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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2405320

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2405320

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2405320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBAZIN-CLAUZADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 mai et 23 juin 2024, Mme B A représentée par Me Bazin-Clauzade, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a fixé le pays de destination de cette mesure ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour pour motif vie privée et familiale, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 200 euros toutes taxes comprises à verser à son conseil, qui s'engage, dans ce cas, à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- l'arrêté en litige a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que la requérante soutient qu'elle était victime de violences conjugales et qu'elle craint pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine ;

S'agissant du refus d'un délai de départ volontaire :

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'interdiction de retour et inscription au fichier SIS :

- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et présente un caractère disproportionné eu égard à sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le préfet des

Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Houvet pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de Mme Houvet ;

- les observations de Me Bazin-Clauzade, pour Mme A qui était présente. Me Bazin-Clauzade ajoute un moyen à l'audience tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 521-1 et R. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison des violences subies par la requérante de la part de son ancien époux.

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, née le 16 octobre 1986 à Al Hoceima, de nationalité marocaine, demande l'annulation de l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a fixé le pays de destination de cette mesure.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de la requérante à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, (). Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée en France en 2019 avec un visa Schengen. La requérante justifie d'efforts d'insertion en produisant ses bulletins de salaire depuis le 13 octobre 2021 comme employée polyvalente/ cuisinière et une attestation de son employeur reconnaissant ses qualités professionnelles. Les bulletins scolaires et attestations de la directrice de l'école démontrent que ses filles, nées en 2014 et 2016, sont scolarisées depuis le 28 novembre 2019 et ont de très bons résultats scolaires. Elle justifie avoir divorcé de son époux marocain en 2022 et en étant représentée par un mandataire. La requérante dispose d'un bail à son nom depuis juillet 2022, étant auparavant hébergée chez sa sœur et son mari tous les deux de nationalité française. Elle joint de nombreuses attestations d'amis, connaissances et clients. Compte tenu de ces éléments, la requérante justifie avoir transféré le centre de ses intérêts légitimes en France où elle réside depuis cinq ans. Dès lors, le préfet des Bouches-du-Rhône ne pouvait, en application des articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, édicter à son encontre une obligation de quitter le territoire français, sans méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle et familiale.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que la requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

7. L'exécution du présent jugement, compte tenu de son motif d'annulation et des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, implique seulement qu'il soit enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône, de délivrer à la requérante une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois.

Sur les conclusions présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. La requérante a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Bazin-Clauzade, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bazin-Clauzade de la somme de 1 000 euros.

DECIDE :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 28 mai 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, à un nouvel examen de la situation de Mme A et de lui délivrer sans délai, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Bazin-Clauzade renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Bazin-Clauzade, avocate de Mme A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Emmanuelle Bazin-Clauzade et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A. Houvet La greffière,

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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