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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2405984

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2405984

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2405984
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantROBIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juin 2024, M. B C, représenté par Me Robin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Me Robin au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'auteur de l'arrêté est incompétent, à défaut de production d'une délégation de signature du préfet ;

- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ainsi que celle de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'a pas procédé à un examen particulier de sa demande ;

- en rejetant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas exercé son pouvoir de régularisation ;

- le préfet a également commis une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ainsi que celles de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté est également entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que la décision emporte sur sa vie privée et familiale ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour est disproportionnée au regard de son insertion socio-professionnelle en France et de ses attaches sur le territoire.

Par des mémoires en défenses, enregistrés les 18 et 19 juillet 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gonneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, a sollicité le 7 septembre 2023 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 6 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de l'Algérie et a interdit son retour sur le territoire pour une durée de deux ans. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué du 6 février 2024 a été signé par M. A D, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait d'une délégation, accordée par arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 6 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

4. L'arrêté contesté comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il mentionne notamment les dispositions pertinentes de l'accord franco-algérien, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8 sur lesquelles elle se fonde. En particulier, pour rejeter la demande de l'intéressé, le préfet s'est fondé sur les éléments relatifs à ses conditions d'entrée et de séjour en France, sur sa situation familiale et professionnelle. Ainsi, alors que l'autorité administrative n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation du requérant, l'arrêté contesté est motivé en droit et en fait. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de sa demande.

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. L'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité, de sorte que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la possibilité pour le préfet d'accorder un titre de séjour en raison de motifs exceptionnels ou de circonstances humanitaires, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Toutefois, il appartient à l'autorité préfectorale, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont elle dispose, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Le juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, vérifie que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.

7. Il résulte de ce qui a été énoncé au point précédent que M. C, ressortissant algérien, ne peut utilement invoquer les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté comme inopérant. En tout état de cause, M. C, qui soutient avoir présenté une demande d'autorisation de travail auprès des services de la préfecture pour un emploi à temps complet et qui fait valoir qu'il effectue quelques travaux depuis son arrivée en France en 2006, ne produit à l'instance aucune pièce à l'appui de ses allégations. Il ne produit que quelques pièces relatives à la situation administrative de son employeur telles que l'extrait d'immatriculation au registre du commerce et un courrier de l'URSSAF qui lui est adressé qui ne sont pas de nature à démontrer la réalité de son activité professionnelle. Dans ces conditions, il ne justifie pas de circonstances humanitaires particulières devant conduire à la régularisation de sa situation. Le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation doit donc être écarté.

8. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".

9. M. C, qui allègue résider en France depuis 2006, ne justifie pas d'une présence de plus de dix ans sur le territoire, comme l'indique le préfet en défense, dès lors qu'il ne produit que quelques factures datant du mois de mars 2012 et quelques pièces médicales de 2011 à 2016. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. C, célibataire et sans charge de famille, a vécu dans son pays d'origine au moins jusqu'à l'âge de vingt-deux ans, et ne justifie pas y être dépourvu d'attaches dès lors que sa mère et ses frères et sœurs y résident. En outre, comme il a été dit précédemment, il ne justifie pas d'une insertion socio-professionnelle sur le territoire. Par suite, au regard de la durée et de ses conditions de séjour en France, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, quand bien même l'un de ses frères résiderait en France. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir d'une erreur manifeste qu'aurait commis le préfet dans l'appréciation des conséquences que l'arrêté emporte sur sa situation familiale et personnelle.

12. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

13. Il ressort des termes mêmes de ce dernier article que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

14. En l'espèce, l'arrêté attaqué, après avoir rappelé les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait état tant de la durée et des conditions de séjour en France de l'intéressé que de sa situation personnelle et familiale et relève qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 6 juin 2019 qu'il n'a pas exécuté. Ainsi la décision portant interdiction de retour sur le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est suffisamment motivée.

15. Compte tenu des éléments précités relatifs à la durée et des conditions de séjour en France de l'intéressé, à sa situation personnelle et familiale, à son absence d'insertion socio-professionnelle et au regard de la précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour est entachée d'une erreur d'appréciation et est disproportionnée au regard des buts qu'elle vise.

16. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 février 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire sous trente jours ainsi que d'une interdiction de retour pour une durée de deux ans. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et la demande présentée sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Devictor, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le président assesseur,

Signé

P-Y. GonneauL'assesseure la plus ancienne,

Signé

É. Devictor

La greffière,

Signé

A. MARTINEZ

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef ;

La greffière,

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