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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2405767

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2405767

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2405767
TypeDécision
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGONAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juin 2024, Mme C A, représentée par Me Gonand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2023 par lequel le préfet de la Loire a procédé au retrait de son certificat de résidence algérien, remis le 19 juillet 2017, valable du 22 juin 2017 au 21 juin 2027 et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui restituer le certificat de résidence algérien retiré illégalement ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'erreur de droit ; en se fondant sur les dispositions des articles L. 423-5 et R. 432-4 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire a méconnu le champ d'application de la loi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lopa Dufrénot,

- et les conclusions de M. Boidé, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 28 juillet 1987, a épousé en Algérie, le 15 février 2015, M. B D, ressortissant français. Ce mariage ayant été transcrit sur les registres de l'état-civil français Mme A épouse D, entrée en France le 25 juillet 2016, s'est vue délivrer, le 19 juillet 2017, un certificat de résidence de dix ans, valable du 22 juin 2017 au 21 juin 2027, sur le fondement des stipulations de l'article 7 bis, a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. A la suite de plusieurs différends survenus entre les époux, les 8 décembre 2018, 27 février 2019 et 11 septembre 2020, Mme A a décidé d'engager une procédure de divorce, lequel a été prononcé le 20 novembre 2020. Dans le cadre d'un contrôle destiné à vérifier le maintien des conditions de délivrance du certificat de résidence algérien, le préfet de la Loire a convoqué Mme A à la préfecture de la Loire à deux reprises, le 13 février et le 20 mars 2023, convocations dont la requérante n'a pas eu connaissance et auxquelles elle ne s'est pas présentée puisqu'elle avait emménagé dans le département des Bouches-du-Rhône. Par suite, par l'arrêté du 8 juin 2023, le préfet de la Loire d'une part doit être regardé comme ayant procédé à l'abrogation ducertificat de résidence de Mme A, d'une durée de dix ans portant la mention " vie privée et familiale ", et d'autre part l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Mme A demande l'annulation de cet arrêté préfectoral.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, selon les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissement, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux. ". Et aux termes de l'article 7 bis du même accord : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a) () : / a) au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 () 2) et au dernier alinéa de ce même article ; () ".

3. Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. En l'absence de stipulations expresses sur ce point prévues par cet accord, l'autorité préfectorale peut légalement faire usage du pouvoir général qu'elle détient, même en l'absence de texte, pour retirer une décision individuelle créatrice de droits obtenue par fraude.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. () ". Et selon les termes de l'article R. 432-4 du même code : " Sans préjudice des dispositions des articles R. 421-41, R. 422-7, R. 423-2 et R. 426-1, le titre de séjour peut être retiré dans les cas suivants : / () 7° L'étranger titulaire du titre de séjour fait obstacle aux contrôles nécessaires à la vérification du maintien des conditions de délivrance de son titre de séjour ou ne défère pas aux convocations ; () ".

5. Pour prononcer l'abrogation du certificat de résidence d'une durée de dix ans portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 22 juin 2017 au 21 juin 2027, délivré à Mme A le 19 juillet 2017, le préfet de la Loire, faisant usage des dispositions des articles L. 432-5 et R. 432-4, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressée ne s'était pas présentée aux convocations des 13 février et 20 mars 2023, qui lui avaient été adressées par courriers des 31 janvier et 9 mars 2023. Toutefois, il résulte de ce qui a été exposé au point 3, que ces dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives au retrait des titres de séjour en cas d'obstacle aux contrôles nécessaires à la vérification du maintien de leurs conditions de délivrance ou de non-présentation aux convocations, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est régie de manière complète par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par suite en prononçant l'abrogation du certificat de résidence de Mme A sur le fondement des dispositions des articles L. 432-5 et R. 432-4, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire a méconnu le champ d'application de la loi.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 8 juin 2023 par laquelle le préfet de la Loire a procédé à l'abrogation de son certificat de résidence d'une durée de dix ans portant la mention " vie privée et familiale ", ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision du même jour par laquelle l'autorité préfectorale l'a obligée à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Il résulte de l'instruction qu'à la date du présent jugement, Mme A réside dans les Bouches-du-Rhône, sur le territoire de la commune de Marignane. Le présent jugement, eu égard aux motifs qui en constituent le fondement, implique seulement que le préfet de la Loire ou tout préfet territorialement compétent procède au réexamen de la situation de la requérante, à charge pour ce dernier de transmettre au préfet des Bouches-du-Rhône l'entier dossier de l'intéressée. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la Loire ou tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.

8. En revanche, le présent jugement n'implique pas la restitution du certificat de résidence algérien de Mme A ;

Sur les frais non compris dans les dépens :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 juin 2023 par lequel le préfet de la Loire a abrogé le certificat de résidence d'une durée de dix ans portant la mention " vie privée et familiale " de Mme A, valable du 22 juin 2017 au 21 juin 2027, et l'a obligée à quitter le territoire français, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de la Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistées de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

M. LOPA DUFRENOT L'assesseure la plus ancienne,

signé

A. NIQUET

Le greffier,

signé

P. GIRAUD

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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