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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2403234

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2403234

lundi 15 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2403234
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantQUINSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 avril 2024, M. C B, représenté par Me Quinson, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône de lui octroyer une prise en charge en qualité de jeune majeur devant notamment comporter un hébergement adapté à sa situation, un soutien financier, un suivi et accompagnement socio-éducatif, un soutien dans son orientation professionnelle en milieu adapté et protégé, un soutien dans les démarches administratives, notamment auprès de la préfecture des Bouches-du-Rhône, et la mise en place d'un projet d'accès à l'autonomie ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à ladite présidente de procéder à un nouvel examen de sa demande de renouvellement de contrat jeune majeur dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous peine d'astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l'attente, d'assurer son hébergement dans un logement adapté ;

4°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que sa prise en charge en qualité de jeune majeure a été interrompue et qu'il se retrouve dépourvu de ressources suffisantes, de soutien familial et sans solution de logement adapté ;

- la présidente du conseil général des Bouches-du-Rhône, qui est tenue de lui accorder une " protection jeune majeur " sur le fondement de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance durant sa minorité et qu'il ne bénéficie pas de ressources ou d'un soutien familial suffisant, porte en s'abstenant de renouveler sa prise en charge une atteinte à son droit à un hébergement décent, à son droit de ne pas être soumis à un traitement inhumain et dégradant, à sa liberté d'aller et venir et à son droit à l'instruction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, le département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- il n'a commis aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Simon, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 avril 2024 à 14 heures en présence de Mme Ben Hammouda, greffière d'audience :

- les observations de Me Quinson, pour M. B, qui a renouvelé en les précisant les moyens de la requête et de M. B ;

- et celles de Mme A pour le département des Bouches-du-Rhône qui a repris ses observations en défense.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 29 septembre 2003, a été confié au département des Bouches-du-Rhône par jugement en assistance éducative du 28 janvier 2020 jusqu'à sa majorité et a ensuite bénéficié, sur le fondement de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, de contrats dits " jeune majeur " successifs, le terme du dernier étant fixé au 31 décembre 2023, étant alors pris en charge par le collectif Soliha MNA. Par courrier du 19 février 2024, le directeur de cet organisme l'a informé de la fin de sa prise en charge par son service à compter du 29 suivant et l'a invité à se rapprocher de son éducatrice référente afin d'organiser la sortie de son logement à ladite date, notamment en en rendant les clefs. Par courriel du 21 février 2024, M. B a, par l'intermédiaire de son conseil, adressé une demande de renouvellement de son contrat " jeune majeur ". Par la présente requête, l'intéressé demande au juge des référés d'enjoindre à la présidente du conseil général des Bouches-du-Rhône de renouveler sa prise en charge sur le fondement de l'article L. 222-5 précité.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

3. L'intervention du juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de la mesure contestée sur la situation de ce dernier sont de nature à caractériser une urgence justifiant son intervention à si bref délai.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-2 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes de nationalité étrangère bénéficient dans les conditions propres à chacune de ces prestations : 1° Des prestations d'aide sociale à l'enfance ; () Elles bénéficient des autres formes d'aide sociale, à condition qu'elles justifient d'un titre exigé des personnes de nationalité étrangère pour séjourner régulièrement en France () ". Et aux termes de l'article L. 222-5du même code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article () ".

5. Il résulte des dispositions précitées que les jeunes majeurs de moins de vingt-et-un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.

6. Une carence caractérisée dans l'accomplissement par le président du conseil départemental des missions fixées par les dispositions rappelées aux points précédents, notamment dans les modalités de prise en charge des besoins du mineur ou du jeune majeur relevant de l'aide sociale à l'enfance, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour l'intéressé, est de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

7. Toutefois, la condition d'urgence doit tenir compte de ce que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette pas d'invoquer utilement -ni sérieusement- la notion d'urgence. Il en est notamment ainsi lorsque la situation d'urgence découle directement de la négligence ou de la carence du requérant, ou de tout autre acte positif qui lui est directement imputable.

8. A l'appui de sa demande, M. B fait valoir que l'interruption brutale de sa prise en charge, qui ne lui a jamais été notifiée par le département lui-même et cela même après sa demande de renouvellement du 21 février 2024, le place, dès lors qu'il est dépourvu de tout soutien familial et ne bénéfice d'aucune ressource ni solution d'hébergement et d'accompagnement éducatif autres que celles résultant de sa prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance, dans une situation de grande précarité, d'autant qu'il a été procédé le 2 avril 2024 au changement des serrures de son lieu d'hébergement en son absence. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'intéressé, qui a illégalement repris le jour même possession de ce logement, n'a sollicité le renouvellement de son contrat " jeune majeur " que, comme il a été dit précédemment, le 21 février 2024, soit près de 2 mois après son terme qu'il ne pouvait ignorer ayant signer ledit contrat qui mentionnait expressément la date du 31 décembre 2024. Par ailleurs, il n'établit pas avoir été, comme il l'a soutenu à la barre, découragé par ses éducateurs dans sa volonté de saisir par courrier l'inspecteur enfance-famille en charge de son dossier alors, au surplus, qu'il résulte de l'instruction que lesdits éducateurs ont dès le 16 janvier 2024 rédigé une note d'information indiquant qu'ils ne parvenaient pas à le rencontrer pour l'aider à formaliser sa demande de renouvellement de contrat " jeune majeur ". Dans ces conditions, la situation d'urgence que le requérant invoque en l'imputant au département découle de sa propre négligence et ne lui permet pas, par suite, d'invoquer utilement devant le juge des référés la condition d'extrême urgence posée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

9. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1911, sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au département des Bouches-du-Rhône et à Me Quinson.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal administratif de Marseille.

Fait à Marseille, le 15 avril 2024.

La juge des référés

Signé

F. Simon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

4

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