jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2405973 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | ZERROUKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 juin 2024, M. B C, représenté par Me Zerrouki, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de dix jours dans les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de dix jours dans les mêmes conditions d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'auteur de l'acte ne justifie pas de sa compétence en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa demande ;
- le préfet a commis une erreur de fait en estimant que son salaire était inférieur au salaire minimum interprofessionnel de croissance alors qu'il perçoit un salaire mensuel brut de 1 890,02 euros ;
- le préfet a également commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation professionnelle en France dès lors qu'il démontre que son insertion professionnelle et sa présence en France constituent un motif exceptionnel de régularisation de sa situation administrative ;
- compte tenu de ses éléments, le préfet a également commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que l'arrêté emporte sur sa situation personnelle ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination sont illégales par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant rejet de sa demande de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la convention collective nationale des hôtels, cafés, restaurants du 30 avril 1997 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Gonneau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 30 juin 2023. Par un arrêté du 12 décembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C demande au tribunal l'annulation de l'arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'arrêté attaqué du 12 décembre 2023 a été signé par M. A D, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait d'une délégation, accordée par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 6 octobre 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, à l'effet de signer notamment les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.
3. Aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail applicable à la date de l'arrêté : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : () 4° La rémunération proposée est conforme aux dispositions du présent code sur le salaire minimum de croissance ou à la rémunération minimale prévue par la convention collective applicable à l'employeur ou l'entreprise d'accueil () ".
4. Il ressort des stipulations du contrat de travail de M. C, signé le 1er décembre 2022, ainsi que des deux demandes d'autorisation de travail que son employeur a présenté, qu'il percevait une rémunération mensuelle brute s'élevant à 1 890,02 euros pour une durée hebdomadaire de travail de trente-neuf heures. Son contrat de travail précise que sa rémunération est composée d'une part, d'un salaire de base de 1 678,99 euros pour " 151,67 heures de travail au taux horaire brut de 11,07 euros " et d'autre part, de 211,03 euros représentant " 17,33 heures de travail majorées de 10 % au taux horaire brut de 12,177 euros ". Or, à la date de la décision attaquée, le salaire minimum interprofessionnel de croissance mensuel brut pour un emploi à temps complet de 151,67 heures s'élevait à 1 747,20 euros et non pas à 1 678,99 euros. En outre, la rémunération horaire brute proposée par l'employeur est inférieure au minimum conventionnel pour l'emploi qu'occupe le requérant aux niveau 1 et échelon 1 tel que prévu par l'avenant n° 31 du 1er juin 2023 à la convention collective nationale des hôtels, cafés, restaurants du 30 avril 1997 qui s'élève à 11,72 euros. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de fait en reprenant les termes de l'avis défavorable de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère du 6 octobre 2023, qui estimait que le salaire indiqué sur la demande d'autorisation de travail était inférieur au salaire minimum interprofessionnel de croissance, doit être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ". Dans la mesure où l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoit la délivrance de titres de séjour pour l'exercice d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un tel titre ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant d'un point traité par l'accord bilatéral franco-tunisien. Toutefois, ces stipulations n'interdisent pas au préfet de régulariser un ressortissant tunisien qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
6. Si M. C justifie résider en France depuis son entrée sur le territoire le 5 avril 2019 sous couvert d'un visa " jeune professionnel " et démontre exercer une activité professionnelle depuis plus de quatre ans, il ressort des pièces du dossier qu'il ne travaille à temps complet que depuis le mois d'août 2020 et qu'il n'exerce les fonctions de commis de cuisine, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, que depuis le mois de décembre 2022, soit une année à la date de l'arrêté, alors qu'auparavant il exerçait les fonctions de plongeur dans le cadre de contrats à durée déterminée à temps partiel jusqu'au mois d'août 2020. Ces circonstances ne révèlent pas des motifs exceptionnels ou des circonstances humanitaires. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des termes de l'arrêté ni des pièces du dossier que l'administration n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa demande.
7. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, M. C, âgé de trente et un ans, a résidé sur le territoire durant plus de quatre ans et y a exercé une activité professionnelle durant plusieurs années. À supposer que le requérant ait ainsi établi sur le territoire national le centre de ses intérêts économiques, il ne ressort pas des pièces du dossier que le centre de ses intérêts personnels et familiaux se situerait en France, pays dans lequel il ne fait état d'aucun lien familial, ayant résidé jusqu'à l'âge de vingt-huit ans en Tunisie. Par conséquent, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la vie personnelle de l'intéressé.
8. Il résulte des points précédents que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant rejet de la demande de titre de séjour ne peut qu'être écarté.
9. Il résulte de ce tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Devictor, première conseillère,
Mme Delzangles, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
É. DevictorLe président-rapporteur,
Signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef ;
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026