jeudi 29 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2401821 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | FEBBRARO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 février 2024, Mme C B, représentée par Me Febbraro, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 février 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé sa demande d'entrée sur le territoire et décidé de son réacheminement vers la Turquie ou tout pays où elle serait légalement admissible ;
2°) d'annuler la décision du 20 février 2024 par laquelle le chef du service de la police nationale chargé du contrôle aux frontières l'a placée en zone d'attente ;
3°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le signataire de la décision du 21 février 2024 ne justifie pas de sa compétence ;
- la décision de refus d'entrée attaquée est entachée d'illégalité dès lors que d'origine kurde, elle craint des persécutions de la part de sa famille, en raison de son appartenance au groupe social des femmes s'étant soustraites à un mariage imposé ;
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision de placement en zone d'attente ;
- par exception, l'illégalité de la décision de refus d'entrée sur le territoire français entraîne l'illégalité de la décision de placement en zone d'attente.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Gaspard-Truc pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience :
- le rapport de Mme Gaspard-Truc, magistrate désignée,
- les observations de Me Akar substituant Me Frebbraro, représentant Mme B.
Le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré présentée pour Mme B a été enregistrée le 27 février 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissante turque d'origine kurde, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision du 7 novembre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé son entrée en France au titre de l'asile, et décidé de son réacheminement vers la Turquie ou tout pays où elle serait légalement admissible.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article L.341-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui arrive en France par la voie ferroviaire, maritime ou aérienne et qui n'est pas autorisé à entrer sur le territoire français peut être placé dans une zone d'attente située dans une gare ferroviaire ouverte au trafic international figurant sur une liste définie par voie réglementaire, dans un port ou à proximité du lieu de débarquement ou dans un aéroport, pendant le temps strictement nécessaire à son départ ". Aux termes de l'article L.341-2 du même code : " Le placement en zone d'attente est prononcé pour une durée qui ne peut excéder quatre jours par une décision écrite et motivée d'un agent relevant d'une catégorie fixée par voie réglementaire ". Aux termes de l'article L.342-1 du même code : " Le maintien en zone d'attente au-delà de quatre jours à compter de la décision de placement initiale peut être autorisé, par le juge des libertés et de la détention statuant sur l'exercice effectif des droits reconnus à l'étranger, pour une durée qui ne peut être supérieure à huit jours ".
3. Il résulte des articles L. 341-1, L. 341-2 et L. 342-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le placement en zone d'attente, décidé pour quatre jours par l'autorité administrative, peut être prolongé au-delà de cette durée, par le juge des libertés et de la détention, pour une durée qui ne saurait excéder huit jours. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que par une ordonnance du 24 février 2024, le juge des libertés et de la détention a mis fin au placement en zone d'attente de Mme B. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de la décision administrative du 20 février 2024 contestée par l'intéressée la plaçant en zone d'attente sont devenues sans objet. Il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur ces conclusions.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
4. L'arrêté litigieux a été signé par M. A D de E, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui a reçu par un arrêté n°13-2023-10-06-00006 du 6 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 13-2023-248 du même jour, délégation à l'effet de signer les décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves ".
6. Il résulte des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le ministre de l'intérieur peut refuser à un étranger l'entrée sur le territoire national en raison du caractère manifestement infondé de sa demande d'asile présentée aux frontières lorsque les déclarations de celui-ci, et les documents qu'il produit à leur appui, du fait notamment de leur caractère incohérent, inconsistant ou trop général, sont manifestement dépourvus de crédibilité et font apparaître comme manifestement dénuées de fondement les craintes de persécutions ou d'atteintes graves alléguées par l'intéressé au titre de l'article 1er A (2) de la convention de Genève relative au statut des réfugiés ou de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à la protection subsidiaire.
7. Il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu de l'entretien avec l'officier de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) que Mme B absente à l'audience, soutient qu'elle craint d'être exposée, en cas de retour dans son pays d'origine, à des persécutions, du fait de sa famille, en raison de son appartenance au groupe social des femmes s'étant soustraites à un mariage forcé. Elle fait valoir qu'elle vivait avec sa famille au village de Karaçoban où son père, après lui avoir annoncé une première fois des fiançailles avec un homme qu'elle n'avait pas choisi, l'a ensuite contrainte de se fiancer avec un autre homme beaucoup plus âgé qu'elle, puis de se marier avec lui. Le mariage étant programmé en août 2023, elle est partie à Istanbul le 1er septembre suivant où elle a préparé son exil aidée d'une amie. Elle a quitté la Turquie le 20 février 2024.
8. Toutefois, lors de son entretien avec l'Ofpra, Mme B s'est montrée particulièrement confuse et approximative sur la chronologie des événements. Ayant indiqué que son père l'avait fiancée par deux fois respectivement un an et 6 ou 7 mois avant son arrivée en France le 20 février 2024, elle a ensuite déclaré que l'annonce de ses secondes fiançailles était intervenue en avril ou mai 2023. Ses déclarations sont en outre apparues impersonnelles et peu concrètes s'agissant de son environnement familial et social où la pratique des mariages forcés serait la norme. A cet effet, si elle a soutenu devant l'office le 21 février 2024 n'avoir pu suivre des études du fait du milieu traditionnaliste de sa famille, il ressort du procès-verbal d'audition par les services de police du 20 février 2024 qu'elle a déclaré être étudiante. Mme B est également restée très évasive sur le projet de mariage imposé par son père. En particulier, elle n'a pas été en mesure de détailler l'identité de l'homme qu'elle était supposée épouser alors qu'elle a soutenu l'avoir rencontré à plusieurs reprises. Elle n'a pas davantage su indiquer la tribu dont il serait issu alors que cet élément serait la raison principale du choix de son père en faveur de celui-ci. Elle s'est montrée par ailleurs peu précise sur les circonstances dans lesquelles elle se serait soustraite au mariage programmé le 2 août 2023 et la manière dont elle aurait convaincu son père de le repousser jusqu'au 25 août suivant. Ses propos se sont également révélés confus et imprécis s'agissant de sa fuite du domicile familial le 1er septembre 2023, l'intéressée ayant déclaré contradictoirement lors de son entretien avec l'OFPRA avoir fui le domicile vers 17h00 pendant que son père était chez sa maitresse pour affirmer ensuite que sa mère et ses frères et sœurs ne l'avaient pas vu sortir de la maison car il était très tôt le matin et qu'ils dormaient encore. Enfin, elle n'a fait état d'aucune précaution particulière prise afin de se prévenir des représailles de sa famille une fois arrivée à Istanbul, se bornant à indiquer que son amie chez qui elle était hébergée était inconnue de ses proches alors qu'elle a déclaré avoir grandi avec elle dans son village durant 15 ans, ce qui apparaît peu crédible au regard de la menace que représentait selon Mme B son père. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a pu, sans méconnaître les dispositions des articles L. 351-1 et L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, considérer que la demande d'asile de l'intéressée devait être regardée comme manifestement dépourvue de crédibilité et, par conséquent, refuser l'entrée en France de Mme B au titre de l'asile. Le moyen tiré de l'erreur de qualification juridique des faits doit donc être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demande l'annulation de la décision du 21 février 2024 qu'elle conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 février 2024.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 février 2024.
La magistrate désignée,
Signé
F. Gaspard-TrucLa greffière,
Signé
S. Boislard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026