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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2400793

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2400793

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2400793
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCAGNOL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 janvier et 13 février 2024, M. C A, représenté par Me Ayoun demande au juge des référés :

1°) de mettre fin, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, aux mesures de suspension de l'article 1er de l'ordonnance n° 2311229 du juge des référés en date du 15 janvier 2024 ;

2°) de mettre à la charge du syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis 38 bis rue Michel Gachet la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il est bénéficiaire d'un permis de construire modificatif délivré le 25 janvier 2024 qui solutionne tous les points soulevés par le syndicat des copropriétaires, voisins du projet et a justifié la suspension de l'exécution du permis de construire initial, notamment la suppression de la construction annexe et l'exigence d'une pente de 2 % tournée vers l'extérieur pour les terrasses.

Par un mémoire, enregistré le 12 février 2024, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis 38 bis rue Michel Gachet, représenté par Me Cagnol, conclut :

- au rejet de la demande du pétitionnaire tendant à ce qu'il soit mis fin à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 2 février 2023 ;

- à la mise à la charge du requérant de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le demande de levée de la suspension doit être rejetée au regard de l'illégalité du permis de construire modificatif ;

S'agissant des moyens écartés par le juge des référés :

- il y a lieu de reprendre le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme, en ce qu'il n'a pas été procédé à la consultation des services de la métropole alors que l'augmentation du nombre de véhicules abrité par le nouveau garage constitue une modification de l'usage de cet accès ;

- il y a lieu de reprendre le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme en ce que le projet comporte des débords sur le domaine public qui n'ont pas été autorisés de manière expresse par le gestionnaire de la voie ;

S'agissant des vices propres entachant le permis de construire modificatif :

- la décision méconnaît l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme dans les mêmes termes que pour le permis de construire initial ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme dans les mêmes termes que pour le permis de construire initial ;

- elle méconnaît l'article UB 11 du plan local d'urbanisme intercommunal car sur les deux places de stationnement requises, l'une d'elles est une place commandée.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 février 2024, la commune de Marseille conclut à ce qu'il soit mis fin aux mesures de suspension ordonnées le 15 janvier 2024.

Elle soutient que :

- les moyens écartés par l'ordonnance n° 2311229 du 15 janvier 2024 ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité du permis de construire initial, qu'il s'agisse de la méconnaissance de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme, de l'article R. 431-13 du même code ;

- aucun des moyens soulevés à l'encontre du permis de construire modificatif n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision, qu'il s'agisse de la méconnaissance de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme, du vice allégué de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de la méconnaissance de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme ou de la méconnaissance de l'article UB 11 du plan local d'urbanisme intercommunal.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la requête en annulation enregistré sous le n° 2306559 ;

- l'ordonnance n° 2311229 du juge des référés du tribunal administratif de Marseille en date du 15 janvier 2024.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du Tribunal a désigné Mme Hogedez, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique du 13 février 2024 à 11 heures, qui s'est tenue en présence de M. Brémond, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Hogedez ;

- les observations de Me Ayoun pour M. A, qui renouvèle ses conclusions par les mêmes moyens ;

- celles de M. B, pour la commune de Marseille ;

- et celles de Me Cagnol, pour le syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis 38 bis rue Michel Gachet, qui renouvèle ses observations mais déclare renoncer au moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 423-53 du code de l'urbanisme et au moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par ordonnance susvisée n° 2311229 du 15 janvier 2024, le juge des référés a prononcé la suspension de l'exécution des effets de l'arrêté du 2 février 2023 accordant un permis de construire à M. A, sur un terrain situé 38 rue Michel Gachet, à Marseille, après avoir relevé que les moyens tirés du non-respect de l'article 3.8 des dispositions générales du règlement du PLUi du territoire Marseille Provence, portant sur la pente minimale que doit présenter une toiture terrasse, et de l'article UB4 d) de ce même règlement, en ce qu'il limite à 5 m2 l'emprise au sol des constructions annexes, étaient de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de cet arrêté. Par la présente requête fondée sur l'article L. 521-4 du code de justice administrative, M. A demande qu'il soit mis fin à cette suspension en se prévalant de la délivrance, le 25 janvier 2024, d'un arrêté de permis de construire modificatif couvrant les vices relevés par le juge des référés.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".

