que le préfet se prévaut dans ses écritures de la circonstance que la famille nucléaire de M. B est installée en Algérie, et qu'il ne s'est jamais manifesté en préfecture pour obtenir un titre de séjour. Au regard de la durée de séjour ininterrompu sur le territoire français, 4 ans et 4 mois à la date d'édiction de la décision attaquée, des efforts d'intégration de M. B caractérisés par un parcours scolaire et universitaire brillant, et un engagement dans la vie associative auprès de l'association didac'ressources, M. B est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire porte au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris, et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale, en dépit de la confirmation d'une précédente obligation de quitter le territoire français daté du 22 juin 2022 par le tribunal administratif de Marseille, dès lors notamment que cette dernière ne pouvait tenir compte, par construction, de la réussite actuelle de M. B en faculté de médecine.

4. Il résulte de tout ce qui vient d'être dit que l'arrêté du 18 décembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, et a fixé le pays de la mesure d'éloignement doit être annulé, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'ensemble des moyens soulevés dans la requête.

Sur les conclusions accessoires :

5. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi 10 juillet 1991, sous réserve que le conseil de M. B renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

DECIDE :

Article 1er : l'arrêté du 18 décembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, et a fixé le pays de la mesure d'éloignement est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à Me Gonand la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Gonand et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2024.

La magistrate désignée

Signé

S. A La greffière,

Signé

S. Boislard

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

N°2312025

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