3. D'une part, eu égard à la nature et à l'objet de la procédure particulière instituée par l'article L. 521 4 du code de justice administrative qui lui permet de réexaminer, au vu d'un élément nouveau, les mesures provisoires précédemment ordonnées, il appartient au juge des référés, s'il en est de nouveau saisi expressément par le requérant initial devenu défendeur dans le cadre de cette instance, de répondre aux moyens que ce dernier avait soulevés contre la décision dont l'exécution a été suspendue sur le fondement de l'article L. 521-1 du même code mais qui avaient été écartés comme n'étant pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité du permis de construire initial. A ce titre, il peut se prononcer sur ces moyens par référence à sa première ordonnance ainsi motivée sans entacher sa seconde décision d'insuffisance de motivation.

4. D'autre part, lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises.

5. Il résulte de l'instruction que par un arrêté du 25 janvier 2024, le maire de la commune de Marseille a délivré à M. A un permis de construire modificatif ayant pour objet de régulariser le permis de construire initial dont l'exécution a été suspendue pour deux motifs rappelés au point 1 de la présente ordonnance. Pour s'opposer à la levée de la suspension de l'exécution de ce permis, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis 38 bis rue Michel Gachet soutient, dans le dernier état de ses observations avant clôture, y compris celles formulées à l'audience, qu'il y a lieu de reprendre, s'agissant du permis de construire initial, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme en ce que le projet comporte des débords sur le domaine public qui n'ont pas été autorisés de manière expresse par le gestionnaire de la voie et que, s'agissant des vices propres entachant le permis de construire modificatif, celui-ci méconnaît l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme dans les mêmes termes que pour le permis de construire initial, ainsi que l'article UB 11 du plan local d'urbanisme intercommunal car sur les deux places de stationnement requises, l'une d'elles serait une place commandée.

6. En l'état de l'instruction, seul le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme dirigé tant à l'encontre du permis de construire initial que du permis de construire modificatif, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité des deux décisions, compte tenu de ce que l'existence du débord sur le domaine public n'est pas contestée, que le dossier de demande de permis ne comporte pas, en l'état des pièces versées à l'appui des écritures, de pièce exprimant l'accord de l'autorité gestionnaire de la voie publique, en l'occurrence la métropole Aix-Marseille-Provence, pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public, accord auquel ne saurait se substituer celui de l'autorité en charge de la police de la circulation et que les dispositions générales du plan local d'urbanisme intercommunal du territoire Marseille-Provence, auxquelles renvoie le règlement de voirie de la Métropole Aix-Marseille-Provence, se borne à admettre le principe de saillies en surplomb du domaine public, sans que ce principe puisse à lui seule valoir autorisation, même implicite.

7. Il résulte de ce qui précède que l'élément nouveau que constitue la délivrance du permis de construire modificatif n'est pas, en l'espèce et compte tenu du vice relevé au point précédent, de nature à justifier qu'il soit mis fin à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 2 février 2023 ordonnée le 15 janvier 2024 par l'ordonnance n° 2311229.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Le syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis 38 bis rue Michel Gachet n'étant pas partie perdante à l'instance, les conclusions présentées par M. A sur le fondement de ces dispositions doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le syndicat précité sur le fondement de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis 38 bis rue Michel Gachet sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, au syndicat des copropriétaires de l'immeuble sis 38 bis rue Michel Gachet et à la commune de Marseille.

Fait à Marseille, le 22 février 2024.

La présidente de la 2ème chambre,

juge des référés,

signé

I. Hogedez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Le greffier

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